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Miles Davis

Compositeur et trompettiste américain, le monde du jazz l’a surnommé The Prince of Darkness, le prince des ténèbres. Sa sonorité, son aura, ses visions, son élégance, le placent au même échelon que Louis Armstrong, Charlie Parker ou John Coltrane, celle d’un génie de l’improvisation. Miles Davis est l’une des figures centrales de l’histoire du jazz. Son nom est associé à toutes les grandes évolutions du jazz moderne : le be-bop, le jazz cool, le hard bop, le jazz modal et le jazz rock. Et son influence ira bien au-delà de la jazzosphère au point d'être considéré comme l'un des plus grands musiciens du XXe sicèle, tous styles confondus.

Né à St. Louis dans une famille de la bourgeoisie afro-américaine, le jeune Miles est initié à la trompette à l’âge de 13 ans par Elwood Buchanan. C’est lui qui lui fait découvrir les particularités de la trompette jazz et qui l’aide à développer les fondements de son style, en l’encourageant, d’une part, à jouer sans vibrato, et en l’initiant, d’autre part, au jeu de trompettistes comme Bobby Hackett et Harold Baker, caractérisé par la sobriété, la douceur et le lyrisme. Après sa rencontre avec le trompettiste Clark Terry, figure du jazz local, qui exerce sur lui une profonde influence, Miles devient professionnel vers 1942, en s'inscrivant à la Fédération américaine des musiciens. Il commence à jouer en public et intègre plusieurs orchestres de rhythm’n’blues, qui lui offrent une possibilité de se forger à la fois une technique et une culture musicale. En 1944, il joue avec Dizzy Gillespie et Charlie Parker, géniaux chefs de file du be-bop, l’avant-garde du jazz de l’époque, avant de se rendre à New York, où il s’inscrit à la Juilliard School of Music, mais ne tarde pas à s’affranchir de l’éducation et du répertoire européen et blanc enseigné par cette institution.




Parallèlement, il rejoint progressivement les formations de nombreux interprètes et musiciens incontournables de l’époque tels que Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Thelonious Monk, Billie Holiday, Coleman Hawkins, Eddie « Lockjaw » Davis, « Rubberlegs » Williams, Herbie Fields, et Charles Mingus. Il intègre en 1945 le quintet de Charlie Parker, commence à composer ses propres œuvres et attire l’attention de l’arrangeur Gil Evans qui, comme lui, est passionné de théorie musicale. C’est aussi l’époque où il sombre dans les travers de ses contemporains, la consommation excessive de drogues (l’héroïne en particulier) qui, entraina de nombreux ravage parmi les musiciens. Ses recherches et sa collaboration avec Gil Evans et Gerry Mulligan mènent à la naissance du jazz cool. Une révolution gravée dans la cire sur Birth Of The Cool.
 Cette même année 1949, Miles effectue son premier voyage à l'étranger, participant le 8 mai au Festival International de Jazz à Paris, à la salle Pleyel. Codirigeant un groupe avec le pianiste Tadd Dameron, il rencontre l'élite intellectuelle et artistique parisienne de l'époque : Jean-Paul Sartre, Boris Vian, Pablo Picasso et surtout Juliette Gréco. Pour le trompettiste, c'est une véritable révélation. La France est en effet à l'époque un pays beaucoup moins raciste que les États-Unis, surtout au sein du milieu qu'il fréquente à Paris. Il a pour la première fois la sensation, comme il le dira dans son autobiographie « d'être traité comme un être humain ». Tombé amoureux de Gréco, il hésite à l'épouser, une chose impensable dans son pays natal (les unions mixtes entre Noirs et Blancs sont encore tout simplement illégales dans de nombreux états américains). Ne voulant pas lui imposer une vie outra-Atlantique en tant qu'épouse d'un Noir américain, et elle ne voulant pas abandonner sa carrière en France, il renonce et rentre à New York à la fin mai. ..

