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David Byrne

Il a piloté les Talking Heads, enregistré du punk funk et de la musique sud-américaine, réédité des pépites de world music, passé des heures à pédaler dans les grandes villes du monde entier et fait des dizaines d’autres choses. Mais que se passe-t-il donc dans la tête de David Byrne ?

Une goutte d’eau ? Si l’histoire ne retiendra, sans doute à juste titre, que les Talking Heads comme point G de sa carrière, David Byrne a pourtant déroulé depuis la fin de son emblématique groupe en 1991 un CV aussi long qu’éclectique pour ne pas dire déroutant. Cette goutte d’eau est perdue dans un océan créatif où se côtoient des musiciens aussi divers que Brian Eno, Fatboy Slim, St Vincent, Ryuichi Sakamoto, Caetano Veloso, Anna Calvi, les Dirty Projectors, Richard Thompson, Arcade Fire ou De La Soul mais aussi le metteur en scène Bob Wilson, le cinéaste Jonathan Demme, la chorégraphe Twyla Tharp, une liste sans fin et surtout affolante à laquelle on peut ajouter une casquette d’écrivain (l’autobiographie How Music Works et le récit Journal à bicyclette), de fondateur de label (Luaka Bop) et de DJ de webradio (Radio David Byrne). Comble, pour ne pas dire consécration, de son agitation artistique, être apparu en 2003, dans son propre rôle, dans un épisode des Simpsons, panthéon de la pop culture américaine !

À 65 ans, David Byrne qui publie en mars 2018 American Utopia (son premier album solo en quatorze ans, co-écrit avec Brian Eno, et sur lequel il accueille notamment Sampha, TTY et Happa Isaiah Barr d’Onyx Collective) n’est pourtant pas une icône pop comme les autres. Au même titre que les Talking Heads ne furent pas un simple groupe new wave comme les autres. Croiser les genres, fusionner les continents et abattre les frontières stylistiques, l’ancien étudiant de l'école de design de Rhode Island a toujours eu ça dans le sang. Alors qu’ils font les premières parties des Ramones à leurs débuts au milieu des années 70, les Talking Heads (qui réunissent le batteur Chris Frantz, la bassiste Tina Weymouth et le claviériste et guitariste Jerry Harrison) abordent le punk et la new wave dans une version assez hybride. Sur leurs deux premiers albums, Talking Heads : 77 et More Songs About Buildings And Food, leur rigidité atypique qui mêle l’esprit des Sparks, de Jonathan Richman et de David Bowie à la soul (ils reprennent Take Me To The River d’Al Green) et aux instruments venus d’ailleurs (le steel-drum caribéen) en fait l’un des vers les plus étranges rongeant la Grosse Pomme de l’ère punk. Une sorte de bout de caoutchouc arty aux convulsions imprévisibles…

Avec son troisième album produit, comme le précédent, par le visionnaire Brian Eno, la bande de Byrne fait souffler dans son rock brut une chaleur cosmopolite au possible : ethno (sur le I Zimbra d’ouverture), funky voir discoïde (Life During War Time et Cities) et même country planante (Heaven). Publié durant l’été 1979, Fear Of Music confirme surtout que les Talking Heads sont bien plus complexes qu’il n’y paraît, tentant des escapades avant-gardistes dans lesquelles peu osent alors s’aventurer. Le post-punk du post-punk, en quelque sorte… Une tendance qui s’intensifiera l’année suivante sur l’album Remain In Light, toujours marabouté par Eno. Ce bluffant post-punk-funk rigide des New-yorkais trouve chez le sorcier britannique, ex-Roxy Music, un exhausteur de goût singulier. Rythmes ethniques, guitares minimalistes, basses élastiques et percussions extra-terrestres copulent avec génie, aidés par la guitare d’Adrian Belew, la trompette de Jon Hassell et la voix de Nona Hendryx.

