Votre panier est vide

Rubriques :
Chers disparus

Kurt Masur est mort

Par Max Dembo |

Grand défenseur du répertoire romantique, le chef d’orchestre allemand s’est éteint à l’âge de 88 ans.

Kurt Masur est décédé le 19 décembre 2015 aux États-Unis, à Greenwich dans le Connecticut. Le chef d’orchestre allemand qui avait annoncé en 2012 être atteint de la maladie de Parkinson était âgé de 88 ans. « Je préfère la musique qui rassemble les hommes plutôt que la politique qui les divise… » Cette phrase aurait pu sonner un brin cliché dans la bouche d’un autre mais dans celle de Masur, elle prit un sens bien concret, lui qui déclina l'offre qu'on lui fit de jouer un rôle politique dans la construction de l'Allemagne réunifiée…

Né le 18 juillet 1927 à Brieg en Haute-Silésie (aujourd'hui Brzeg en Pologne mais alors territoire allemand), Kurt Masur est enrôlé très jeune dans l’armée hitlérienne. Un des 27 survivants de sa compagnie de 130 hommes, il s’inscrit à la Musikhochschule de Leipzig à la fin de la guerre pour étudier la musique. La direction n’est en fait pas le choix premier du jeune Masur. Atteint d’une maladie génétique contractant les tendons de ses doigts, il sait très tôt qu’une carrière de pianiste n’est pas à sa portée. Ce qui ne l’empêchera pas, après-guerre, de jouer en amateur du jazz (sa grande passion !), dans les clubs… En 1948, ce fan de Furtwängler et de Walter devient chef répétiteur puis chef d'orchestre au Théâtre de Halle. Il enchaine comme kappelmeister des opéras d’Erfurt et de Leipzig.



En 1955, Kurt Masur est nommé deuxième chef de la Staatskapelle de Dresde. Entre 1960 et 1964, il est le premier chef à l'Opéra-Comique de Berlin. Il dirige de nombreux orchestres est-allemands, notamment l'Orchestre Philharmonique de Dresde de 1955 à 1958, puis de 1967 à 1972. En 1970, il monte clairement d’un cran et prend la tête du Gewandhaus de Leipzig, grande phalange à la tête de laquelle il restera plus d’un quart de siècle, jusqu’en 1996, dirigeant près de mille concerts aux quatre coins du monde. Là, il sera notamment l’un des grands artisans de la réhabilitation de Mendelssohn, un de ses compositeurs fétiches… Sa position est alors assez unique pour un artiste est-allemand. Et il est l’un des rares à être autorisé par le régime d’Erich Honecker à se promener à l’Ouest…

Le 9 octobre 1989, un mois avant la chute du mur de Berlin, Kurt Masur parvint à faire en sorte que la foule de 70.000 manifestants rassemblés sur la Place Karl Marx, entre le Gewandhaus et l'Opéra de Leipzig, ne soit pas écrasée par les forces de l’ordre du régime communiste d’Honecker. Quelques jours plus tard, le dictateur tombe et Masur devient un héros national ! Il déclinera pourtant les offres qu'on lui fait alors de jouer un rôle politique dans la construction de l'Allemagne réunifiée.



Invité par Herbert Von Karajan au Festival de Pâques de Salzbourg 1988, Kurt Masur le remplace après sa mort pour le festival 1990, où il dirige Fidelio de Beethoven. En 1991, il succède à Zubin Mehta comme directeur musical de l'Orchestre Philharmonique de New York, poste qu'il occupe jusqu'en 2002. Il reçoit le titre de docteur honoris causa de l'université de Leipzig, de celle du Michigan, du Cleveland Institute of Music et du Westminster Choir College de Princeton. En septembre 2000, il devient premier chef de l'Orchestre Philharmonique de Londres.



En septembre 2002, il est nommé directeur musical de l'Orchestre National de France à la suite de Charles Dutoit. Il restera en poste jusqu’en 2008. Le 26 avril 2012, à la tête de cette même phalange au Théâtre des Champs-Élysées, il trébuche violemment de scène. Six mois plus tard, dans une lettre qu’il adresse à la direction de l’Orchestre de Leipzig, Masur annonce qu’il est atteint de la maladie de Parkinson depuis plusieurs années…



Pour suivre tout ce qui se passe sur Qobuz, rejoignez-nous sur Facebook !

À découvrir autour de l'article