Pierre-Alain Volondat (piano)
Saphir Productions LVC1085. 2007. 77'
NOUVEAUTE STEREO DDD 
Beaucoup de clart
Notice 

Les disques de Pierre-Alain Volondat sont bien trop rares. Ce surprenant vainqueur du prestigieux Concours Reine Elisabeth en 1983 n’a pas fait la carrière qu’on aurait pu espérer, à cause d’un caractère pour le moins étrange paraît-il. Ses derniers enregistrements, consacrés à Fauré, avec notamment des Barcarolles absolument sublimes (Naxos, 10 de Répertoire) remontent à quelque dix ans ! Saphir Production a donc eu une excellente idée de lui restituer la parole. Libre de choisir son programme, Volondat a décidé de rendre hommage à Clara Schumann, afin de perpétuer une tradition, puisque sa haute idée de la musique et du jeu pianistique lui fut transmise par Vera Moore, élève d’une élève de Clara Schumann.
Nous avons pu récemment apprécier les Trois Romances op. 11 de 1839 et la Romance en la mineur de 1853 sous les doigts de Marie-Josèphe Jude, dans un des plus beaux récitals consacrés à cette compositrice (Lyrinx). Adoptant des tempos toujours beaucoup plus lents, soutenant un chant admirablement délicat, Pierre-Alain Volondat approfondit remarquablement ces œuvres aux climats variés, de la délicatesse charmeuse et sensuelle de l’Opus 11 n° 1, à la tristesse émouvante de la n° 2, désarticulant le charme chopinien de la Troisième, comme passée au tamis du souvenir, et nous déchirant le coeur par la plainte intime d’une désespérance poignante de la Romance de 1853. De la même année terrible qui vit l’internement de Robert, et les dernières œuvres de Clara, datent les Variations op. 20, sur un thème des Bunte Blätter (qui servit aussi à l’Opus 9 de Brahms), que nous connaissions grâce à Jean Martin (Arion). Là encore, Volondat transfigure cette page, gommant l’impression de virtuosité extérieure des traits ornementaux par un ralentissement général, une légèreté d’une infinie délicatesse les transformant en rêves évanescents, pour souligner chaque inflexion jusqu’à nous donner l’impression de la sorte de stupeur dans laquelle nous plonge la douleur morale la plus terrible.
Ces 35 premières minutes constituent déjà un disque immense, d’un artiste qui joue la musique avec la dévotion solennelle d’une cérémonie religieuse, et qui en fait la plus haute communication d’âme à âme. Mais la Sonate en fa dièse mineur de Robert Schumann, étirée sur plus de 40 minutes, paraît plus discutable. Les passages les plus emportés semblent ici passer comme au ralenti, ce qui risque de rebuter certains, même si Pierre-Alain Volondat parvient à conserver une cohérence au discours. En revanche, il donne un relief saisissant à tous les moments de méditation et d’intériorité, de sorte que cette œuvre perd totalement son côté un peu fatiguant à force de surcharge et de paroxysmes tonitruants, telle qu’on l’entend jouée d’ordinaire. Cette interprétation très étrange donne l’impression d’une musique arrachée au silence et à la nuit, comme si l’immobilité et le néant étaient la norme, et tout mouvement, tout chant, toute vie, un effort et même une violence. C’est tellement bouleversant qu’on en vient à se demander si Volondat ne nous délivre pas la vérité de Schumann, contre toutes les habitudes d’exécution ?
Même si l’on continue prudemment de désigner les versions plus traditionnelles mais merveilleusement habitées d’Emil Guilels (BBC « Legends ») et d’Eric Le Sage (Alpha) comme des références, ce disque prodigieux et hors-norme de cet artiste incomparable est à connaître absolument en tant qu’expérience musicale extrême.