Suzanne Danco - Darius Milhaud, Charles Munch, etc. Debussy, Ravel & Satie (Suzanne Danco, Vol. 2)Discothèque Idéale Qobuz

Debussy, Ravel & Satie (Suzanne Danco, Vol. 2)

Suzanne Danco - Darius Milhaud, Charles Munch, etc.

Verschenen op 15 juni 2015 bij INA Mémoire vive

Hoofdartiest: Suzanne Danco

Genre: Klassiek > Wereldlijke vocale muziek

Onderscheidingen: The Qobuz Ideal Discography ( juni 2014) - Diapason d'or ( juli 2005) - Timbre de platine ( juli 2005) - Choc du Monde de la Musique ( juli 2005)

Inbegrepen: 1 Booklet

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Album : 1 album - 9 tracks Totale duur : 00:47:59

    Socrate (Erik Satie)
  1. 1 Portrait de Socrate

    Suzanne Danco, soprano - Orchestre Symphonique de Rome de la RAI - Darius Milhaud, direction Auteursrecht : © 1954 RAI - © 2005 Ina mémoire vive - ℗ 2005 Ina mémoire vive

  2. 2 Bords de l'Ilissus

    Suzanne Danco, soprano - Orchestre Symphonique de Rome de la RAI - Darius Milhaud, direction Auteursrecht : © 1954 RAI - © 2005 Ina mémoire vive - ℗ 2005 Ina mémoire vive

  3. 3 Mort de Socrate

    Suzanne Danco, soprano - Orchestre Symphonique de Rome de la RAI - Darius Milhaud, direction Auteursrecht : © 1954 RAI - © 2005 Ina mémoire vive - ℗ 2005 Ina mémoire vive

  4. Pelléas et Mélisande (Claude Debussy)
  5. 4 Acte I, scène 1 : Une fontaine dans le parc

    Suzanne Danco, soprano (Mélisande) - Camille Maurane, baryton (Pelléas) - Maurice de Groot, baryton (Golaud) - Orchestre National de la Radiodiffusion Française - Désiré-Emile Inghelbrecht, direction Auteursrecht : © 1952 Radiodiffusion française - © 2005 Ina mémoire vive - ℗ 2005 Ina mémoire vive

  6. 5 Véronique: Couplets « Vrai Dieu ! mes bons amis »

    Suzanne Danco, soprano (Mélisande) - Camille Maurane, baryton (Pelléas) - Maurice de Groot, baryton (Golaud) - Orchestre National de la Radiodiffusion Française - Désiré-Emile Inghelbrecht, direction Auteursrecht : © 1952 Radiodiffusion française - © 2005 Ina mémoire vive - ℗ 2005 Ina mémoire vive

  7. 6 Véronique: Duetto de l’âne « De ci, de là »

    Suzanne Danco, soprano (Mélisande) - Camille Maurane, baryton (Pelléas) - Maurice de Groot, baryton (Golaud) - Orchestre National de la Radiodiffusion Française - Désiré-Emile Inghelbrecht, direction Auteursrecht : © 1952 Radiodiffusion française - © 2005 Ina mémoire vive - ℗ 2005 Ina mémoire vive

  8. Sheherazade (Maurice Ravel)
  9. 7 Les Chansons d'amour: La chanson d'amour (Barcarolle)

    Suzanne Danco, soprano - Orchestre National de la Radiodiffusion Française - Charles Münch, direction Auteursrecht : © 1950 Radiodiffusion française - © 2005 Ina mémoire vive - ℗ 2005 Ina mémoire vive

  10. 8 Les Chansons d'amour: Cueillette (Triolets)

    Suzanne Danco, soprano - Orchestre National de la Radiodiffusion Française - Charles Münch, direction Auteursrecht : © 1950 Radiodiffusion française - © 2005 Ina mémoire vive - ℗ 2005 Ina mémoire vive

  11. 9 Les Chansons d'amour: Le Ruisseau (Lamento)

    Suzanne Danco, soprano - Orchestre National de la Radiodiffusion Française - Charles Münch, direction Auteursrecht : © 1950 Radiodiffusion française - © 2005 Ina mémoire vive - ℗ 2005 Ina mémoire vive

  • Booklet
  • Details over de originele opname:

