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Lana Del Rey

Lorsqu’Elizabeth Woolridge Grant alias Lana Del Rey pointe le bout de son nez devant le grand public en 2011, on se dit « buzz qui monte, épisode n°4545896 ». Avec une poigné de singles (dont Blue Jeans), le génial et entêtant Video Games et des allures de pin-up fifties, cette jeune New-yorkaise née le 21 juin 1985 d’alors à peine un quart de siècle donne sa version du poker d’as Anna Calvi, Amy Winehouse, Nancy Sinatra et Cat Power. D’évidentes influences qu’elle associe alors avec une classe réjouissante, ne se contentant pas de jouer exclusivement la carte de la vamp mystérieuse et creuse échappée d’un film de David Lynch... Ayant grandi à Lake Placid dans l’état de New York non loin de la frontière canadienne, elle s’est d’abord éprise de hip hop, écoutant Eminem et Notorious BIG en boucle. En s’installant à New York pour poursuivre des études de métaphysique, elle découvre Bob Dylan et Leonard Cohen mais surtout Nirvana, son groupe favori. Lana Del Rey se met alors à composer quelques pop songs. La suite est prévisible en ces temps d’accélération. Un titre posté sur le net et le buzz grandit à la vitesse de la lumière. Le 27 janvier 2012, son album Born to Die vient concrétiser ce buzz grandissant.


Attendue au tournant après le succès intergalactique de ce disque, Lana Del Rey compte bien démontrer que son talent est bien là pour durer et n’est évidemment pas un simple feu de paille. Avec le bel Ultraviolence qui paraît le 13 juin 2014, elle dépasse les espérances de ses fans avec un disque assez fascinant produit par Dan Auerbach des Black Keys. On y retrouve toujours ces ambiances cinématographiques, mélancoliques pour ne pas dire sombres, avec en prime cette fois une attention toute particulière portée aux guitares. Une voix en réverbération, une rythmique chloroformée et des mélodies envoûtantes font d'Ultraviolence un album élégant dans les recoins duquel on se love sans retenue. Un an seulement plus tard, elle enchaîne avec Honeymoon. Comme toujours avec les artistes majeures, la New-yorkaise fascine ou agasse. Cet opus ne changera pas la donne. Ses détracteurs feraient pourtant bien de tendre sérieusement l’oreille à ce rock en apesanteur et très cinématographique, langoureuse complainte des cœurs brisés et d’une Amérique révolue légèrement sépia… Lana Del Rey chante toujours aussi divinement bien et la Lune de miel qu’elle propose ici a justement le goût du miel. Quatre ans après le choc de Video Game en 2011, elle a conservé la fascinante singularité de sa musique, de sa voix et de son univers. Nuages de réverbération, guitare baryton plongée dans un océan d’écho, effluves fifties, rythmique cotonneuse et sensualité à tous les étages : Lana Del Rey impose un peu plus sa marque de fabrique à laquelle il est difficile de résister.


Deux ans après Honey Moon, Lana Del Rey revient avec Lust for Life, son cinquième album studio. La voix est magnétique, plus charnelle que jamais, les mélodies solides. Si le monde version Lana reste empesé, lent, pensif, les featuring savamment choisis lui offrent quelques éclaircies bienvenues. La baby doll a ainsi convié quelques amis à son bal. A$AP Rocky officie sur Groupie Love et Summer Bummer où il ramène le jeune loup d’Atlanta Playboi Carti, The Weeknd sur Lust for Life, Jonathan Wilson sur Love. D’autres, et non des moindres, ont reçu leur carton d’invitation. Stevie Nicks, chanteuse emblématique de Fleetwood Mac et Sean Ono Lennon. 16 titres, 72 minutes. Et un mélange des genres allant du hip hop, avec des accents de trap, au psyché, en passant par la ballade au piano, avec toujours une attention portée sur l’acoustique. Un furieux désir de vivre donc, qui renoue avec celui qui la fait reine, Born To Die. Presque ironique. Une boucle est-elle bouclée ? En tous les cas, une mélancolie aux couleurs fanées toujours aussi attractive dont le vernis ne craque plus seulement pour découvrir les affres béantes d’une idole, mais qui aborde aussi une Amérique actuelle à la dérive, entre passé et futur.


