La vulgarité et le détournement ne sont pourtant pas pour me déplaire. Je suis même de ceux qui goutent les fumets stercoraires de l’andouillette. Mais quand la tripe refoule son contenant, l’ensemble du plat est gâté, et tel était ce Mozart l’opéra rock. Kidnapper la vie et l’œuvre du compositeur autrichien pour les muer en manga branché, il fallait le faire. Tel est le hideux pari remporté par le metteur en scène
Olivier Dahan, le parolier
Dove Attia et une armée de compositeurs plus ou moins anonymes, lesquels n’ont même pas tenté de parodier Mozart. En effet, les chansons ne cherchent jamais à singer le père de
Cosi : leur parfaite nullité ne renvoie
qu’à elle-même. À mille lieues de Da Ponte, la bêtise des titres est éloquente : "Tatoue-moi", "L’assasymphonie", "Les solos sous les draps", "Le bien qui fait mal"... Chantées façon "Star Ac’" par des bimbos grimées en bonbons et des minets en tenues de back room, ces mélodies trottinent tout le long de cet interminable pensum sans jamais s’imprimer dans la mémoire.
Pour ce qui est de l’intrigue, on a le sentiment qu’elle a été fagotée en deux heures par des librettistes incultes ayant visionné des extraits d’
Amadeus sur leurs téléphones portables. Raccourci piteux, pauvreté psychologique, grand écart historique : tout y passe. Mais, à vrai dire, le public s’en moque autant que les "concepteurs". Ce spectacle entend juste générer des millions sur le dos d’un cadavre qui ne peut plus regimber depuis deux siècles et demi. Et la salle d’applaudir, de trépigner, de reprendre les refrains.
J’ai beau avoir trente-cinq ans, je me suis senti aussi vieux que le monde. Peut-être n’ai-je rien compris ? Peut-être suis-je déjà hors d’âge ? Peut-être l’avenir est-il là ? Si tel est le cas, je revendique mon statut de barbon : il y a une noblesse à être passéiste.
Tandis que la connerie, elle, est sans honneur.