    79:21 - ADD. Transfert 24-bit - Enregistré le 24 juillet 1950 (Ravel) dans le cadre du Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence (Cour de l’Archevêché) et le 29 avril 1952 (Debussy) au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, par la Radiodiffusion française, le 5 avril 1954 (Satie) dans le cadre du Festival du XXe siècle (Foro Italico) par la RAI - Notes en français et anglais

    Suzanne Danco chante Satie, Debussy et Ravel
    par François Hudry

    Socrate et le néo-classicisme    De Saint Bernard de Clairvaux à Anton Webern, il s’est toujours trouvé dans l’histoire de l’art des penseurs, des théoriciens et des artistes dont le désir de simplification était tel qu’ils tournèrent délibérément le dos à l’art chargé ou compliqué de leur époque. En privilégiant la ligne claire et sobre, le Socrate d’Erik Satie semble bien participer de ce genre de recherche. Délaissant l’habit d’amuseur public et de provocateur que Jean Cocteau lui avait fait endosser pour Parade, ce « ballet réaliste » créé au Théâtre du Châtelet, en 1917, Erik Satie montre peut-être sa vraie nature dans ce « drame symphonique », commandé par la Princesse Edmond de Polignac, répondant à la suggestion de la cantatrice Jane Bathori, amie de Satie et déjà dédicataire de quelques-unes de ses mélodies.
        En se mettant au travail, et ce avant même d’avoir mis la dernière main à Parade, Satie est parfaitement dans l’air de ce temps où le retour à l’antique est depuis longtemps à la mode. Si l’on regarde attentivement le quartier de la Nouvelle Athènes, dans le IXe arrondissement de Paris, qu’il connaissait bien quand il était « tapeur à gage » à l’Auberge du Clou (elle existe encore aujourd’hui et fut le rendez-vous du Paris artistique de l’époque), on comprendra comment tout ce décor de colonnes et de pilastres, de chapiteaux doriques et corinthiens, de cariatides et d’atlantes sculptés dans la tendre pierre de Paris ait pu durablement influencer l’imagination de plusieurs générations de créateurs. Cette ligne claire du trait « à la grecque » est tout aussi perceptible dans les dessins du premier Picasso, bientôt reprise par Cocteau et d’autres. Et les sujets grecs en musique ne manquent pas, de Danseuse de Delphes (Debussy) à Daphnis et Chloé (Ravel), sans parler de tous ceux qui naîtront dans la mouvance plus ou moins avérée de Socrate. […]

    Comment interpréter Socrate    Selon Jean Cocteau, « Satie enseignait la plus grande audace de [son] époque : être simple. » La simplicité est, on le sait, redoutable pour un interprète qui a toujours la tentation d’ajouter sa propre subjectivité à l’œuvre qu’il doit faire vivre. Satie souhaitait que les sopranos se muent en récitantes, formant une souple mélopée très proche du parler naturel. Il ne voulait aucun effet vocal, mais simplement l’impression d’une voix neutre et impersonnelle lisant le texte sans aucune affectation, sans aucun état d’âme.
        Lorsque Darius Milhaud chercha une interprète pour ce concert de Rome du 5 avril 1954, diffusé en simultané sur les ondes de la radio nationale française, il s’adressa à Francis Poulenc qui lui recommanda chaleureusement Suzanne Danco. Le timbre pur, presque blanc de la grande cantatrice belge, son vibrato très serré et son absence de pathos est en parfaite adéquation avec l’œuvre dépouillée et intemporelle de Satie. Danco était de plus rompue à l’exercice de la musique du XXe siècle, ayant, entre autres, chanté le rôle de Marie lors de la création italienne du Wozzeck d’Alban Berg, à Naples. Cette délicate mozartienne, qui a fait les beaux jours des débuts du Festival d’Aix-en-Provence, était une Mélisande de haut vol et une interprète recherchée par les compositeurs vivants, comme Luigi Dallapiccola, Benjamin Britten, Frank Martin, Francis Poulenc, Igor Stravinski ou Olivier Messiaen.
        Ainsi, le vœu de Cocteau et de Satie, qui était de chanter Socrate comme on lirait le Code civil, est ici miraculeusement réalisé. Ce concert romain, donné au Foro Italico, prenait place au sein d’un gigantesque festival consacré à la musique du XXe siècle, pendant italien de la manifestation parisienne similaire, organisée par Nabokov, deux ans auparavant, sous la bannière de l’œuvre du vingtième siècle. Elles reçurent toutes deux les principaux artisans de la musique nouvelle – compositeurs et interprètes de renom.

