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The Doors

Dans cet âge d’or du rock que furent les années 60 et 70, les Doors ont occupé une place à part. Leur charismatique leader Jim Morrison fut évidemment le puissant aimant qui attira toute une génération. Sa mort prématurée le 3 juillet 1971 à seulement 27 ans ne fera qu’amplifier le mythe de ce gang californien à la sonorité singulière et aux paroles plus poétiques que la moyenne.


Dès leur premier album éponyme qui paraît en janvier 1967, la plume torturée de Morrison fait déjà des étincelles. Propulsés en haut des charts par le single Light My Fire, les quatre musiciens installés à Los Angeles se posent tel un ovni sur le paysage musical des sixties et font un peu d’ombre aux Beatles régnants. Leur style est unique et immédiatement reconnaissable : une mélange de rock’n’roll, de blues, de classique et de jazz, le tout sublimé par les textes inspirés du poète maison. Le clavier de Ray Manzarek devient la marque de fabrique des Doors. Même le guitariste Robby Krieger, compositeur de la majorité des chansons, ne sonne pas comme ses contemporains et ne cessera ensuite de renouveler son jeu. Le premier morceau de ce premier album en dit long sur le talent arrogant du jeune gang chevelu, sa puissance musicale (cet orgue ! cette basse !) et l’aura de son chanteur. Une violence rock renversante prend forme dès Break On Through. Mais c’est surtout un éblouissement qui voit ici le jour. Morrison devient la nouvelle idole de la contre-culture qui ose revisiter le cabaret décadent et déglingué de Bertolt Brecht et Kurt Weill (Alabama Song) ou le blues mythique de Willie Dixon (Back Door Man). Il y a surtout ce chamanique The End qui fascinera Francis Ford Coppola qui l’utilisera des années plus tard pour son film Apocalypse Now


Le public n’a pas encore digéré cette entrée fracassante que les Doors enchaînent, en cette même année 1967, avec ces Strange Days. Etranges comme ces compositions qui ne ressemblent alors à celles d’aucun autre groupe de l’époque. Des thèmes titubants et souvent assez oniriques. Bref, si Jim Morrison chante que les gens sont donc étranges (People Are Strange), on pourrait en dire autant de ses Doors… Changements de rythmes incessants, prose alternant entre critique sociale et pur délire et grands écarts entre transe totale et ballade de cabaret, tout ça fleure bon le cirque et l’attitude saltimbanque. Un peu à l’image de la pochette de l’album. Comme un inclassable cabaret dirigé par un Morrison plus habité que jamais (son monologue sur Horse Latitudes) et qui reste la cerise sur ce fascinant gâteau poétique et psychédélique…


Les mois passent et Jim Morrison est de plus en plus incontrôlable. Début 1968, les Doors attaquent tout de même la construction de Waiting for the Sun. Les anecdotes sont légion sur ces semaines chaotiques comme jamais. Pourtant, lorsqu’il paraît en juillet en plein guerre du Vietnam, les fans s’emparent de l’hymne pacifiste The Unknown Soldier et du guilleret Hello, I Love You qui ouvre ce troisième album et l’installent au sommet des charts. Conscients de l’instabilité de leur leader, Ray Manzarek, Robby Krieger et John Densmore restent concentrés pour que leurs parties soient originales et inspirées. Un cran en dessous des deux précédents disques, Waiting for the Sun aborde pourtant le psychédélisme avec la même originalité. L’utilisation d’instruments acoustiques et le raffinement de certains arrangements confirment l’originalité d'un groupe pourtant au bord de l’implosion…


Les manuels d’histoire du rock’n’roll ont souvent taxé The Soft Parade de plus mauvais album des Doors. Plusieurs décennies après sa sortie le 18 juillet 1969, la réévaluation du quatrième opus des Californiens s’impose. Un an pile après Waiting for the Sun, les Doors changent totalement leur fusil d’épaule avec un opus moins viscéralement rock’n’roll. Ingérable, totalement obsédé par ses poèmes, de plus en plus accro à la bouteille et à deux doigts de quitter le navire (retenu in extremis par Manzarek), Jim Morrison ne signe que la moitié des compositions de cette Soft Parade. Le guitariste Robbie Krieger prend alors l’ascendant côté écriture et étoffe l’instrumentation de la formation californienne. Pilotés par Paul Harris, des cuivres et des cordes font une entrée inattendue dans le paysage du groupe. Des effluves de jazz viennent ainsi brouiller le rock aux accents blues, la pop solaire et les séquences presque lounge. Un éclectisme déroutant de prime abord mais qui empêche la singularité originelle des Doors de stagner. Les mélodies de The Soft Parade ne sont peut-être pas du même calibre que celles de leurs trois précédents disques mais à l’heure où la concurrence expérimente tous azimuts, Jim Morrison, Ray Manzarek, Robby Krieger et John Densmore prouvent eux aussi qu’ils peuvent embarquer le rock sur des terres inédites.


Un an plus tard, Morrison Hotel rassure tout le monde avec un comeback aux fondamentaux doorsiens. Publié le 9 février 1970, ce cinquième album studio est divisé en deux parties : Hard Rock Cafe pour la face A, Morrison Hotel pour la B. Direct et viscéralement blues, le mythique Roadhouse Blues d’ouverture donne le ton de ce retour aux sources, alors que Morrison est plus ingérable et imprévisible que jamais. Épuisés mais aussi chamboulés par les séances de The Soft Parade, les Doors ne donnent alors plus de concerts en raison des poursuites engagées après les provocations de Morrison à Miami. Dans ce chaos, ils concentrent leurs forces sur ce nouvel opus. Morrison, Manzarek, Krieger et Densmore trouvent même une forme de résurrection en épurant leur musique. Morrison Hotel brille pour sa simplicité frontale. Pour sa musique épurée, dénuée de toutes tentations psychées ou expérimentales. A l’image du riff tranchant et jouissif de Peace Frog. De l’efficace qui n’empêche évidemment pas Morrison de s’offrir une séquence bien mystique avec le planant et subtile Indian Summer. Un Morrison qui chante impeccablement, comme boosté par les parties de guitare furibardes de Krieger.


Dernier opus de la saga Doors avant l’overdose fatale de son chanteur durant l’été 1971 à Paris, L.A. Woman montre une formation au sommet de son art. Morrison dont la voix s’est épaissie chante comme un dieu et Manzarek met le feu à ses claviers. Rien que la composition éponyme L.A. Woman est un nouveau tour de force stupéfiant, une cavalcade blues au bord de la transe. C’est d’ailleurs le blues qui suinte essentiellement de cette femme angelinos (magnifique reprise de Crawling King Snake de John Lee Hooker). Un blues évidemment singulier et propre aux Doors. Un blues climatique. Un blues vénéneux. Quant au légendaire Riders on the Storm qui referme ce dernier disque, son rythme organique qui communie avec la nature – on entend la pluie tomber et l’orage gronder – il reste la plus belle ballade d’un ovni qui traversa l’histoire du rock en solitaire, loin des modes, loin du temps… © Marc Zisman/Qobuz. 

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