Ottorino Respighi RESPIGHI: Rossiniana / Burlesca / Preludio, corale e fuga / Rachmaninov - 5 etudes-tableaux

RESPIGHI: Rossiniana / Burlesca / Preludio, corale e fuga / Rachmaninov - 5 etudes-tableaux

Ottorino Respighi

Paru le 1 janvier 2006 chez Chandos

Artiste principal : Gianandrea Noseda

Genre : Classique > Musique symphonique

Distinctions : 5 de Diapason ( novembre 2007) - 4 étoiles du Monde de la Musique ( février 2007) - Hi-Res Audio ( mars 2013)

Inclus : 1 Livret numérique

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Burlesca, P 59 - Preludio, corale e fuga, P30 - Rossiniana, P 148 - 5 Etudes-Tableaux, P160 d'Ottorino Respighi / BBC Philharmonic, dir. Gianandrea Noseda
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Album : 1 disque - 13 pistes Durée totale : 01:12:57

    Burlesca, P. 59 (Ottorino Respighi)
  1. 1 Burlesca, P. 59

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  2. Preludio, corale e fuga, P. 30
  3. 2 Preludio, corale e fuga, P. 30: Preludio: Lento - Presto -

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  4. 3 Preludio, corale e fuga, P. 30: Corale: Lento - Lento assai -

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  5. 4 Preludio, corale e fuga, P. 30: Fuga: Allegro

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  6. Rossiniana, P. 148
  7. 5 Rossiniana, P. 148: I. Capri e Taormina

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  8. 6 Rossiniana, P. 148: II. Lamento

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  9. 7 Rossiniana, P. 148: III. Intermezzo

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  10. 8 Rossiniana, P. 148: IV. Tarantella, "Puro Sangue"

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  11. Rachmaninov - 5 etudes-tableaux, P. 160
  12. 9 Rachmaninov - 5 etudes-tableaux, P. 160: No. 1. The Sea and Seagulls (after Rachmaninov's Op. 39, No. 2)

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  13. 10 Rachmaninov - 5 etudes-tableaux, P. 160: No. 2. Fair Scene (after Rachmaninov's Op. 33, No. 4)

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  14. 11 Rachmaninov - 5 etudes-tableaux, P. 160: No. 3. Funeral March (after Rachmaninov's Op. 39, No. 7)

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  15. 12 Rachmaninov - 5 etudes-tableaux, P. 160: No. 4. Red Riding Hood and the Wolf (after Rachmaninov's Op. 39, No. 6)

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  16. 13 Rachmaninov - 5 etudes-tableaux, P. 160: No. 5. Oriental March (after Rachmaninov's Op. 39, No. 9)

    Orchestre Philharmonique de la BBC - Gianandrea Noseda, direction Copyright : 2006 Chandos

  • Descriptif de l'album
  • Burlesca, P 59 - Preludio, corale e fuga, P30 - Rossiniana, P 148 - 5 Etudes-Tableaux, P160 d'Ottorino Respighi / BBC Philharmonic, dir. Gianandrea Noseda

  • Livret

Détails de l'enregistrement original :

73:04 - DDD - Enregistré au Studio 7 de la Maison de la Radio de Manchester en septembre 2005 - Notes en français, anglais & allemand