Passé par l’enfer de la drogue, Miles se remet à questionner les sources du jazz. Après le be bop, après le cool, il s’intéresse au hard bop et collabore notamment avec Sonny Rollins, Thelonious Monk, Art Blakey ou Horace Silver sur les albums enregistrés pour les labels Prestige ou Blue Note. Ce sont ces disques qui définissent ce nouveau son dont il est, comme pour les autres styles (le be bop et le cool), l’un des héros précurseurs. Au Newport Jazz Festival de 1955, l'interprétation de Miles Davis de 'Round Midnight, un thème de Thelonious Monk, est saluée par une standing ovation doublée d'un immense succès critique : la carrière du trompettiste, sérieusement mise en péril par ses problèmes de drogue, est définitivement relancée. C’est aussi avec cette composition et cette interprétation à la sourdine Harmon qu’il impose cette sonorité unique qui marque de manière indélébile son empreinte sur ce monde du jazz en permanente gestation. Il monte un premier quintet « classique » qui enregistrera une série d’albums intemporels en 1955 et 56. En font partie John Coltrane (sax ténor), Red Garland (piano), Paul Chambers (contrebasse) et Philly Joe Jones (batterie). A la tête de cette formation, il va explorer ses idées musicales du moment, basées notamment sur l'approche du pianiste Ahmad Jamal.


A la même époque, Miles Davis poursuit, en tant que soliste, son aventure en grande formation sous la direction de Gil Evans. Parallèlement, en tant que leader, il imagine un sextet à deux saxophones, avec John Coltrane au ténor et Cannonball Adderley à l'alto dont l’œuvre phare, après la rencontre avec le pianiste Bill Evans, sera en 1959 l’un des albums les plus marquants de l’histoire du jazz : Kind Of Blue. 
À la fin des années 50, Miles Davis continue son évolution musicale, se nourrissant de plusieurs engagements parallèles à sa carrière de leader de groupe : une participation fin 1956 au projet de la Jazz and Classical Music Society de Gunther Schuller, visant à réunir jazz et musique classique en un troisième courant (Third Stream) et la composition de la bande originale du film Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle en 1957. Le groupe, qui comprend Kenny Clarke et les musiciens français Barney Wilen au saxophone ténor, René Urtreger au piano et Pierre Michelot à la contrebasse improvise la musique devant un écran projetant des scènes du film en boucle, à partir d'indications très limitées de Miles. Ces morceaux très visuels, ne comptant que très peu d'accords, resteront un jalon essentiel dans la carrière du trompettiste, le symbole de son nouveau style.
 L’homme fascine au delà de son génie musical et de sa sonorité unique, vêtu de costumes luxueux, le nez chaussé de mystérieuses lunettes noires et conduisant des voitures de sport italiennes. Il devient une figure particulière dans le monde du jazz. C'est également à cette époque que survient un incident à l'origine d'une partie du mythe du musicien : alors qu'il se remet de l'ablation chirurgicale de nodules sur ses cordes vocales, Miles s'emporte contre un organisateur de concerts indélicat, endommageant définitivement sa gorge convalescente. Cette voix ravagée restera le symbole d'un homme qui refuse de se laisser marcher sur les pieds, y compris par les puissants. Refusant la vie très difficile des jazzmen, il obtient pour son groupe et lui-même une augmentation significative des cachets, ainsi qu'une norme de trois sets par soirs au lieu des quatre qui sont la norme depuis toujours
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Au début des années 60, après quelques tâtonnements, Miles Davis s’entoure de nouveaux musiciens pour ce qui est généralement considéré comme un des groupes les plus inventifs de toute l’histoire du jazz : le pianiste Herbie Hancock, le batteur Tony Williams, le contrebassiste Ron Carter et le saxophoniste Wayne Shorter, et leur musique prend une nouvelle direction en se libérant des influences des courants dominants, notamment de celle du free jazz, style que pour une fois, il n’a pas lancé, et qu’il critiquera violemment. 
En octobre 1966, le groupe - le deuxième quintet de Miles, comme la légende le surnomme depuis - enregistre, ce que beaucoup considèrent comme son chef-d'œuvre, l'album Miles Smiles. Suivent en 1967, les albums Sorcerer et Nefertiti et en 1968, Miles In The Sky et Filles de Kilimanjaro. Le vent des révolutions de 1968 n’épargne pas l’entourage de Miles Davis. Ses musiciens s’intéressent aux instruments électriques et au rock psychédélique, incarné surtout par Jimi Hendrix : Miles s’en inspire pour amorcer un rapprochement entre le jazz et le rock, le funk et le rhythm’n’blues, signature qu’il gardera jusqu’à la fin de sa carrière (Bitches Brew, 1970). Désormais, il change d’image et se produit dans les grandes salles de rock de l’époque avec à ses côtés quelques-unes des stars en devenir comme John McLaughlin, Chick Corea ou Keith Jarrett.
 
