Gérard Souzay, Dalton Baldwin, Ataulfo Argenta... Mélodies et Lieder (Sibelius, Wolf, Dorumsgaard, Ravel...)

Mélodies et Lieder (Sibelius, Wolf, Dorumsgaard, Ravel...)

Gérard Souzay, Dalton Baldwin, Ataulfo Argenta...

Erschienen am 10. Juni 2015 bei INA Mémoire vive

Künstler: Gérard Souzay

Genre: Klassik > Französische Mélodies und Kunstlieder

Auszeichnungen: Diapason d'or (Juni 2007) - 4 étoiles du Monde de la Musique (Juli 2007) - 9 de Classica-Répertoire (Juli 2007)

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Album : 1 Disc - 32 Tracks Gesamte Laufzeit : 01:19:53

    Blommans Ode, op. 88 n° 6 (Jean Sibelius)
  1. 1 Blommans Ode, op. 88 n° 6

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  2. De bägge rosorna, op. 88 n° 2
  3. 2 De bägge rosorna, op. 88 n° 2

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  4. Soluppgang, op. 37 n° 3
  5. 3 Soluppgang, op. 37 n° 3

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  6. Säv, Säv, susa, op. 36 n° 4
  7. 4 Säv, Säv, susa, op.36 n° 4

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  8. Im Felden ein Mädchen singt, op. 50 n° 3
  9. 5 Im Felden ein Mädchen singt, op. 50 n° 3

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  10. Die stille Stadt, op. 50 n° 5
  11. 6 Die stille Stadt, op. 50 n° 5

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  12. Rosenlied, op. 50 n° 6
  13. 7 Rosenlied, op. 50 n° 6

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  14. Kom nu hit död, op. 60 n° 1
  15. 8 Kom nu hit död, op. 60 n° 1

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  16. Den första kyssen, op.37 n° 1
  17. 9 Den första kyssen, op.37 n° 1

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  18. An das Lied (Yrjö Kilpinen)
  19. 10 An das Lied

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  20. Den fjelden zu
  21. 11 Den fjelden zu

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  22. Alte Kirche
  23. 12 Alte Kirche

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  24. Fjeldlied
  25. 13 Fjeldlied

    Gérard Souzay, baryton - Dalton Baldwin, piano Copyright : 2015

  26. In der Frühe (Hugo Wolf)
  27. 14 In der Frühe

    Gérard Souzay, baryton - Jacqueline Bonneau, piano Copyright : 2015

  28. Herr, was rägt der Boden hier
  29. 15 Herr, was rägt der Boden hier

    Gérard Souzay, baryton - Jacqueline Bonneau, piano Copyright : 2015

  30. Wer tat deinem Füsslein weh?
  31. 16 Wer tat deinem Füsslein weh?

    Gérard Souzay, baryton - Jacqueline Bonneau, piano Copyright : 2015

  32. 4 Chansons espagnoles anciennes (Arne Dorumsgaard)
  33. 17 4 Chansons espagnoles anciennes: Triste estaba el Rey David

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre National d'Espagne - Ataulfo Argenta, direction Copyright : 2015

  34. 18 4 Chansons espagnoles anciennes: Con amores, la mi madre

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre National d'Espagne - Ataulfo Argenta, direction Copyright : 2015

  35. 19 4 Chansons espagnoles anciennes: A la Caza

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre National d'Espagne - Ataulfo Argenta, direction Copyright : 2015

  36. 20 4 Chansons espagnoles anciennes: Alma, sintamos

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre National d'Espagne - Ataulfo Argenta, direction Copyright : 2015

  37. Don Quichotte à Dulcinée (Maurice Ravel)
  38. 21 Don Quichotte à Dulcinée: Chanson romanesque

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre National d'Espagne - Ataulfo Argenta, direction Copyright : 2015

  39. 22 Don Quichotte à Dulcinée: Chanson épique

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre National d'Espagne - Ataulfo Argenta, direction Copyright : 2015