    Pelléas et Mélisande    Suzanne Danco reste une des grandes interprètes du drame lyrique de Claude Debussy. C’est à la demande du chef d’orchestre Ernest Ansermet qu’elle travaille l’ouvrage, sous la férule de Irène Aïtoff à Paris. Elle chante sa première Mélisande en 1950, au Grand Théâtre de Genève, sous la baguette de l’illustre chef d’orchestre suisse. Cette incarnation est une réelle sensation qui se répercute rapidement dans le petit monde de l’opéra. En 1952, année du cinquantenaire de l’ouvrage, elle l’enregistre, toujours sous la direction d’Ernest Ansermet, qui lui restera fidèle jusqu’à sa mort, pour Decca, au côté de Pierre Mollet en Pelléas.
        Quelques jours après cet enregistrement resté célèbre, elle est à nouveau Mélisande, cette fois à Paris, pour l’anniversaire officiel du chef-d’œuvre de Debussy. Il s’agit d’une version de concert prévue en public, organisée par la Radio Télévision française (RTF). Suzanne Danco gardera toute sa vie un souvenir amer de cette soirée, laquelle, à la suite d’une cabale menée par une Mélisande rivale, fut finalement donnée sans public, malgré ses protestations et le soutien du chef d’orchestre Désiré-Emile Inghelbrecht. Seule la mère de Suzanne Danco, arrivée tout exprès de Bruxelles, put assister à ce curieux anniversaire… Cependant, Suzanne Danco avait un faible pour la direction d’Inghelbrecht et le souvenir musical de cette soirée l’a toujours emporté sur le souvenir personnel.
        Ce document, dont de larges extraits sont désormais en vos mains, permet d’apprécier une fois de plus l’aisance de Suzanne Danco dans un rôle qui reste un des plus importants de sa vie. La présence à ses côtés de Camille Maurane donne au couple mythique une espèce d’évidence de sens et de style qui restera une référence pour les générations à venir, comparable à celle gravée par un autre couple célèbre, Irène Joachim et Jacques Jansen.