Avec On The Corner (1972), Miles revient au blues de ses origines, et, associé aux musiciens issus des studios de la Motown, crée une sorte de free funk, musique très imprégnée par le blues, mais issue de l’improvisation, avant de se retirer de la scène en 1975 pour des problèmes de santé. Son dernier enregistrement est l’hommage à Duke Ellington, He Loved Him Madly.



Après plusieurs années de silence et de retraite, Miles Davis remonte sur scène en 1980 avec l’album The Man With The Horn, et un nouveau groupe formé de jeunes musiciens : Al Foster, Bill Evans (le saxophoniste), Mike Stern, Marcus Miller et Mino Cinelu. Leur son se nourrit des courants actuels : la pop, le rap, le hip-hop et les nouvelles technologies donnent une nouvelle dimension à l’inspiration du musicien. À partir de ce moment, Miles sera aussi un initiateur, un passeur qui permettra à de nombreux amateurs de musique plus rock de découvrir la beauté d'un silence, d'une respiration au sein d'une harmonie gorgée d'émotions et d'énergie. Grâce à lui, le jazz, terme qu'il trouvait de plus en plus restrictif, pouvait toucher un public plus large et continuer ainsi à se renouveler. Le double album live We Want Miles, publié en 1982, présente le nouveau groupe de scène de Miles Davis. Le premier titre, Jean-Pierre deviendra un véritable classique au fil des ans. Cet album reçoit un grand succès, couronné par un Grammy Award en 1983. Miles Davis, assisté par Marcus Miller, bassiste poly-instrumentiste, et du saxophoniste Bill Evans enregistre ensuite des albums au son plus moderne à partir des synthétiseurs numériques alors en vogue, en utilisant le séquenceur et l'échantillonnage, comme Decoy (1984) ou You're Under Arrest l'année suivante, sur lequel il s'attaque au répertoire de Michael Jackson (Human Nature) et Cyndi Lauper (Time After Time). En 1986, Miles quitte Colombia Records pour la Warner et publie Tutu, un album qui rencontre un succès public très important. Aucune composition du trompettiste ne figure pourtant sur le disque : n'ayant pas obtenu les droits de ses propres compositions avec ce nouveau contrat, Miles Davis refuse d'enregistrer son propre matériel et a recours notamment aux services de Marcus Miller, dont le style imprègne Tutu, mais aussi l'album suivant, Amandla, publié en 1989. Juste avant de disparaitre, en 1991, Miles fera une dernière ouverture en direction des rappeurs et du hip-hop avec l'album Doo-Bop qui parait en 1992.

Le génie de Miles Davis peut se résumer en trois points : un son original dans un environnement très structuré, une conception évolutive de la musique dans des directions déterminées et une capacité à s'entourer de musiciens dont il savait tirer le meilleur. En 2006, Miles Davis est l’un des très rares musiciens de jazz à être introduit dans le Rock and Roll Hall of Fame. ©DP/Qobuz

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