Respighi : Rossiniana et autres œuvresDavid Heald
    Surtout connu pour ses trois étincelants poèmes symphoniques romains, à l’orchestration spectaculaire – Fontane di Roma (Les Fontaines de Rome), Pini di Roma (Les Pins de Rome) et Feste romane (Les Fêtes romaines) –, Ottorino Respighi est parfois injustement réduit à ces œuvres. Notamment après 1945 et jusqu’aux années 1960, il est devenu de bon ton d’évoquer sa musique avec condescendance, voire de la dénigrer, de considérer Respighi comme un pasticheur, arrangeur et transcripteur certes brillant des œuvres d’autrui, mais avant tout caméléon dénué d’un langage musical distinctif.
    Cette accusation est superficiellement confortée par le grand nombre de pièces d’autres compositeurs que Respighi a en effet transcrites. Parmi elles figurent une orchestration stupéfiante de la Passacaille et Fugue en do mineur, BWV 582, de Bach (dont l’interprétation aux Proms de la BBC, en 2000, a été accueillie avec enthousiasme), et des arrangements et transcriptions de pièces de Monteverdi, Vivaldi, Tartini, Vitali, Frescobaldi et Rossini. Dans le cas de Tartini (Pastorale) et de Vitali (Ciacona), Respighi ne s’est pas contenté de transcrire, mais a manifestement amélioré l’original.
    Respighi est encore parfois stigmatisé comme un compositeur au goût immodéré et voyant pour les partitions tapageuses pour très grand orchestre. Rien ne pourrait être moins vrai. Parmi ses compositions, on trouve aussi bien des mélodies délicates, des quatuors, quintettes, préludes et sonates de styles divers, des œuvres pour piano et orgue que de la musique pour ballet, des concertos, des opéras et même une ambitieuse Sinfonia drammatica.     L’enregistrement chez Chandos de trois œuvres de chambre relativement précoces (CHAN9962) prouve à merveille son talent pour l’écriture de pièces de moindre envergure et pour formation de chambre. Son admiration pour des compositeurs aussi différents que Bach et Rossini témoigne de son remarquable éclectisme musical.
    Brillant violoniste et altiste, pianiste et harpiste plus que compétent, élève de Rimski-Korsakov, professeur de composition à l’Académie Santa Cecilia de Rome (il épousera l’une de ses élèves, Elsa Olivieri Sangiacomo), timide, mais doté d’une réputation d’homme à femmes, lisant abondamment dans pas moins de onze langues qu’il parlait couramment, Respighi possède une personnalité véritablement protéiforme. Compositeur italien le plus adulé de sa génération, défendu par des personnalités telles que Arturo Toscanini, Serge Koussevitzky et Fritz Reiner, il connaît aujourd’hui une réhabilitation musicale qui, quoique tardive, est désormais irrépressible.     Les quatre œuvres enregistrées ici témoignent des multiples facettes de son génie – doué d’une apparente facilité mélodique, il ne craint pas, dès ses débuts, de dépasser les conventions de son époque et du mode d’expression compositionnel qu’il choisit. Très différentes de par leur caractère, leur inspiration et leur couleur instrumentale, elles sont également fascinantes en ce qu’elles révèlent la maturation du spécialiste de l’orchestration au fil d’une trentaine d’années. Il est honteux et regrettable qu’un grand nombre de ses œuvres de chambre ou orchestrales soient encore rarement, voire jamais, données en concert ou enregistrées commercialement.     Appartenant à la génération dite “dell’Ottanta” (des années 1880), Respighi, en tant que compositeur, est à cheval sur les dix-neuvième et vingtième siècles. Par certains côtés, c’est un “archaïsant”, qui se tourne vers le passé musical italien à une époque où une telle attitude n’est pas à la mode ; par d’autres, c’est un compositeur remarquablement novateur et hardi sur le plan harmonique. C’est pourquoi il est difficile et, en fin de compte, vain d’user des qualificatifs stylistiques traditionnels du vingtième siècle – que ce soit “néoclassique”, “néoromantique” ou quoi que ce se soit d’autre – pour le caractériser. S’il semble imiter des styles musicaux anciens, il n’en utilise pas moins son propre langage original ; ce qui a conduit un critique à dire qu’il écrivait de la “nouvelle musique ancienne”. Les influences musicales sont très nombreuses dans son œuvre : plain-chant grégorien, monodie italienne du début du dix-septième siècle ou baroque instrumental italien côtoient les influences “modernes” de Brahms, Rimski-Korsakov et Richard Strauss. Comme Respighi l’écrivit en 1925 :

Je crois que la musique européenne tout entière est sur le point de connaître une crise radicale dont elle ressortira transformée et renouvelée. Je crois à la recherche d’un nouveau langage commun pour la musique européenne et, qu’en la matière, l’Italie peut ouvrir la voie comme elle le fit il y a quatre cents ans.