  40. 23 Don Quichotte à Dulcinée: Chanson à boire

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre National d'Espagne - Ataulfo Argenta, direction Copyright : 2015

  41. Poèmes intimes (André Jolivet)
  42. 24 Poèmes intimes: Amour

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre de chambre André Girard - André Girard, direction Copyright : 2015

  43. 25 Poèmes intimes: Je veux te voir

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre de chambre André Girard - André Girard, direction Copyright : 2015

  44. 26 Poèmes intimes: Nous baignons dans une eau tranquille

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre de chambre André Girard - André Girard, direction Copyright : 2015

  45. 27 Poèmes intimes: Tu dors

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre de chambre André Girard - André Girard, direction Copyright : 2015

  46. 28 Poèmes intimes: Pour te parler

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre de chambre André Girard - André Girard, direction Copyright : 2015

  47. Ah, la corde, la corde…, op. 33a n° 1 (Maurice Jaubert)
  48. 29 Ah, la corde, la corde…, op. 33a n° 1

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre Paul Bonneau - Paul Bonneau, direction Copyright : 2015

  49. La belle mariée, op. 33a n° 2
  50. 30 La belle mariée, op. 33a n° 2

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre Paul Bonneau - Paul Bonneau, direction Copyright : 2015

  51. Caravelle (Gérard Calvi)
  52. 31 Caravelle

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre Paul Bonneau - Paul Bonneau, direction Copyright : 2015

  53. Vous le savez comme moi (Harry Warren)
  54. 32 Vous le savez comme moi

    Gérard Souzay, baryton - Orchestre Paul Bonneau - Paul Bonneau, direction Copyright : 2015

Über das Album

Infos zur ersten Aufzeichnung:

79:53 - ADD transfert 24 bits - Enregistré en 1956, 1951, 1954, 1947 & 1948 - Notes en français & anglais

Jean Sibelius (1865-1957) (1)
Blommans Ode (Le destin de la fleur), op. 88 n° 6 (Texte de Johan Runeberg - Chanté en allemand)
De bägge rosorna (Les deux roses), op. 88 n° 2 (Texte de Michael Franzén - Chanté en allemand)
Soluppgang (Le lever du soleil), op. 37 n° 3 (Texte de Tor Hedberg - Chanté en français)
Säv, Säv, susa (Soupirez, roseaux, soupirez), op. 36 n° 4 (Texte de Gustav Fröding)
Im Felden ein Mädchen singt (Une fille chante dans les champs), op. 50 n° 3 (Texte de Margarete Susman)
Die stille Stadt (La ville silencieuse), op. 50 n° 5 (Texte de Richard Dehmel)
Rosenlied (Le chant de la rose), op. 50 n° 6 (Texte de Anna Ritter)
Kom nu hit, död (Viens donc, ô mort), op. 60 n° 1 (Texte de William Shakespeare - Chanté en allemand)
Den första kyssen (Premier baiser), op.37 n° 1 (Texte de Johan Runeberg)
(Transmission d'un concert donné à Helsinki lors du Festival Jean Sibelius le 9 octobre 1956)

Yrjö Kilpinen (1892-1959) (1)
An das Lied (Fjeld Lied n° 3)
Den fjelden zu (Fjeld Lied n° 1)
Alte Kirche (Fjeld Lied n° 2)
Fjeldlied (Fjeld Lied n° 4)

Hugo Wolf (1860-1903) (2)
In der Frühe (Au petit matin - Texte de Eduard Mörike)
Herr, was rägt der Boden hier (Seigneur, que porte ici le sol - Texte de Paul Heyse)
Wer tat deinem Füsslein weh ? (Qui t'a blessé le pied ? - Texte anonyme)
(Extrait de l'émission "Les Romantiques chantent", enregistrée le 24 mai 1951 et diffusée le 9 juin 1951 sur Paris Inter)

