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Hantaï et Sempé, un duo pour Rameau

Le 25 mars, Pierre Hantaï et Skip Sempé sont à la Cité de la Musique pour la transcription inédite pour deux clavecins de la Suite des Indes galantes de Rameau.

Par Max Dembo | Sur Scène | 11 mars 2011
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Vendredi 25 mars, Pierre Hantaï et Skip Sempé se produiront à la Cité de la Musique pour un concert consacré à la Suite des Indes galantes (transcription pour deux clavecins) de Jean-Philippe Rameau. Sempé jouera sur un clavecin Goujon/Swanen 1749/1784, Hantaï œuvrant sur un Ruckers/Taskin 1646/1780.

Rameau avait lui-même tiré de ses Indes galantes (1735) une suite de « quatre grands concerts » pour clavecin (auquel pouvaient s’ajouter divers instruments prenant « les plus hautes notes pour le dessus et les plus basses pour la basse »). Pour mieux rendre justice à la richesse de la version orchestrale, Pierre Hantaï et Skip Sempé proposent – et c’est une première – une transcription pour deux clavecins à partir de cet opéra-ballet.

Avec son prologue et ses quatre entrées (Les Incas du Pérou, Le Turc généreux, Les Fleurs et Les Sauvages), l’œuvre de Rameau donne aux Indes le sens d’un ailleurs extra-européen qui n’a pas de localisation géographique précise. Un pays lointain, quel qu’il soit, comme le chante le chœur à la fin du prologue : « Volez, Amours. / Portez vos armes et vos fers / Sur le plus éloigné rivage ! »

Alliant virtuosité époustouflante, rigueur architecturale, puissance expressive et honnêteté scrupuleuse face à la partition, Pierre Hantaï s’est hissé au sommet des claviéristes actuels, notamment dans la musique de Jean-Sébastien Bach ou de Domenico Scarlatti dont il est un spécialiste mondialement reconnu.

Né à Paris le 28 février 1964, Hantaï entame son véritable apprentissage de la musique à l’âge de 11 ans, ses premières leçons de clavecin ayant lieu rapidement avec Arthur Haas : véritable coup de foudre, qui le décide à se consacrer pleinement à cet instrument. Très tôt, il donne ses premiers récitals, remporte plusieurs prix internationaux et fonde un ensemble de musique de chambre avec ses frères non moins talentueux, Marc à la flûte et Jérôme à la viole (Jérôme se tournera progressivement vers le pianoforte, dont il est aujourd’hui un spécialiste éminent). Il passe alors deux années décisives à Amsterdam auprès de l’immense Gustav Leonhardt, qui l'invite à jouer sous sa direction.

Devenu membre et soliste de La Petite Bande, il est rapidement sollicité comme soliste pour des concerts d'orchestre ou de musique de chambre par les grands pionniers de la révolution baroque : Philippe Herreweghe, Jordi Savall ou Sigiswald Kuijken prennent acte de l’éclosion d’un talent exceptionnel.

Désormais, Pierre Hantaï joue le plus souvent comme soliste dans les plus grands festivals et les plus prestigieuses salles tant en Europe qu'aux Etats-Unis et au Japon. Des récitals au Théâtre du Châtelet, à la Cité de la Musique de Paris, au MC2 de Grenoble, au Festival de Katowice en Pologne, mais aussi aux Festivals de Saintes, La Roque d’Anthéron, d’Utrecht, d’Innsbruck, Anvers, comme également au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, à l’Arsenal de Metz, au Concertgebouw d’Amsterdam, ou à la salle Gaveau à Paris.

En 1985, Hantaï franchit une étape importante en fondant Le Concert Français, petit ensemble orchestral qu'il dirige du clavecin : l'ensemble acquiert très vite une réputation internationale. Mais du fait de l'intense activité de concerts de Pierre Hantaï et de ses complices, le Concert Français entre en sommeil provisoire : c’est en grande formation qu’il effectue un brillant retour au Festival de la Roque d'Anthéron 2004.