Preludio, corale e fuga     Pour son diplôme de composition au Liceo musicale de Bologne, Respighi présente son Preludio, corale e fuga (Prélude, choral et fugue), à l’écriture précocement fleurie et inventive ; l’œuvre est donnée pour la première fois en public dans le cadre des épreuves finales, le 24 juin 1901. En l’entendant, son professeur, Giuseppe Martucci (1856-1909), se serait exclamé : “Respighi n’est pas un élève, c’est un maître.”
    En 1900, Respighi, alors instrumentiste à cordes dans l’orchestre du Teatro comunale de Bologne, s’est présenté pour un poste au sein de l’orchestre du Théâtre impérial de Saint-Pétersbourg et l’a obtenu. Au cours de son séjour en Russie, il fait la connaissance du grand Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) et prend avec lui des cours de composition dont il dira par la suite qu’ils ont eu “une importance vitale” pour lui. C’est sous sa supervision qu’il écrit son Preludio, corale e fuga. Les critiques ont eu tendance à exagérer l’influence de Rimski-Korsakov sur les premières compositions de Respighi, dans la mesure où le jeune Italien, même d’aussi bonne heure, marque indubitablement son œuvre de son sceau personnel. On pourrait dire la même chose de toutes ses partitions, qu’il s’agisse des transcriptions tardives et brillantes du Prélude et Fugue en ré majeur, BWV 532 (1920 ; CHAN10081), ou de la Passacaille et Fugue en do mineur, BWV 582 (1930 ; CHAN9835), de Bach, ou de cette œuvre de jeunesse originale, où l’on détecte des échos de la Symphonie avec orgue de Saint-Saëns et de Also sprach Zarathustra de Richard Strauss, même si le choix du titre est peut-être une de ses premières réponses intentionnelles au précédent établi par Bach.
    Mais Bach n’est pas la seule influence allemande qui se soit exercée sur lui. Le Quintette avec piano en fa mineur de 1902 (CHAN9962), composé à peu près la même époque que le Preludio, corale e fuga a, par endroits, des accents brahmsiens.
    Le Preludio débute par des accords solennels suivis de rythmes dansants et syncopés évoquant Saint-Saëns, cordes et bois se mêlant de manière fort plaisante. Sans solution de continuité, cette écriture laisse la place à une phrase de choral de sept notes, insistante, proche de l’anthem, qui retentit tout d’abord de façon stridente aux cuivres, majestueux, avant de prendre une couleur plus en demi-teintes. Un joli solo de violon s’entrelace avec l’orchestre, le grand thème de choral restant toujours présent. Suit une fugue complexe, avec un dialogue magique entre les cordes et les bois jacassants, tandis que la phrase de choral est développée une dernière fois à son maximum; les cuivres prédominent, les cordes assurent un accompagnement lyrique. Comme si souvent chez Respighi, la harpe ajoute ses accents plaintifs. Un passage plus calme, diminuendo, où les trompettes jouent avec sourdine, prépare la voie à la coda monumentale et éclatante dans l’esprit de Zarathoustra. Pour un compositeur en herbe de vingt et un ans, c’est une œuvre stupéfiante.
Burlesca     Les années immédiatement postérieures à la composition du Preludio, corale e fuga sont productives pour le jeune Respighi. Il fera montre de sa précoce maîtrise dans différents genres avec, notamment, un concerto pour piano en la mineur (1901), une suite quasi symphonique en mi majeur (1903), une fantaisie “Slave” pour piano et orchestre en sol mineur (1904), un opéracomique, Re Enzo (1905), et une suite pour cordes et orgue en sol majeur (1905). La Fantasia slava semble citer l’une des Danses slaves de Dvorák, avec quelques allusions possibles à Smetana.
    La Burlesca (1906) pour orchestre est, elle aussi, partiellement inspirée par Dvorˇák, décédé seulement deux ans auparavant et l’un des compositeurs favoris de Respighi à l’époque. Ajoutez à cela quelques touches de Sibelius, et vous avez une nouvelle preuve du remarquable talent de Respighi pour assimiler le style d’autres compositeurs et même faire allusion à leur œuvre, sans pour autant jamais renoncer à ce qui fait l’individualité de son expression et de son invention. Le mot “burlesque” suggère l’imitation, le faussement sérieux, une tendance à la parodie, voire à la caricature. Burleske (1885-1886), pour piano et orchestre, de Richard Strauss, est un exemple éblouissant de réalisation musicale de ce phénomène.