    Schéhérazade    Les grands artistes ont souvent laissé une trace indélébile sur les œuvres qu’ils chérissaient et dans lesquelles ils ont pu donner la pleine mesure de leur talent. Si Suzanne Danco fut une exceptionnelle Mélisande, applaudie sur la scène de nombreux opéras, elle demeure une interprète de référence de Schéhérazade, le cycle de trois mélodies avec orchestre écrites par Maurice Ravel en 1904. D’ailleurs, au long de sa carrière, les deux partitions qu’elle a le plus chantées sont de Ravel : Schéhérazade et les Histoires Naturelles. Danco a enregistré Schéhérazade avec Ernest Ansermet à deux reprises. Une première fois à Paris, Salle de la Mutualité, le 28 mai 1948 avec l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire (édité en CD par Dutton Laboratories CDK 1201), la seconde à Genève, au Victoria Hall, en octobre 1954 (Decca 425 998). Ce dernier enregistrement a fait le tour du monde et reste, aujourd’hui encore, une référence de style, de diction et de musicalité de ce cycle ravélien. À propos de ce disque qu’elle chérissait et qu’elle aimait offrir à ses élèves, Suzanne Danco se plaisait à évoquer sa rencontre avec Leonard Bernstein. C’était au Teatro Comunale de Florence après un concert dirigé par le chef américain. Lorsqu’on lui présenta Suzanne Danco, il l’accueillit avec un grand sourire et ouvrit généreusement les bras en s’exclamant : « Schéhérazade ! » Bernstein, fervent admirateur d’Ernest Ansermet et de la musique française, n’avait pas oublié ce disque magnifique.
        Il existe également de Schéhérazade une prise de concert fascinante, dont Suzanne Danco était d’ailleurs très fière, sous la direction de Karel Ancerl, le 21 mai 1957, à Prague, qui a déjà fait l’objet d’une publication en disque compact (Praga-Le Chant du Monde PR 254 008).
        Le présent enregistrement, qui paraît pour la première fois, est lui aussi le témoignage d’un concert au milieu d’une année unique : 1950. Unique car elle fut la plus riche – et la plus épuisante – de toute la carrière de Suzanne Danco. Au seul Festival d’Aix-en-Provence cet été là, elle fut une inoubliable Elvire (Don Giovanni) et une délicate Fiordiligi (Cosi fan tutte) sous la baguette de Hans Rosbaud. Elle y chanta aussi Arianna dans Il Giustino, opéra inconnu de Vivaldi ressuscité par Fernando Previtali. Quatre jours plus tard, elle était Eurydice dans l’Orfeo de Monteverdi au côté du ténor canadien Léopold Simoneau, sous la direction de Ernest Bour.
        Elle triompha enfin dans cette fameuse Schéhérazade, lors d’un concert dirigé par son ami Charles Münch (au cours duquel fut donnée la création française du Concerto pour piano de Francis Poulenc). Parmi les articles dithyrambiques relatant son intense activité, une phrase de la violoniste – devenue critique – Hélène Jourdan-Mohrange résume bien la situation : « Suzanne Danco est vraiment la reine du Festival. » Son interprétation, dans la douceur d’une nuit d’été à la Cour de l’Archevêché, est véritablement exceptionnelle. On la sent comme portée par l’amour du public et par la direction passionnée de son ami Charles Münch. Une franche camaraderie et une admiration réciproque liait les deux artistes qui travaillèrent souvent ensemble. À Boston d’abord, puis dans tous les Etats-Unis où Suzanne Danco a beaucoup chanté La Damnation de Faust de Berlioz sous sa direction, avant d’en effectuer un enregistrement (RCA Victor GD 87940). Ils se revirent pour la dernière fois en 1966, à Florence, lorsque Charles Münch y dirigea Pelléas et Mélisande de Debussy pour l’unique fois dans sa carrière.
        Cette Schéhérazade qui clôt le présent disque est donc le témoignage d’une belle amitié, en même temps qu’il illustre le dépassement et les prises de risque inhérents au moment éphémère du concert. Ecoutez par exemple comment Danco négocie l’immense saut, dans Asie, sur les mots « Je voudrais voir mourir d’amour ou bien de haine ». (plage 7 à 7’50) Le mot « haine », avec son « h » aspiré, est lancé avec une telle puissance et une telle persuasion qu’il attire irrésistiblement le fortissimo d’un orchestre ravélien encore ébloui des influences de Rimski-Korsakov et de Moussorgski. L’effet est saisissant et l’on sent alors la cantatrice totalement libérée du côté trop parfait qui bride quelquefois ses enregistrements de studio.

    François Hudry
    (23 janvier 2005 - Larges extraits du texte du livret)
    © INA mémoire vive 2005 – Reproduction interdite
    À paraître (printemps 2006) : Suzanne Danco par François Hudry (Ed. Symétrie, Lyon)


