David Grimal et les Dissonances détonnent à la Cité

David Grimal vient revisiter Beethoven et Haydn, après un détour par le contemporain, le 24 février, à la Cité de la Musique. Un grand écart à l'image de la variété du répertoire de son ensemble Les Dissonances, mais aussi de son projet « politique ».

Par Arthur de Talhouët | Concerts, festivals et tournées | 2 février 2012
Réagir
Qobuz

David Grimal aime à qualifier son ensemble Les Dissonances de "collectif", un terme qui évoque bien l'espace de liberté qu'il constitue. Au programme le 24 février à la Cité de la musique : après une œuvre de Brice Pauset, Deux canons, les Dissonances interprète le quatuor à cordes « Lever de soleil » de Haydn, suivi de la Symphonie n°6 « Pastorale » de Beethoven.

Grimal a fait sien le précepte de Barenboim : « jouer la musique ancienne comme on jouerait la musique contemporaine, et jouer la musique contemporaine comme on jouerait la musique classique » - une formule qui cache une double exigence. D’un côté, revivifier le "déjà-vu" en lui apportant la même fraîcheur qu'à la découverte d’une partition contemporaine. De l’autre, aborder la musique contemporaine avec le même soin que le répertoire classique.

Ainsi Brice Pauset, artiste associé de l’opéra de Dijon, ouvre-t-il le concert avec une commande de l’Opéra de Dijon et de la Cité de la Musique. Une entrée en matière qui s’inscrit dans la volonté des Dissonances de donner davantage de visibilité à la musique contemporaine : « c’est important que le public retrouve le goût de la musique contemporaine […] Il faut s’ouvrir aux miroirs de notre époque que sont les compositeurs actuels. »

Après Andreas Staier, qui mettait Pauset en correspondance avec les sonates pour piano de Schubert (Aeon, 2009), au tour donc de David Grimal de glisser du contemporain au classique, avec le Quatuor à cordes « Lever de soleil » de Haydn.

L’intimité du quatuor à cordes n'est pas brisée par la symphonie de Beethoven. Bien au contraire, son adaptation conserve le même climat. Ce choix de Beethoven renoue avec les débuts de l’ensemble, qui avait commencé par enregistrer le Concerto pour violon et la 7e Symphonie chez Aparté. Grimal appelait alors de ses voeux une prise de distance salutaire vis-à-vis de l'industrie musicale. Il s'agissait de faire souffler un vent nouveau sur le monde du « classique » - terme qu’il rechigne d’ailleurs à employer au profit de celui de « musique savante ». Par la forme même de l’ensemble d’abord : l’absence de chef d’orchestre donne à chaque musicien une responsabilité qui fait naître une « conscience collective » de l’interprétation, pour reprendre l'expression employée par le violoniste dans une interview-podcast accordée à Qobuz. Par l’adaptation ensuite, qui révèle de nouvelles facettes des oeuvres et favorise le partage. «On retrouve les sensations de la musique de chambre, mais en formation orchestrale», souligne-t-il.

« Dissonance » : à l’origine du projet, David Grimal prend donc acte de quelque chose qui ne va pas, d’une passion de la musique qui ne s’ accorde pas avec son environnement. Mais une dissonance est aussi faite pour se résoudre, pour s’apaiser dans le retour de l'harmonie – une résolution dont le collectif entend bien être l’agent. Retrouver, en réaction à la marchandisation des majors, une saveur de la musique qui se vit, sortir d’une certaine routine du musicien d’orchestre, tel est bien l’espoir profondément vivifiant de cet ensemble si insolite. Une entreprise qui ne recule pas devant les initiatives audacieuses. On pense par exemple au rapprochement entre Piazzola et Vivaldi dans son album Piazzolla, Vivaldi : Les Quatre Saisons (Aparté, 2010).

Pour apprécier pleinement la portée du projet, il faudrait ajouter un troisième volet, celui d’une mission sociale à laquelle est appelée la musique. C'est sous cette impulsion que l'ensemble a vu le jour : les artistes réunis autour de David Grimal donnèrent ainsi leur premier concert en faveur des sans-abris à l’Eglise St-Leu à Paris, il y a 8 ans. Cette exigence éthique semble profiter à la musique elle-même, à entendre la justesse et la sincérité des interprétations du violoniste.

Le collectif, qui se définit comme étant en marge du système, pourrait bien devenir un modèle.

Le site de la Cité de la Musique

Ecoutez notre rencontre-podcast avec David Grimal

À découvrir autour de l'article

Votre avis

Vos lectures


Inscrivez-vous à nos newsletters