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Rock - Paru le 16 mars 2009 | Wagram Music - Cinq 7

Que l’on adhère ou pas à ses choix esthétiques (dans le cas d’un chanteur, cela revient à se sentir, ou pas, habité par ses refrains), force est de constater que Damien Saez fait preuve d’un incontestable renouvellement dans les coups de pieds qu’il assène dans la fourmilière des habitudes du show-business. Et, d’un point de vue purement économique (il produit ses albums, avec les risques objectifs que cela représente), l’audace à éditer un triple album (Varsovie-L’Alhambra-Paris, en 2008) démontre que le chanteur ne se complait pas dans la frilosité ambiante (certes, Jacques Higelin et quelques-autres avaient relevé semblable pari, mais dans un contexte moins dévasté pour le marché du disque et de l’édition musicale). Toutes ces péripéties finissent par accréditer que le Savoyard (et Dijonnais d’adoption) est comme chaque être humain, protéiforme, et agité de sentiments – et d’aspirations - changeants et variés. Avec une forte dose de respect concomitant en supplément. Ainsi grande gueule dès ses débuts pop et electro (« Jeune et con », 1999), spécialiste du grand écart entre rock et chanson française millésimée (un hommage à Georges Brassens), ramenant avec crudité le sexe dans la politique (à moins que ce ne soit le contraire), et déchiré prolixe par la fin d’un amour (le triple opus mentionné ci-dessus), Saez reste difficile à suivre, ce qui s’avère sans nul doute le plus vibrant hommage que l’on puisse rendre à un artiste. Aujourd’hui, le chanteur s’efface donc devant son double anglophile de Yellow Tricycle (dans lequel est incorporée l’équipe entière de l’album, comme l’on ferait d’un groupe), pour un album sous-titré The English Ride of Saez - A Lovers Prayer, enregistré à Londres, et présenté sans crédits. Mais certaines de ces chansons viennent d’encore plus loin, qu’on a pu découvrir, par le biais de démos par définition mal dégrossies, ou sur scène (du Bataclan de Paris plus précisément), dès 2007 : ainsi, la chanson-titre, une ballade – « Killing the Lambs » - dans la tradition aérienne de Saez, et le percussif « Numb ». Toutefois, l’ensemble du programme présente pour le reste les différentes facettes de celui qu’on aime, d’autant plus que sa place par ici relève du plus fracassante des originalités. Après une ouverture en folk country rêveur (« Braindead », ou après l’ivresse, l’aimée est toujours partie), « White Noise » offre la première surprise du programme, en réminiscence des britanniques The Only Ones récemment remis en lumière. « Your Leather Jacket » élève encore davantage le niveau, dans un rock obstiné qui n’aurait pas dépareillé le premier effort en solo de Peter Doherty. « Ghost Downtown » décline l’une de ces ballades immobiles dans laquelle la voix de jouvenceau fait merveille, alors que « A Lovers Prayer » déroule, en acoustique dans les harmonies, une poésie onirique dans le registre d’un Leonard Cohen. Cerné par un tambour comme un battement de cœur, et un piano à l’élégance toute française, « Is It OK ? » est suivi des immobiles « Pill for the Ride » et « Cold Heart ». Et le disque s’achève par « Helicopters » et quelques timides nappes de claviers, comme une mélodie qui s’accroche à la mémoire. Qu’importe l’idiome, Yellow Tricycle/Saez délivre un album du niveau de ce que peuvent dérouler les grands créateurs anglo-saxons de l’époque, mais on s’en moque un peu. « A Lovers Prayer » est un disque qui parle aux sens, au cœur, et à l’intellect, et cela s’avère bien davantage primordial. © Christian Larrède / Music-Story