    Suzanne Danco


        Sa mise était toujours impeccable et il n’est guère de photo où on ne la voit vêtue avec élégance, le pli impeccable, la ligne classique, simple mais raffinée. Le chant de Suzanne Danco était à l’image de sa vêture, et elle n’aimait guère chez les autres le relâchement et l’excentricité. Gare aux jeunes femmes en jupes trop courtes et aux garçons aux pantalons en tissu africain… Gare surtout aux collègues qui ne tenaient pas leur chant ou ne savaient pas leur partition.    Pour beaucoup, Suzanne Danco incarne un chant cultivé, élégant et sévère comme peut l’être un tailleur de Mademoiselle Chanel ; mais cette voix en « noir et blanc », à laquelle faisait presque complètement défaut le velours et la chamarrure, avait ses finesses, son grain, ses fêlures intimes quelque peu occultées par la vitrine ordonnée de sa technique et l’expression rigoureuse de son art. Danco avait une émission instrumentale, certes moins « blanche » que celle d’une autre grande mozartienne, l’Américaine Teresa Stich-Randall, mais qui produisait un son franc capable de claironner d’égal à égal avec celui de la trompette de la Cantate BWV 51 de Johann Sebastian Bach (l’un de ses enregistrements préférés, qu’elle n’a pas eu le bonheur de voir réédité avant sa mort). Auprès de ses maîtres, en Italie, Danco avait parfait une voix bandée comme un arc, au phrasé souverain, au souffle constamment maîtrisé et à la justesse impeccable.    Pour beaucoup, Danco est aussi l’emblême d’une langue française qu’on ne prononce plus ainsi aujourd’hui, un Français que pratiquaient acteurs et chanteurs de l’époque, avec des nasales longues, des consonnes distinctement simples ou doubles, une phonétique correcte. On se souvient encore de la surprise émerveillée avec laquelle le metteur en scène Jean-Marie Villégier avait découvert, lors d’une émission en public de Jean-Michel Damian pour la chaîne France Musiques, l’extraordinaire éloquence de ce chant où verbe et son se rencontrent et se partagent dans un égal bonheur.     Lorsqu’il pensait à Danco, Francis Poulenc disait « soprano sec ». Nulle insulte là-dedans. Il voulait dire : une mère Marie plutôt qu’une Blanche, pour prendre comme exemple deux des rôles de ses Dialogues des Carmélites. Lorsqu’il écrivait, en 1939, dans le Journal de mes mélodies : « Je suis incapable de citer actuellement une seule bonne chanteuse française de mélodie », il exceptait l’exemplaire Claire Croiza mais ne connaissait pas encore Danco qui allait tout juste débuter quelques mois plus tard, en Italie. Mais dès lors qu’il l’a connue, Poulenc n’a eu de cesse qu’elle chante sa musique. Il a écrit les solos de son Stabat Mater pour elle et allait imaginer sa Mère Marie « très Danco » (mais Danco ne chantera ni l’un ni l’autre). Poulenc avait beau écrire : « Je préfère une jolie voix bête à la chanteuse peudo-intelligente, presque toujours aphone », il adorait les vraies chanteuses vraiment intelligentes, ce qu’était Danco, et, surtout, il appelait de ses vœux une simplicité d’approche et d’interprétation de sa musique à laquelle Danco, si elle l’avait davantage chantée, aurait rendu grand service.
        On ne s’étonnera donc pas que Poulenc l’ait tant admirée, car il est impossible de prendre Danco, dans ses témoignages enregistrés, en flagrant délit de sussurement et d’édulcoration. Elle chantait Duparc comme le faisait son grand ami le ténor suisse Hugues Cuenod, et comme avant eux Charles Panzéra ou Bernard Kruysen après eux, avec une franchise qu’on oserait qualifier de virile. Oui, Suzanne Danco était un soprano viril.     Treize ans après le premier disque que nous lui avons consacré dans cette même collection (c’en était même le tout premier volume) et quelques années après la mort accidentelle de la chanteuse dans le jardin de sa magnifique maison au dessus de Florence, en Italie, le 10 août 2000, il nous est apparu indispensable de lui consacrer un deuxième volume, complétant ainsi le vaste corpus dévolu au chant français constitué au fil des années dans le cadre d’ « Ina, mémoire vive ». Nous guettions depuis longtemps ce Socrate d’Erik Satie conservé par les archives de l’Ina et par celles de la RAI, après la diffusion en simultané de ce concert de 1954. Malheureusement, la bande de l’Ina est une transmission par téléphone, de qualité décevante, et l’enregistrement privé des premières mesures de la partition. Aussi, les services de la RAI nous ont-ils aimablement fourni l’original de cette diffusion et c’est celui-ci qui est ici reproduit.
        Dirigé par Darius Milhaud, ce Socrate semble bien conforme à cette « diète dorique qui exclut les épices rares et la bijouterie de luxe », pour reprendre les mots de Vladimir Jankélévitch dans son chapitre « Satie et le matin », dans l’ouvrage Le Nocturne (Albin Michel, 1957). On ose même prétendre qu’il s’agit d’une incarnation quasi idéale de la rarissime version originale (avec orchestre) du « drame symphonique » de Satie.     Les trois scènes de Pelléas et Mélisande, de Claude Debussy, sont extraites d’une intégrale donnée en direct, le 29 avril 1952, sur la radiodiffusion nationale par Désiré-Emile Inghelbrecht à la tête de l’Orchestre National de France, pour le cinquantenaire de la création de l’ouvrage. Le chef français réitèrera l’expérience dix ans après avec une toute autre distribution – cette version de 1962 a été éditée sur disques compacts par Auvidis/Montaigne. Nous avions d’abord pensé éditer l’intégralité de cet opéra, mais deux rôles de ce drame lyrique étaient à ce point massacrés par leurs interprètes que nous y avons renoncé. Nous avons retenu les duos de cette Mélisande d’une pureté de dimanche matin, au mystère dégrisé, et de ce Pelléas sans âge, à l’impeccable musicalité.     La troisème œuvre de ce programme est Schéhérazade de Maurice Ravel. François Hudry, qui signe le texte de présentation qui précède et fera paraître en 2006 un livre consacré à Suzanne Danco, dont il était l’intime, explique en quoi cette Schéhérézade s’imposait, en dépit d’un son et d’une transmission (téléphonique) imparfaits et de l’existence d’autres versions, en studio ou live, par la chanteuse belge.    Suzanne Danco nous avait fait l’immense bonheur, en 1992, de s’être publiquement réjouie du premier volume à elle consacré par cette collection, qu’elle surnommait son « petit disque vert » (elle en avait choisi elle même la couleur) qui venait compléter opportunément une discographie alors très partiellement rééditée sur CD. On se permet de penser qu’elle se serait réjouie de ce que les marques de disques ont fait pour elle depuis sa mort * et de ce nouveau « petit disque » – évidemment lui aussi de couleur verte…