La discographie d’Hantaï est évidemment le reflet de sa personnalité et de l’importance de sa carrière. On remarque les enregistrements unanimement salués par la critique des Variations Goldberg (Opus 111), des Concertos BWV 1052, 1054, 1044, des Toccatas, suites et sonates, Fantaisie chromatique de Bach, les pièces pour clavier de John Bull, le Concerto op. 107 de Mozart ou encore les Sonates de Scarlatti.

Claveciniste virtuose, chef d’orchestre et fondateur du Capriccio Stravagante, Skip Sempé est à l’avant-garde des personnalités qui se consacrent aujourd’hui à la musique de la Renaissance et à la musique baroque. Il a grandi en Nouvelle-Orléans, a étudié la musique, la musicologie, l’organologie, l’histoire de l’art aux Etats-Unis à l’Oberlin Conservatory, et a complété sa formation en Europe avec Gustav Leonhardt à Amsterdam.

Son jeu si personnel au clavecin, son sens de la musique et de l’interprétation furent très vite reconnus comme la naissance d’une personnalité musicale exotique, multidimensionnelle et hors norme. Skip Sempé reste ensuite en Europe à s’engage dans sa propre redécouverte d’un répertoire plus ou moins connu allant de 1500 à 1750.

Comme soliste, il s’est attaché à développer au clavecin un magnifique sens du toucher et une oreille qui lui permettent d’obtenir toutes les variations de sonorité de l’instrument. Il joue et enregistre sur les clavecins les plus prestigieux du monde, ceux de Ruckers, Skowroneck, Kennedy et Sidey, mais il est particulièrement reconnu pour ses interprétations de la littérature pour le clavecin classique français : Chambonnières, d’Anglebert, Forqueray, Louis et François Couperin et Rameau, sa vision aventureuse et novatrice de Bach et Scarlatti et du répertoire des virginalistes de Byrd et de ses contemporains.

Ses récitals, de Seattle à Tokyo, y compris des récitals a La Roque d’Antheron et Urbino, et des concerts d’inauguration pour le Cleveland Museum of Art et le Château de Versailles, ainsi que les masterclasses pour clavecin du Leipzig Bach Festival, du Berkeley Early Music Festival, de l’Université de Stanford, de la Mc Gill University et de l’Université de Montréal ont reçu un accueil particulièrement enthousiaste. Dans l’un de ses enregistrements récompensés, Pavana - The Virgin Harpsichord, Sempé présente de la musique élisabéthaine pour un, deux et trois clavecins avec Olivier Fortin et Pierre Hantaï.

Il collabore régulièrement avec le Centre de Musique Baroque de Versailles, dans le cadre des concerts duquel il se produit, apportant ainsi sa contribution au travail exemplaire de redécouverte et de promotion du répertoire français de clavecin et de musique de chambre entrepris depuis sa création par le Centre de Musique Baroque. Cette longue collaboration confirme, s’il en était besoin, la place de Skip Sempé parmi les interprètes majeurs de la musique française.

Parmi les récompenses reçues par Skip Sempé pour ses enregistrements, on trouve des distinctions telles que le Choc de l’Année du Monde de la Musique, Diapason d’Or, le Grand Prix du Disque de l’Académie du Disque français, le Gramophone Critic’s Choice, le Preis der Deutschen Schallplattenkritik, 5 Etoiles de Goldberg, Quatre clés de Télérama, Quatre croches d’Opéra International, Stereo Review Best of the Month, Penguin Guide Yearbook Award, Top 10 Classics USA, Gramophone Editor’s Choice, 10 de Répertoire, 10 de Classica, CD Classica Scelte d’Editore et une nomination aux Grammy Awards pour le premier enregistrement du Capriccio Stravagante Orchestra.

Le site de la Cité de la Musique

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