    Quant à Respighi, il fait l’étalage de sa virtuosité et de son audace orchestrales dans sa propre Burlesca. L’œuvre débute aux cors d’harmonie, prédominants tout au long du morceau, sur fond de miroitement insistant des cordes. À maintes reprises, cette partition vibrante et colorée donne toute liberté aux bois, célesta et harpe dansants, alternant sans effort entre lento et presto, les registres aigu et grave, un sombre sol mineur et un sol majeur enjoué, le tout constamment sous-tendu par un ostinato rythmique.
    C’est le plus bel exemple qui soit de musique “impressionniste”, ses effets “aquatiques” hypnotiques annonçant Trittico botticelliano (1927) parmi d’autres œuvres plus tardives de Respighi.
Rossiniana     Respighi aimait à citer cette affirmation de Rossini, dont il aurait pu être lui-même l’auteur :
La musique est un art sublime car, ne pouvant imiter la réalité, elle s’élève au-dessus de la nature jusqu’à un monde idéal. Elle exprime le fatum qui poursuit l’humanité, l’espoir qui l’anime, l’abîme dans lequel elle est sur le point de plonger. […] Le compositeur doit le ressentir, il n’y a pas de règles pour l’enseigner, et cela passe entièrement par le rythme ; le rythme informe l’expression musicale, et c’est sur le rythme que repose tout le pouvoir de la musique.
    Rien de surprenant à ce que les rythmes dansants utilisés par Respighi dans tant de ses œuvres orchestrales se prêtent de manière saisissante au ballet – notamment dans Gli uccelli (Les Oiseaux), Antiche danze ed arie (Airs et danses d’antan ; CHAN9415) et Belkis, regina di Saba (Belkis, reine de Saba ; suite orchestrale disponible sous référence CHAN8405). L’un de ses succès les plus durables est la partition brillante du ballet La Boutique fantasque (1918 ; CHAN10081), que Respighi a construit sur quelques pièces pour piano de son compatriote Rossini, et qui fut créé à Londres en juin 1919.
    Dans sa biographie de son mari (Ottorino Respighi, Ricordi, 1962), Elsa Respighi écrit que, vers 1920, elle a vu sur son piano un volume de pièces pianistiques de Rossini intitulé Les Riens, et que ce sont celles-ci qui l’ont inspiré pour sa merveilleuse Suite orchestrale Rossiniana (1925). Créée à Hambourg en 1925, cette suite est, inexplicablement, très rarement donnée en concert.
    Caractéristique de l’orchestration respighienne de par son climat, sa couleur et ses changements de tempo éblouissants, cette partition comporte quatre mouvements – en fait cinq, car il semble que deux mouvements aient été fondus en un seul au début de la suite. C’est un mélange subtil de pastiche rossinien et d’hommage affectueux aux rythmes traditionnels des danses et des chants italiens, du doux balancement de la barcarolle, de la chanson des gondoliers vénitiens et de l’élégante sicilienne du premier mouvement à la tarentelle pleine d’allant des Napolitains dans le dernier. Malgré une plainte obsédante, dans le deuxième mouvement, Respighi rend l’hommage qui leur est dû aux aspects enjoués, voire satirico-scabreux de Rossini. Tout au long de la pièce, on retrouve des échos persistants de son immense succès, La Boutique fantasque.
    Les cuivres entonnent la courte fanfare initiale, aux sonorités de cloches, tandis que l’orchestre est balancé de mystérieux rythmes de batelier. La sombre tonalité sous-jacente est caractéristique d’une œuvre dont le matériau mélodique oppose l’ombre et la lumière. Puis vient le thème de la “Sicilienne”, proche de la valse et magnifiquement soutenu, joué d’abord lento, puis dans un tempo un peu plus hardi et plus vif. Les flûtes amènent ce délicieux mouvement à son terme.
