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J’irai cracher sur Mozart

Classica

Par Nicolas d’Estienne d’Orves | CLASSICA | MON ŒIL | 24 novembre 2009
 

MOZART L’opéra rock au Palais des Sports jusqu’au 27 décembre 2009 et en tournée en France du 4 février au 27 juin 2009



Bien sûr, j’aurais pu ne pas y aller. J’aurais pu laisser ce "spectacle" vivre sa vie, dans les limbes parallèles de la vulgarité musicale et du merchandising sous-culturel. J’aurais pu faire abstraction du nom "Mozart" et me dire que cet "opéra rock", monté au Palais des sports par des producteurs en quête du veau d’or, était une énième manifestation du temps, une de ces verrues germant dans les escarres de notre patrimoine.

Mais non : j’ai été faible. J’ai voulu voir. Et me voilà bien puni...

 


La vulgarité et le détournement ne sont pourtant pas pour me déplaire. Je suis même de ceux qui goutent les fumets stercoraires de l’andouillette. Mais quand la tripe refoule son contenant, l’ensemble du plat est gâté, et tel était ce Mozart l’opéra rock. Kidnapper la vie et l’œuvre du compositeur autrichien pour les muer en manga branché, il fallait le faire. Tel est le hideux pari remporté par le metteur en scène Olivier Dahan, le parolier Dove Attia et une armée de compositeurs plus ou moins anonymes, lesquels n’ont même pas tenté de parodier Mozart. En effet, les chansons ne cherchent jamais à singer le père de Cosi : leur parfaite nullité ne renvoie
qu’à elle-même. À mille lieues de Da Ponte, la bêtise des titres est éloquente : "Tatoue-moi", "L’assasymphonie", "Les solos sous les draps", "Le bien qui fait mal"... Chantées façon "Star Ac’" par des bimbos grimées en bonbons et des minets en tenues de back room, ces mélodies trottinent tout le long de cet interminable pensum sans jamais s’imprimer dans la mémoire.

Pour ce qui est de l’intrigue, on a le sentiment qu’elle a été fagotée en deux heures par des librettistes incultes ayant visionné des extraits d’Amadeus sur leurs téléphones portables. Raccourci piteux, pauvreté psychologique, grand écart historique : tout y passe. Mais, à vrai dire, le public s’en moque autant que les "concepteurs". Ce spectacle entend juste générer des millions sur le dos d’un cadavre qui ne peut plus regimber depuis deux siècles et demi. Et la salle d’applaudir, de trépigner, de reprendre les refrains.

J’ai beau avoir trente-cinq ans, je me suis senti aussi vieux que le monde. Peut-être n’ai-je rien compris ? Peut-être suis-je déjà hors d’âge ? Peut-être l’avenir est-il là ? Si tel est le cas, je revendique mon statut de barbon : il y a une noblesse à être passéiste.

Tandis que la connerie, elle, est sans honneur.



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