Arne Dorumsgaard (1921-2006) (3)
Quatre Chansons espagnoles anciennes
Alsonso de Mudarra (v.1510-1580) / Arne Dorumsgaard : Triste estaba el Rey David (Triste était le roi David)
Juan de Anchieta (1462-1523) / Arne Dorumsgaard : Con amores, la mi madre (Avec amour, ma mère)
Gabriel Mena (v.1511) / Arne Dorumsgaard : A la caza (À la chasse)
Pablo Esteve y Grimau (1734-1794) / Arne Dorumsgaard : Alma, sintamos (Souffrez, mon âme)
(Enregistré lors du Festival de Strasbourg le 13 juin 1954)

Maurice Ravel (1875-1937) (3)
Don Quichotte à Dulcinée (Texte de Paul Morand)
Chansons romanesque - Chanson épique - Chanson à boire
(Enregistré lors du Festival de Strasbourg le 13 juin 1954)

André Jolivet (1905-1974) (4)
Poèmes intimes (Texte de Louis Emié)
(Enregistré dans le cadre du Club d'Essai le 30 mai 1947)

Maurice Jaubert (1900-1940) (5)
Ah, la corde, la corde…, op. 33a n° 1
La belle mariée, op. 33a n° 2
(Extraits des Cinq Complaintes - Texte de Georges Neveux)
(Emission enregistrée le 14 mars 1948)

Gérard Calvi (né en 1922) (5)
Caravelle
(Emission enregistrée le 14 mars 1948)

Harry Warren (1893-1981) (5)
Vous le savez comme moi (extrait de Sun Valley Serenade)
(Emission enregistrée le 14 mars 1948)

Gérard Souzay (1918-2004), baryton
(1) Dalton Baldwin né en 1931), piano
(2) Jacqueline Bonneau (1917-2007), piano
(3) Orchestre National d'Espagne, direction Ataulfo Argenta
(4) Orchestre de chambre André Girard, direction André Girard
(5) Orchestre Paul Bonneau, direction Paul Bonneau