    Le thème principal mélancolique du “Lamento” est introduit par les percussions avec sourdine et par les cordes graves. L’aspect presque menaçant de cette mélodie nous rappelle que la personnalité musicale de Rossini, le “Cygne de Pesaro”, superficiellement bon vivant et brillamment mondain, a aussi son pan d’ombre. Des percussions et des cuivres insistants, mais retenus, se mêlent à la harpe et au célesta que Respighi aimait tant, tandis que tambourin, xylophone et timbales ajoutent au brio de l’orchestre. La clarinette se voit confier une mélodie dansante avant le retour du thème principal, dans une veine plus ample et plus lyrique. Le mouvement s’achève en grande partie comme il a commencé, sotto voce avec un beau passage aux cordes et aux percussions avec sourdines. On ne saura cependant pas ce que pleurait cette musique magnifique.
    Le court “Intermezzo” enjoué est le mouvement le plus ouvertement “rossinien”, regorgeant de trouvailles, notamment aux bois. La tarentelle, qui occupe une place de choix dans La Boutique fantasque, est une danse tourbillonnante du Sud de l’Italie, à 6/8 (traditionnellement réputée souveraine contre les piqûres de tarentule). Avec une ironie typiquement rossinienne, Respighi donne une introduction faussement sérieuse à la “Tarentelle” exubérante par laquelle se conclut Rossiniana.
    Puis vient une démonstration de pyrotechnie soudaine, prolongée et rythmiquement sautillante, le compositeur “lâchant la bride” à toutes les sections de l’orchestre tour à tour : Respighi s’est manifestement beaucoup amusé à composer ce mouvement à l’humour contagieux.
    Après la “Tarentelle”, et introduisant un changement d’atmosphère radical, une mystérieuse sonnerie de cloches annonce l’approche d’une procession religieuse solennelle. Ce passage a suscité diverses interprétations : peut-être cette procession dit-elle des prières pour l’âme d’une victime de la tarentule, à moins qu’elle n’exprime l’indignation religieuse devant tout ce galimatias “païen”. Quoi qu’il en soit, la danse est bientôt de retour, et Rossiniana s’achève dans un embrasement de couleurs orchestrales. Elsa Respighi souligne que des œuvres plus tardives d’autres compositeurs, comme Scarlattiana (1926) et Paganiniana (1942) d’Alfredo Casella, pourraient avoir été inspirées par Respighi.
Cinq Études-tableaux     Le premier recueil d’Études-tableaux (op. 33) de Rachmaninov date de l’été 1911, tandis que le second (op. 39) a été achevé en 1917 (CHAN10391). Ces œuvres évocatrices pour piano solo sont essentiellement des pièces virtuoses que Rachmaninov prévoyait de jouer lui-même au cours de ses tournées internationales de soliste, et celles de l’opus 39 sont les dernières qu’il ait composées en Russie avant d’émigrer. Il semble qu’aucune n’ait été publiée de son vivant, et seules quelques-unes ont été imprimées dans les années qui ont immédiatement suivi sa mort en 1943.
    Si Rachmaninov a peut-être lui-même songé à orchestrer ces pièces, c’est le chef d’orchestre Serge Koussevitzky, récemment nommé à la tête du Boston Symphony Orchestra et fervent défenseur de Respighi, qui à la fin 1929 lui suggère ce dernier comme l’orchestrateur idéal de ces Études pour piano. Tout un réseau de relations se décerne ici : c’est Koussevitzky qui en 1921 a commandé à Ravel l’orchestration des Tableaux d’une exposition de Moussorgski, œuvre composée de “poèmes symphoniques” miniatures inspirés par des sujets picturaux, et en ce sens annonciatrice des Études-tableaux du compatriote de Moussorgski. De plus, la version pour piano originale des Tableaux de Moussorgski a été éditée par Rimski-Korsakov, ancien professeur de Respighi, et aussi bien ce dernier que Rachmaninov, qui l’a souvent jouée, admiraient cette œuvre.
    Koussevitzky suggère à Respighi d’orchestrer cinq pièces empruntées aux deux volumes d’Études ; lorsque le compositeur italien accepte, Rachmaninov lui écrit, en janvier 1930 (en français), que cette nouvelle le réjouit, car il est certain que dans ses mains magistrales ces Études sonneront merveilleusement bien. Il propose ensuite de lui donner
quelques explications concernant les mystères des intentions de l’auteur, qui vous aideront à comprendre le caractère de ces Études et à trouver les couleurs adéquates en les orchestrant. Voici le programme de ces Études :
– La première Étude en la mineur [opus 39 no 2] représente la mer et les mouettes.