Les Talking Heads serviront leur surprenante recette tout au long des années 80, touchant même le grand public avec les singles Burning Down The House, extrait de Speaking In Tongues en 1983, et Wild Wild Life sur True Stories en 1986. Un succès qui n’empêchera jamais leur leader d’aller voir ailleurs. Entre août 1979 et octobre 1980, David Byrne enregistre avec Eno, des sessions qui donneront naissance à My Life In The Bush Of Ghosts. Publié début 1981, cet album fascinant et un brin expérimental, psychédélique et électronique agrège des samples d’enregistrements de voix et de sons en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient. Comme l’antichambre de Remain In Light. Pourtant, le lancement officiel de Byrne en solitaire se fera sur des sons bien différents. Avec Rei Momo, son premier album solo officiel qu’il sort en octobre 1989, il plonge corps et âme dans la musique afro-cubaine et brésilienne, enchaînant merengue, samba, mambo, cumbia, cha-cha-cha et charanga ! Trois ans plus tard avec Uh-Oh et, en 1994, avec l’éponyme David Byrne, il reviendra à des sonorités plus chamarrées comme aux grandes heures des Talking Heads, piochant aussi bien dans le patrimoine rock que world ou expérimental.

De par sa diversité, ce vaste parcours créatif n’est logiquement pas exclusivement constitué de hauts. David Byrne ne s’en est d’ailleurs jamais caché, précisant que ce qui comptait avant tout pour lui était la pratique de l’exercice musculaire créatif, et que le résultat, bon ou mauvais, comptait moins… Et côté pratique, ce touche-à-tout ne s’est mis aucune barrière. Parallèlement au format pop classique, Byrne a ainsi enchaîné les collaborations avec des artistes venus des arts plastiques, du théâtre et du cinéma. Des échanges essentiellement instrumentaux qui ont permis à cet aficionado du théâtre expérimental new-yorkais des années 70 de travailler avec le metteur en scène Robert Wilson (The Knee Plays et The Forest) et les chorégraphes Twyla Tharp, qui fut sa compagne (The Catherine Wheel), et Wim Vandekeybus (In Spite Of Wishing And Wanting). Côté 7e Art, son fait d’arme le plus notable restera la bande originale du film de Bernardo Bertolucci, Le Dernier empereur, qu’il co-signera avec Ryuichi Sakamoto et Cong Su. Enfin, au rayon ovni, difficile de surpasser Here Lies Love, sorte d’opéra électro-disco qu’il écrira en 2005 avec Fatboy Slim sur la vie d’Imelda Marcos, l’épouse controversée de Ferdinand Marcos, président des Philippines de 1965 à 1986, surnommée le « papillon d'acier » et qui fut accusée avec son mari de détournement de milliards de dollars…

Il n’est finalement pas si curieux qu’en 1988, ce fan de musiques et de sons passe derrière les micros et les consoles pour lancer son propre label qu’il baptise Luaka Bop et qui zoome essentiellement sur la world music… à la sauce Byrne. Entre rééditions, compilations et nouveaux enregistrements, le catalogue comprendra à ses débuts une belle série de sept volumes baptisée Brazil Classics, documentant les classiques et les trésors cachés locaux. Il réitérera l’exercice avec Cuba Classics et Asia Classics. Sur trois décennies d’existence, on a pu croiser sous pavillon Luaka Bop des noms aussi variés que Susana Baca, Zap Mama, les Vénézuéliens de Los Amigos Invisibles, Shuggie Otis, des Brésiliens d’Os Mutantes ou bien encore l’extra-terrestre nigérian William Onyeabor. Des musiciens venus des quatre coins d’un monde que David Byrne aime découvrir… à bicyclette.

Depuis le début des années 80, il a roulé sur l’asphalte de toutes les grandes métropoles, de Paris à Manille, en passant par New York, Buenos Aires, Los Angeles, Istanbul, Londres, Berlin, Sidney ou bien encore Detroit. Un moyen de transport qui lui a permis d’appréhender différemment l’espace urbain, d’en cerner la beauté et l’étrangeté. Carnets de voyage, mais aussi essai politique, sociologique ou traité d’architecture, son Journal à bicyclette qu’il publiera en 2009 est une fenêtre sur presque tous les recoins du monde dont il fait découvrir à son lecteur, l’architecture, la vie artistique, l’essor ou le déclin des industries, mais aussi l’imprégnation historique et des facettes souvent méconnues ou inattendues… Avec le recul, David Byrne reste un animal difficilement cernable. Bien avant tout le monde, il a touché à tout. Par goût ? Par quête de soi-même ? Par fuite ? L’histoire de la pop music est évidemment jalonnée de ces créateurs atypiques, décalés ou inétiquetables, de ces puzzles-humains qui permettent d’appréhender leur époque différemment. Mais avec David Byrne, elle tient sans doute l’un de ses plus insaisissables… © Marc Zisman/Qobuz

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