Le magnétisme de sa voix charnelle est intangible. Lana Del Rey peut susurrer le mode d’emploi d’un aspirateur sans fil, voire même inviter la terre entière à ses fiestas, elle déambule invariablement sur sa petite planète bien à elle faite de lenteur et de mélancolie. C’est sa manière à elle de causer de son époque, de ses contemporains, de l’American Dream et, tant qu’à faire, d’elle-même… Avec son titre choc, sa pochette à l’esthétique pop (avec Duke Nicholson, petit-fils de Jack Nicholson, à bord d’un bateau s’éloignant d’une côte en feu) et son tempo particulièrement lent (que des ballades, pas de titres uppercut), Norman Fucking Rockwell! qui paraît le 30 août 2019 offre un ADN plutôt folk. Une grande tenture sonore dans laquelle se prélasse la chanteuse, plus mélancolique et évanescente que jamais. Un disque qu’elle a surtout étroitement conçu avec Jack Antonoff, auteur/producteur chouchou des pop stars comme Taylor Swift, St. Vincent, Lorde, Carly Rae Jepsen et Pink, qui habille son spleen avec autant de sobriété que d’efficacité. Ovni de ce bel album au ralenti dans ce monde de brutes, une reprise de Doin’ Time (1996) du groupe Sublime (elle-même sorte de relecture du Summertime de Gershwin), preuve supplémentaire de l’originalité du cas Lana Del Rey, bien plus complexe que certains voudraient le laisser croire…


À partir de 2020, puisque la planète joue à cache-cache avec le confinement, Lana Del Rey en fait autant. Pour son septième album, elle opte pour l’intimité feutré, les mélodies de boudoir et les arrangements de confessionnal. Avec Chemtrails Over The Country Club, sa pop se fait plus folk que jamais, même si l’écho et la réverb’ dans lesquels se prélasse sa voix toujours aussi exquise, sensuelle et hypnotique la positionne là-haut par-delà les cumulonimbus. Cet idiome folk la fascine d’ailleurs au point qu’elle referme son disque, avec l’aide de Natalie Mering alias Weyes Blood et Zella Day, par une magnifique reprise du For Free de Joni Mitchell, extrait de son album Ladies of the Canyon (1970). Il y a aussi ces guitares aux effluves de la scène seventies de Laurel Canyon sur Not All Who Wander Are Lost, et celles, tout aussi virginales, qui ouvrent Yosemite. Comme souvent, Lana Del Rey sort sa plume pour dézinguer les affres de la célébrité et du star-system et ce dès White Dress qui ouvre l’album, regrettant le bon vieux temps où elle était barmaid, inconnue et écoutait Sun Ra, Kings of Leon et les White Stripe « when they were white hot ». Plus loin, elle poursuit les références à l’histoire de la musique comme sur Breaking Up Slowly (en duo avec Nikki Lane) où elle cite les tempêtes conjugales entre les deux légendes de la country music, Tammy Wynette et George Jones. Chanson après chanson, elle avance en amazone solitaire, cherchant à ne soutenir aucune cause, aucun combat, juste à faire ce que bon lui semble (« Well, I don't care what they think. Drag racing my little red sports car. I'm not unhinged or unhappy, I'm just wild »). Ce Chemtrails Over The Country Club montre surtout qu’elle excelle dans l’art du story telling. Maniant à la pince à épiler chaque détail de ses paroles. À 35 ans, Lana Del Rey a sans doute signé son album le plus libre et le plus accompli. © MZ/Qobuz

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