– La deuxième Étude en la mineur [opus 39 no 6] fut inspirée par le Conte du petit chaperon rouge et du loup.
– La troisième Étude en mi bémol majeur [opus 33 no 4] représente une scène de foire.
– La quatrième Étude en ré majeur [opus 39 no 9] lui ressemble et se rapproche du style d’une marche orientale.
– La cinquième Étude en do mineur [opus 39 no 7] est une marche funèbre…
Rachmaninov conclut sa lettre en proposant de développer ces explications si Respighi les juge utiles.
    Les cinq pièces ne sont généralement pas jouées dans l’ordre indiqué ci-dessus, mais dans l’ordre observé dans le présent enregistrement, conforme à celui de la partition publiée. Elles sont créées en décembre 1931, par le Boston Symphony Orchestra dirigé par Koussevitzky. Celui-ci écrit à Rachmaninov que ces orchestrations sont “très bonnes”, mais qu’elles “demandent beaucoup de travail” et qu’elles ont exigé huit répétitions.
    Il est difficile de juger dans quelle mesure Respighi a été fidèle aux indications programmatiques de Rachmaninov, mais il est indubitable qu’à sa manière unique il a pénétré l’esprit de cette musique avec une finesse remarquable, et l’a réinterprétée.
    Dans la première Étude, par exemple, qui évoque la mer et les mouettes, le sombre balancement rythmique rappelle de manière saisissante le début obsédant de L’Île des morts (1909) de Rachmaninov. La transcription de Respighi fait aussi penser au motif du “Dies Irae” qui se glisse dans plus d’une œuvre du compositeur russe. On notera avec intérêt que le chef d’orchestre germano-américain Frederick Stock, qui détient le record de longévité comme directeur musical du Chicago Symphony Orchestra (1905-1942), a d’ailleurs donné à la fois L’Île des morts et les transcriptions respighiennes des Études-tableaux lors d’un concert à Chicago en 1932.
    L’orchestration du ravissant premier mouvement est dominée par l’ondulation des cordes et des bois dans l’aigu, et par les envolées des clarinettes notamment, l’effet de cette concentration des instruments dans le registre élevé frisant parfois la dissonance. Ce mouvement se termine par une reprise lyrique du thème initial.
    Comme il en a si souvent l’habitude, Respighi opte pour un climat et un tempo totalement différents dans le mouvement suivant, description urgente et enfiévrée d’une foire. Un passage de virtuosité aux cuivres mène cette deuxième Étude à une conclusion abrupte, mais magnifique.
    Le troisième mouvement, substantiel, en do mineur, présenté par Rachmaninov comme une marche funèbre, est le coeur musical de cette suite. Implacablement sombre, dominé par les cuivres et la percussion, il maintient un climat ouvertement funèbre. Respighi semble avoir percé avec une empathie particulièrement imaginative le “mystère des intentions” de Rachmaninov concernant cette Étude, évoquant ingénieusement la sonorité d’un chœur au travers des timbres orchestraux, et une fine pluie incessante par le biais d’un ostinato rythmique aux cordes et aux bois. En dehors de Rachmaninov, peu de compositeurs savent restituer la sonorité des cloches de manière aussi poétique que Respighi, comme il le fait dans Fontane di Roma et dans Vetrate di chiesa (Vitraux d’église, 1925-1926); c’est ce qu’il fait ici aussi, vers le milieu du mouvement, avant de revenir à la marche funèbre initiale.
    Le quatrième mouvement, qui retrace l’histoire du Petit Chaperon rouge et du Loup, est une pure poésie instrumentale, invitant inévitablement la comparaison avec Pierre et le Loup de Prokofiev, qui lui est postérieur (1936). Le grondement des cuivres et de la percussion et les rythmes sautillants incessants des bois suggèrent de manière frappante le claquement des mâchoires du loup prédateur, talonnant de près sa proie qui s’enfuit. Avec ses échanges rythmiques insistants entre les cuivres, les bois babillards et le martèlement de la percussion, le tout culminant en une fanfare tonitruante, la marche orientale finale présente un caractère similaire à celui de “La Foire”.On ne peut s’empêcher de penser que cette orchestration imaginative de ses Études-tableaux par son confrère italien aurait beaucoup plu à Rachmaninov.