Voilà une nouvelle occasion de redire à quel point Gérard Souzay était à l'aise dans tous les genres, même si c'est surtout dans la mélodie française et le lied allemand qu'il recut les plus grand éloges.
Ce programme très divers rend compte du large éventail de ses dons de musicien, de chanteur et de séducteur.
Un magnifique testament dont la publication l'aurait ravi.
PortraitJean-Jacques Groleau
    Gérard Tisserand (puisque tel était le nom, à la ville, de Gérard Souzay) est né à Angers, le 8 décembre 1918. La Guerre venait de s’achever sur le chaos d’une Europe exsangue, et désireuse de retrouver au plus vite une insouciance – qui ne durerait pas. Le petit angevin est donc né dans cette double douceur, celle d’une accalmie des temps et celle, non moins prégnante, de son terroir. La famille dans laquelle il grandit est musicienne, par goût, non par métier. Ses frères chantaient, sa sœur (qui se fera appeler Geneviève Touraine) connaîtra même une très honorable carrière, le disque étant là pour témoigner des qualités de musicienne que Gérard vantait si souvent – était-ce une coquetterie, ou un hommage à la sœur trop vite éclipsée ? Le fait est que Gérard Souzay se plaisait à dire que l’artiste, dans la maison, c’était elle. Et si les parents n’étaient pas musiciens eux-mêmes, ils étaient assurément mélomanes : la légende familiale raconte qu’ils auraient assisté tous deux à la création de Pelléas et Mélisande, de Claude Debussy, mais séparément, ne se connaissant pas encore. On ne saurait commencer sous de meilleurs auspices.     Étudiant à Paris, Gérard Souzay s’est d’abord orienté vers la philosophie. Mais l’évidence de la voix s’imposait, voix d’immédiat et soyeux velours, virile et caressante à la fois. On chantait beaucoup à Paris, à l’époque, et on aimait le chant, que pratiquaient des « amateurs » doués qu’on tiendrait aujourd’hui pour de vrais professionnels. Qu’on réécoute pour s’en persuader les disques de la Comtesse Marie-Blanche de Polignac, excellente pianiste et chanteuse, qui n’était pas la seule à recevoir, à Paris, autour de ses pianos, ce qui comptait dans la musique et parmi les beaux esprits de l’époque : Francis Poulenc, Darius Milhaud, Georges Auric, Henri Sauguet, tous éminents compositeurs de mélodies, comme le sont Louis Beydts ou Jacques Leguerney, dans des genres différents, plus légers mais toujours prodigieusement bien écrits. Le « bien dire », et pas seulement en musique, trouvait dans les salons un lieu d’expression privilégié, suscitant des vocations, invitant à l’essor d’interprètes et de compositeurs nouveaux. Comme Souzay n’est pas seulement un musicien hors pair mais aussi singulièrement bien fait de sa personne (privilège qu’il partage avec son contemporain, Jacques Jansen, Pelléas fameux), il est un hôte décidément idéal dans ces salons huppés où le paraître compte souvent pour beaucoup dans la réussite sociale.     Des interprètes de très haut niveau parrainaient ces mouvements. Edmond Clément tout d’abord, ténor de grâce, et même d’enchantement, ne se produisait plus, mais avait laissé un souvenir, et une idée du chant qui devaient modeler toute une époque. Vanni-Marcoux était là pour passer le flambeau à Arthur Endrèze, le plus Français des Américains, André Pernet, Roger Bourdin, tous admirés de ce connaisseur absolu ès chant qu’était Reynaldo Hahn, qui n’hésitait pas à se mettre au piano pour les accompagner, quand il ne s’accompagnait pas lui-même. Très au-dessus de cet aréopage, Claire Croiza, artiste considérable et diseuse mondialement reconnue, assez exemplaire dans sa façon de servir à la fois le son, la musique et le mot pour que Paul Valery lui ait consacré un texte d’esthétique, comme si, à sa façon, elle était la La Fontaine du bien dire… Elle sera le premier professeur et modèle officiel de Souzay, même si, cinquante ans plus tard, c’est de Ninon Vallin qu’il préfère parler. Cette dernière, grande soprano française, eut l’une des plus brillantes carrières de l’entre-deux-guerres, aussi célèbre en Europe qu’en Amérique du Sud, où elle triomphe des saisons durant au Théâtre Colon de Buenos Aires, partenaire de Georges Thill dans la première intégrale discographique de Werther... Le visage de Gérard Souzay, quand il évoquait son souvenir, s’illuminait d’un indicible sourire. Il admirait cette artiste pour sa simplicité, pour son éclectisme (elle n’hésitait pas à interpréter des répertoires légers, avec une prédilection toute particulière pour la culture hispanique qu’elle a fort bien servie au disque). Il gardait également un souvenir très précis de sa technique, et de sa façon unique de laisser s’épanouir ses aigus... Avec et grâce à eux tous, Gérard Tisserand se fait Gérard Souzay, glanant conseils et avis.
