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5 questions à... Jean-Paul Combet

Par Léo Gaudier |

Grand rendez-vous des amateurs de musique ancienne, le festival de l’Académie Bach prendra place cette année du 19 au 22 août à Arques-la-Bataille. Jean-Paul Combet, directeur et programmateur de cet événement, a répondu à quelques questions posées par Qobuz.

Depuis sa première édition en 1997, l’Académie Bach n’a de cesse de faire honneur à la musique ancienne en invitant de nombreux grands noms du genre et en les accompagnants dans leur création et leur développement. Le festival a le chic pour se renouveler régulièrement et cette édition 2015 est notamment marquée par l’intégration d’un stage de chant choral ouvert au public qui vient s’ajouter à une programmation, comme chaque année, soigneusement peaufinée. Deux hommes sont à l’initiative de ce brillant projet : Philippe Gautrot et Jean-Paul Combet. Ce dernier, actuellement directeur et programmateur du festival, a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions :



Quelle est la mission de l’Académie Bach ?

Jean-Paul Combet : L’Académie Bach n’a pas une mission mais plusieurs, complémentaires les unes des autres, qui se déclinent selon 3 axes majeurs : - un festival de fin d’été, témoignage de la vitalité toujours renouvelée du secteur de la musique ancienne, concentrant une douzaine de manifestations sur quatre jours, - une saison de concerts itinérants dans l’agglomération de Dieppe-Maritime, de septembre à juin, - de nombreuses actions pédagogiques et socio-culturelles. La dernière en date est la création d’un atelier de théâtre baroque dirigé par Benjamin Lazar, pour les écoliers d’Arques-la-Bataille. Véritable « pépinière artistique », elle a suscité la création de nombreux ensembles de musique ancienne aujourd’hui parmi les plus renommés et accompagné leur développement sur de longues périodes. Nous poursuivons ce mouvement actuellement avec L’Armée des Romantiques, un ensemble animé par le pianiste Rémy Cardinale, qui effectue un travail en profondeur sur le répertoire du XIXe siècle vivifié par l’exécution sur instruments d’époque.

Comment le public a évolué depuis la création du festival ?

Il est avant tout extraordinairement fidèle et exigeant. De nombreux festivaliers nous suivent depuis longtemps et réservent d’une année sur l’autre. C’est une très grande marque de confiance, un capital de sympathie qu’il ne faut pas décevoir. Dès les premières éditions, nous avons mis l’accent sur des œuvres et des artistes à découvrir bien plus que sur des noms connus, ce qui a créé une dynamique très particulière. Je pense qu’il existe des festivals d’exploration à côté de festivals de reconnaissance, et c’est très bien ainsi. L’Académie Bach appartient à la première catégorie, comme quelques autres structures. Du coup, le public nourri de cette recherche de découverte construit sa propre identité artistique, qui évolue d’année en année au fil des concerts.

Les musiciens invités sentent à quel point l’écoute est attentive et l’enthousiasme sincère. Plus qu’un public de « connaisseurs » qui vient retrouver ce qu’il connaît déjà, il s’agit d’un public averti et ouvert, à qui on ne fait pas prendre des vessies pour des lanternes, conscient que la notoriété n’est pas automatiquement corrélée au talent mais davantage fonction d’une politique de communication bien menée. Seule ombre au tableau, l’absence d’un public de jeunes, malgré des tarifs très abordables et la gratuité jusqu’à 18 ans. Si j’avais connu une telle offre dans ma jeunesse j’aurais pris mon sac à dos, planté ma tente au camping du coin et assisté à tous les concerts, gratuitement ! Mais je ne suis pas sûr que la curiosité soit actuellement la caractéristique majeure de cette jeunesse si courtisée…

Pourquoi proposer une nouvelle formule pour l’édition 2015 ?

Ce n’est pas vraiment une nouvelle formule car les transformations sont permanentes, depuis le début. Disons que cette année marque une étape importante, avec l’intégration au festival d’un stage de chant choral ouvert à tous, débutants ou choristes confirmés. La multiplication des festivals en France est une chose formidable en même temps qu’un symptôme un peu inquiétant, celui d’un monde du loisir et du divertissement dans lequel la participation se limite à faire le spectateur. Certes, on apprend beaucoup en assistant à un concert ou à une représentation théâtrale, mais la culture n’est pas qu’un spectacle et je trouve intéressant de rendre plus poreuse la frontière entre le public et les interprètes.

C’est pourquoi nous proposons cette année au public d’être aussi acteur du festival, en suivant un stage lors duquel les œuvres entendues en concert seront mises en perspective avec des pièces travaillées dans le stage, en contact direct avec les artistes invités. Je ne doute pas que l’expérience éveillera une autre perception de la musique, davantage vécue de l’intérieur. Les premières réactions sont très encourageantes et les inscriptions nombreuses. Il reste encore des places pour des choristes débutants, c’est donc l’occasion pour celles et ceux qui ont toujours rêvé de pratiquer le chant choral sans oser se lancer de le faire ! Je le répète, c’est vraiment ouvert à tous, même à ceux qui n’ont jamais chanté et qui ne lisent pas la musique.

Comment le festival pallie à la réduction des dépenses publiques dans le domaine culturel ?

Nos soutiens publics pour les concerts sont stables pour le moment, dans le cadre d’une convention sur trois ans qui court jusqu’en 2017. Le Ministère de la culture nous accompagne avec de nouveaux moyens pour créer l’atelier scolaire de théâtre baroque ainsi que des résidences de recherche pour de jeunes musiciens encore en cours de formation. Nous travaillons actuellement à la recherche de fonds privés, pour mettre en œuvre de nouveaux projets artistiques, qui concerneront le spectacle vivant mais aussi la création numérique. Cette recherche est essentielle, car le mécénat n’apporte pas que de l’argent, il permet aussi d’ancrer notre démarche culturelle et sociale dans le tissu territorial, en associant des entreprises à nos missions de création artistique et de diffusion auprès des publics les plus variés.

A titre personnel, quel est le concert que vous attendez avec le plus d’impatience cette année ?

Désolé, mais en toute franchise je n’ai aucune attente particulière. Pour moi le festival est un tout, visant à susciter des émotions variées et des mises en perspective des différents programmes. C’est ce « tout » que j’aime et qui, je l’espère, emporte l’adhésion du public.

Le site officiel du festival

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