David Heald
Traduction : Josée Bégaud
© CHANDOS 2006 – Reproduction interdite


Gianandrea Noseda Gianandrea Noseda est reconnu dans le monde entier pour ses talents exceptionnels de chef d’orchestre. C’est dans sa ville natale de Milan qu’il commença ses études musicales, se partageant entre le piano, la composition et la direction avant de suivre des cours de direction à Vienne et en Italie.
    Après avoir remporté des concours internationaux en 1994, il fut invité à faire ses débuts avec l’Orchestre symphonique Giuseppe Verdi de Milan. Il travailla ensuite comme chef principal invité au Théâtre Mariinski, résidence de l’Opéra Kirov et des Ballets Kirov à Saint-Pétersbourg, chef principal de l’Orchestre de Cadaqués (ensemble espagnol regroupant des musiciens d’orchestres symphoniques européens), chef principal invité de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam et de l’Orchestre symphonique national de la RAI et directeur artistique du festival international Settimane Musicali di Stresa.
    Gianandrea Noseda a collaboré avec des compagnies lyriques comme le Los Angeles Opera et le Metropolitan Opera, New York, et dirigé des orchestres de renom international tels le City of Birmingham Symphony Orchestra, l’Orchestre de chambre d’Europe, l’Orchestre symphonique de la Radio suédoise, l’Orchestre philharmonique d’Oslo, l’Orchestre de chambre de Vienne, le Tokyo Symphony Orchestra, le New York Philharmonic, le Toronto Symphony Orchestra et l’Orchestre national de France.
    Il est depuis septembre 2002 chef principal du BBC Philharmonic et il enregistre en exclusivité pour Chandos depuis 2003.

  • Présentation
  • Voici Respighi dans ses œuvres moins connues et néanmoins dignes des plus grands répertoires orchestraux. Rendu justement célèbre par ses trois grandes Romeries orchestrales (Pins, Fontaines et Fêtes), Respighi se trouve presque oublié pour le reste de son œuvre, pourtant immense et diverse. Et pas seulement pour des orchestres à défoncer les murs, mais aussi pour des formations plus modestes, comme pour la délicieuse suite Rossiniana de 1925, une œuvre de la maturité alliant le pastiche, le « à la manière de », la paraphrase et la véritable métamorphose : un ouvrage à découvrir sans tarder !
        Plus ancien, le Prélude, choral et fugue reprend naturellement le format de Franck mais dans un langage plus proche de Rimski-Korsakov qui en supervisa la composition en 1901.
        Enfin, on peut découvrir Respighi orchestrateur de génie dans les cinq Etudes-tableaux de Rachmaninov transcrits pour un orchestre gigantesque, foisonnant, rutilant, une véritable leçon d’écriture orchestrale.

  • Programme
  • Ottorino Respighi (1879-1936)

    Burlesca (Burlesque) pour orchestre (1906)
    Prélude, Choral et Fugue (1901)
    Rossiniana, suite pour orchestre d’après Les Riens de Gioachino Rossini (1925)
    (Libre transcription de Ottorino Respighi)
    Cinq Études-tableaux (d’après les Études-tableaux op. 33 & op. 39 de Serge Rachmaninov)
    (Orchestration de Ottorino Respighi)
    Orchestre Philharmonique de la BBC
    Direction Gianandrea Noseda

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    Fondé en 1979, Chandos Records tire son nom du premier duc de Chandos, mécène raffiné qui protégea notamment Haendel. Suivant en cela l'exemple de son homonyme, Chandos s'efforce depuis plus de trente ans de protéger et de promouvoir les chefs-d'oeuvre ignorés de la musique anglaise. Chandos a publié ainsi des intégrales des symphonies d'Arnold Bax ou de Vaughan Williams, et réhabilite particulièrement les oeuvres de Gérald Finzi, de Charles Stanford, Herbert Howells William Alwyn, etc. Chandos s'est également spécialisé dans la redécouverte des répertoires anciens, son label «Chaconne» éditant des compositions méconnues de Leclair, Telemann, et, comme il se doit, de H...

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