    Pendant la guerre, la grande Germaine Lubin, peut-être la plus acclamée des divas françaises de la première moitié du XXe siècle, prend le jeune artiste sous sa protection, lui offrant même, privilège exorbitant, d’enregistrer avec elle ses deux premiers airs au disque (un duo de Leguerney, un autre tiré du recueil des Arie Antiche). Nous sommes en 1942. La Judith, l’Elektra, l’Isolde de toute une génération passe le relais. Elle ne l’aurait pas fait si le matériau vocal du jeune baryton ne lui eût paru de tout premier ordre.
    Puis c’est au tour de Lotte Lehman, la créatrice de grands rôles straussiens, de tomber sous le charme de la mezza voce naturelle et du goût de la confidence dont témoigne Souzay. Elle dira n’avoir rien connu de plus beau et l’invitera aux États-unis, le guidant dans le répertoire allemand, lui ouvrant des portes inattendues. Même Dietrich Fischer-Dieskau, lui non plus dépourvu de cette merveille magique de la nature, de cette qualité de timbre, de douceur ineffable, ne cachera pas son admiration pour les dons de son très jeune aîné, un rival pourtant.     Le goût pour la miniature, ces confidences propres à l’atmosphère close des salons et des petites salles parisiennes auraient pu faire croire que Souzay n’avait finalement pas les moyens de l’opéra. À quoi bon faire le Delacroix sur les barricades quand on est un Chopin par la voix ? Encouragé dans cette voix/voie par son mentor Pierre Bernac, qui lui-même se limitait essentiellement à la mélodie (plus par défaut que par choix), Souzay aurait très bien pu se contenter du répertoire de la mélodie et du Lied, à une époque où l’Europe entière et l’Amérique s’ouvrant à ce répertoire, semblait pouvoir offrir à ses interprètes des possibilités de diffusions infinies. On le retrouvera pourtant en Orphée (celui de Monteverdi comme celui de Gluck), en Don Giovanni (avec Beverly Sills !), en Comte des Noces de Figaro à Glyndebourne, partenaire de Teresa Berganza dans Didon et Enée de Purcell à Aix-en Provence, en Golaud surtout, rôle qu’il approfondit au côté d’Henri Etcheverry, le Golaud du légendaire enregistrement de Pelléas réalisé par Roger Desormière, avec la Mélisande d’Irène Joachim.
    On le voit, Souzay a eu sa part d’opéra, une part glorieuse, en rien confidentielle. Mais on peut dire sans risquer de ternir sa mémoire que ce fut toujours sur la pointe des pieds, comme s’il avait senti qu’il y avait là un risque, risque de se laisser aller à l’esbroufe, à l’emphase (qu’il détestait)… Risque également d’y perdre le velours unique de sa voix. Risque enfin de se retrouver sur un plateau avec des artistes de rencontre dans des conditions qu’il ne pouvait pas contrôler. Avec un pianiste, à servir la mélodie et le Lied, on sait que ce que l’on donne peut être le meilleur de soi-même, qu’une équipe de trente inconnus ne va pas saboter le travail méticuleux, les heures de préparation qui, d’une certaine manière, vous échappent alors. Et il y avait encore tant à faire dans les domaines du Lied et de la mélodie !     En France, Charles Panzéra, Vanni-Marcoux, Georges Thill un peu aussi, avaient chanté Franz Schubert et Robert Schumann, mais en Français, même si Panzéra, suisse d’origine, a gravé les Dichterliebe de Schumann en allemand. Là encore, Souzay fut pionnier, et d’emblée exemplaire. Polyglotte comme aucun Français ne l’avait jusqu’alors été, il enregistre, pour la Boîte à Musique ou Decca, les œuvres les plus diverses, des pages de Gabriel Fauré les plus rares alors (L’Horizon chimérique) aux créations contemporaines (Leguerney, Sauguet). L’incroyable essor du disque, au tournant des années 50, incite sa maison de disques à lui faire enregistrer Schubert et Schumann dans la langue originale. Des airs de cours italiens et espagnols du Siècle d’Or viennent s’ajouter à ce répertoire déjà éclectique. Son don pour les langues lui vaut même d’enregistrer des pages de tous pays, mélodies nationales scandinaves ou brésiliennes, le montrant chaque fois aussi à l’aise dans ces phonations différentes, trouvant toujours les moyens d’une projection idéale. Azulaò de Jaime Ovalle (aujourd’hui réédité chez Testament dans un disque intitulé Songs of Many Lands) reste un des miracles les plus intéressants pour découvrir les talents du chanteur, peut-être plus encore que les (pourtant miraculeux) Schubert ou Fauré tant décriés en leur temps par la plume partisane d’un Roland Barthes dans ses Mythologies (1954-1956).     