    Renaud Machart
    Directeur de la collection (4 février 2005)
    © INA mémoire vive 2005 – Reproduction interdite

  • Achtergrondinformatie
  • Elle était celle à laquelle INA avait pensé, d’emblée, pour inaugurer une série d’enregistrements consacrés au chant français dans le cadre de la collection « Ina, mémoire vive ». Treize ans après ce premier titre, un récital donné au festival de Vichy en 1955, "Ina, mémoire vive" rend hommage à nouveau à cette exemplaire artiste qui a chanté et dit la langue française comme peu au XXe siècle.
        Deux pièces maîtresses : une interprétation du drame symphonique Socrate, le chef d’œuvre, probablement, de Erik Satie, dans sa rarissime version orchestrale sous la direction du compositeur Darius Milhaud, et que Suzanne Danco n’a jamais gravé au disque ; trois extraits d’une version inédite de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy, avec Camille Maurane dans le rôle de Pelléas, sous la direction de Désiré-Emile Inghelbrecht en 1952. Cette Mélisande de rêve, qui savait ce qu’était la poésie de l’exactitude, chantait à Aix-en-Provence, en 1950, une version en concert de Schéhérazade, de Maurice Ravel, dirigée par Charles Münch et sensiblement différente de celles qu’elle a gravées en studio.
        Ce programme d’inédits renforce considérablement la discographie de la chanteuse belge disparue en 2000. (© Ina, mémoire vive)

  • Programma
  • Erik Satie (1866-1925)
    Socrate *, drame symphonique en trois parties avec voix, sur des dialogues de Platon traduits par Victor Cousin
    Portrait de Socrate - Bords de l’Illissus - Mort de Socrate

    Claude Debussy (1862-1918)
    Pelléas et Mélisande (Extraits) **, drame lyrique en cinq actes et douze tableaux, sur un poème de Maurice Maeterlinck
    Acte II, scène 1 (Une fontaine dans le parc) - Acte III, scène 1 (Une des tours du château) - Acte IV, scène 4 (Une fontaine dans le parc)

    Maurice Ravel (1875-1937)
    Schéhérazade ***, ouverture de féérie (pour un opéra abandonné)
    Asie - La Flûte enchantée - L’Indifférent

    Suzanne Danco (1911-2000), soprano
    * Orchestre Symphonique de la RAI de Rome, direction Darius Milhaud (1892-1974)
    ** Avec Camille Maurane, baryton (Pelléas) - Maurice de Groot, baryton (Golaud) - Orchestre National de la Radiodiffusion Française, direction Désiré-Emile Inghelbrecht (1880-1965)
    *** Orchestre National de la Radiodiffusion Française, direction Charles Münch (1891-1968)

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