Trois questions à André Engel
Le metteur en scène revient à Bastille avec l'un des ouvrages majeurs de la première moitié du XXe siècle : La Petite Renarde rusée de Janácek.
Parmi les ouvrages du compositeur, pourquoi ce choix de La Petite Renarde rusée ?
— D'abord, j'apprécie son expression très fine et émouvante de ce qu'est la nostalgie — le cycle du temps qui passe. C'est aussi l'interrogation profonde d'un homme âgé, Janácek, sur la question fondamentale de la mort, sous une forme hautement poétique, à la fois grave et légère. Par ailleurs, comparé à d'autres opéras que j'ai pu monter, chaque mot, chaque note est à sa place : il n'y a rien à retirer. Le livret est accessible à un public âgé « de 7 à 77 ans » et la durée de l'œuvre me convient. J'aime Janácek, je monterai sûrement d'autres ouvrages de lui, mais je me sens en osmose avec La Petite Renarde...
Nouvelle production ou reprise de votre spectacle déjà donné à Lyon (Opéra) et Paris (au Théâtre des Champs-Élysées) ?
— Oui et non ! Avec Nicky Rieti (décors), Elizabeth Neumuller (costumes) et André Diot (lumières), nous étions d'accord pour conserver le dispositif scénique initial qui nous satisfaisait pleinement : la nature racontée par cette immensité de champs de tournesols, traversée par une voie ferrée, comme une blessure et le symbole de la violence humaine. Mais nous avions la sensation d'un travail inachevé (notamment à cause de la lourdeur des changements de décors) et d'un spectacle « saucissonné », même si, à l'origine, Janácek avait cassé l'aspect linéaire de l'histoire en concevant une suite de tableaux, à l'image de la bande dessinée qui l'avait inspirée. La continuité musicale chez Janácek donne à l'ouvrage une grande fluidité, ce que ne restituait pas totalement mon premier spectacle... À Bastille, nous disposons désormais d'une rapidité et d'une fluidité techniques qui ne peuvent qu'améliorer le spectacle.
Vous spécialisez-vous dans les XXe et XXIe siècle ?
— Pas du tout ! Mais je suis venu à l'art lyrique très tard. On m'a fait des propositions dans ce domaine alors que je travaillais au théâtre depuis longtemps. Je suis d'ailleurs passé directement du yé-yé et du rock'n'roll à la musique contemporaine. Je préfère faire un saut de Mozart aux années 1900, plutôt que de passer par le XIXe siècle... qui m'embarrasse.
☛ La Petite Renarde rusée à Paris, Opéra-Bastille, du 13 octobre au 12 novembre
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