Avec l’âge, un rien reclus dans son appartement de la Côte d’Azur, ressassant davantage les avanies d’une carrière atypique, les coups bas des collègues et d’une partie de la critique (après avoir commencé si haut, il était difficile d’accepter l’incompréhension qui suivit l’évolution de sa carrière, dans les années 60), Gérard Souzay était devenu très dur à l’égard de ses premiers disques. Une réaction viscérale semblait naître de l’écoute de ces bandes qu’on lui faisait entendre, de cette voix melliflue et charmeuse, trop naturellement facile. Il disait n’y entendre que ce qu’il déteste dans le chant : le sourire douceâtre, la fadeur. Il préférait ses interprétations tardives, celles où la voix se fait rauque, ose le cri parfois, pour mieux atteindre à l’expression qu’il pensait juste. Et pourtant, lors de l’une de ces mémorables et trop rares journées passées en sa compagnie, il y a deux ou trois ans à peine, il s’est de lui-même laissé aller à approuver cet Azulaò miraculeux : « Ça n’était pas si mal, finalement… » Finalement !
    Qu’était-il arrivé, au juste, pour que ce chanteur sans rival en son domaine (Fischer-Dieskau ne s’est jamais autant consacré à la mélodie que Souzay au Lied) se renie ainsi lui-même ? Une phrase, assassine, de Roland Barthes, parlant de Gérard Souzay et de son « art bourgeois », stigmatisant des travers qui n’étaient pas encore ce qu’ils allaient devenir, trouvant de la mièvrerie dans la voix quand elle était surtout dans le texte, prétextant ne pas sentir l’émotion à force d’en recevoir les signes extérieurs. Mauvaise foi (à moins que ce n’ait été qu’une mauvaise oreille – on veut bien donner les circonstances atténuantes à l’auteur), jalousies (le puissant clan Poulenc ayant exclu Souzay de sa coterie), querelles de clocher (Barthes prenait des cours de chant, mais avec Panzéra)… Le fait est que, loin de prendre cet article pour ce qu’il était, Souzay s’est irrémédiablement mis en question. Lui, qu’on traite de figuratif petit bourgeois, va se croire obligé de se faire artiste abstrait, et de s’inventer une passion pour la peinture non figurative, passion qui le prend étrangement le jour même de la mort de Nicolas de Staël, le 16 mars 1955, dont le suicide le désarçonne (ils étaient quasiment voisins à l’époque, à Antibes).
    Lui dont on fustige la facilité, une voix trop belle pour être profonde, va se croire obligé de se trouver des noirceurs qu’il n’a pas. Il aurait pu être le plus beau des Pelléas ; il choisira de se consacrer à Golaud. La rencontre avec Etcheverry, nous l’avons déjà souligné, sera décisive, en ceci qu’il prendra de lui une technique nouvelle, projetant sa voix d’une manière inattendue, développant un registre grave qu’on ne soupçonnait pas. Toujours insatisfait, fort de l’appui de ses maisons de disques (après Decca, il enregistre pour Philips, puis pour EMI), Souzay remet incessamment sur le métier les pages qu’il a déjà gravées. Son Dichterliebe, de Schumann, par exemple, est un véritable carnet de bord de l’artiste. Il l’enregistre avec Jacqueline Bonneau (par deux fois), puis avec Alfred Cortot, avec Dalton Baldwin… Même chose pour L’Horizon chimérique, pour les Henri Duparc, pour les Ernest Chausson… Souzay, laisse parler des paysages intérieurs qui diffèrent selon l’âge, selon la façon dont il est accompagné. Et la voix, on l’aura compris, n’aura cessé de se modifier au fil du temps. Certes, on peut aujourd’hui se demander si les Fauré et les Poulenc qu’il gravait dans les années 70 pour les intégrales EMI ne sont pas arrivés trop tard. Mais ses derniers Schwanengesang, de Schubert, et Kerner Lieder, de Schumann, sont à thésauriser. Lotte Lehmann, là encore, elle-même référence suprême en matière de Lied, le préférait, lui Français, « pour sa sensibilité, plus intuitivement juste »…     Après une éclipse bien française (le Japon, les États-unis ne se sont jamais détournés de lui), l’art de Gérard Souzay peut enfin être de nouveau apprécié à sa juste valeur. Les passions se sont tues. Son éloquence intime, cette communication immédiate peuvent enfin chanter aux oreilles des jeunes générations sans a priori. L’Ina avait déjà révélé quelques faces de disques Pyral miraculeuses (La Chèvrefeuille de Sauguet, qu’il créait en 1944 – incluse dans un hommage au compositeur, IMV043). Voici d’autres pages, pour la plupart inédites dans sa discographie, toutes extraites de documents de la radiodiffusion française. On y trouvera des Hugo Wolf bien au-dessus des gravures officielles, un rien figées par l’ambiance du studio. On accordera que son allemand n’était pas encore, à cette époque, aussi idiomatique et naturel qu’il le sera dans les décennies suivantes. Mais la barre était placée haut, la Hugo Wolf Society ayant confié les rares interprétations discographiques de ces Lieder à des « pointures » telles que Friedrich Schorr, Herbert Janssen ou Gerard Hüsch… Souzay osait explorer là un monde réellement à part.     Autres raretés de répertoire, des Jean Sibelius ou Yrjö Kilpinen que seule une Kirsten Flagstad avait su rendre publics. L’attrait de Souzay pour ces univers ne s’est jamais démenti ; il a toujours défendu ces œuvres mal connues (surtout alors) mais qui sont souvent d’une inspiration comparable à leurs aînées allemandes. Ici, on oubliera vite les attaques parfois un peu basses du chanteur, pour ne retenir que l’incroyable faculté qu’il a de susciter des paysages par la seule plasticité de sa voix. Les couleurs, les inflexions, les respirations même, sont comme autant de coups de pinceau sur une toile. L’imagination du son était vraiment, chez Souzay, d’une qualité phénoménale. On notera la présence de quelques chansons espagnoles anciennes harmonisées par Arne Dorumsgaard, compositeur connu surtout pour ses arrangements d’airs anciens. Souzay réenregistrera souvent le cycle Don Quichotte à Dulcinée de Maurice Ravel, tantôt avec piano, tantôt avec orchestre. La récente réédition d’un concert donné avec Charles Munch a permis de comprendre à quel point la présence du public importait chez lui, simplifiant la projection, lui évitant de chercher les joliesses inutiles. Le résultat qu’il obtient ici, en 1954, est prodigieux de vie, de naturel, de santé, aimerait-on dire. Dans les Poèmes intimes, on perçoit l’apport unique de Souzay, là encore miraculeux de souplesse et de charme. Mais c’est ici son français qui laisse pantois : seul Georges Thill a su chanter notre langue avec une telle noblesse dénuée de préciosité, qui entachait souvent les interprétations de ses prédécesseurs.     Enfin, bonus inespéré et inestimable, l’INA a conservé quelques pages de musique plus légère, extraites de l’une des ces émissions de variétés, au sens premier et noble du terme, où musiques dites « savante » ou « légère » se mêlaient harmonieusement. Souzay interprète deux mélodies rares de Maurice Jaubert (1900-1940) et Caravelle, de Gérard Calvi (né en 1922), bercée d’un chaloupement irrésistible ; dans l’ineffable Vous le savez comme moi de Harry Warren (1893-1981), le chanteur passe du français à l’anglais avec une aisance cosmopolite insensée qui semble rappeler les bonnes relations transatlantiques qu’entretinrent jadis Paris et Broadway. Dans cette véritable pépite, on entend un Souzay crooner, déployant une infinie richesse de morbidezza, un sourire palpable à travers les couleurs, le délicat portamento qui sait « jusqu’où aller trop loin », ces aigus flottés qui n’étaient qu’à lui... Sans doute moins importantes d’un simple point de vue musical, ces quelques minutes simplement miraculeuses arrachées à l’oubli sont le plus pur bonheur musical que l’on ait entendu depuis longtemps. On n’en doute pas : là aussi, il aurait bien dû l’admettre : « ça n’était pas si mal, finalement… »

Jean-Jacques Groleau
© INA mémoire vive – Reproduction interdite

Le livret d'accompagnement contient aussi un texte de Renaud Machart (Directeur de la collection) sur le programme lui-même.

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