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Boris Vian

Boris Vian est une légende. Son nom est attaché au Saint-Germain-des-Prés des existentialistes, celui de Jean-Paul Sartre mais aussi de Juliette Gréco, au jazz de Duke Ellington, Louis Armstrong et Miles Davis, au scandale que provoqua Le Déserteur, chanson anti-militariste, qu'il jouait à la «trompinette» dans les caves germanopratines. Pour parler de Boris Vian, enthousiasmons-nous sur l'écrivain et le poète de L'écume des jours, évoquons le pornographe de J'irai cracher sur vos tombes (publié sous le nom de Vernon Sullivan), le pataphysicien et l'ingénieur, le scénariste, traducteur, conférencier, chanteur, parolier, musicien de jazz, acteur, peintre et directeur artistique des disques Philips. Visage émacié, silhouette tout en os, il est devenu l'emblème qui résume une époque, une nostalgie.



Mais qui se cache derrière ce masque d'éternel jeune homme pessimiste qui aime la fête et le jeu ? Une vie pleine de drame et de secrets, pas mal de bruit et de douleur. Boris Vian, né le 10 mars 1920 à Ville-d'Avray (Hauts-de-Seine) où il va grandir, doit son prénom à la passion de sa mère pour la musique, en particulier Boris Godounov, l'opéra de Moussorgski. C'est dans cette famille de la bonne tradition bourgeoise française depuis des siècles, résidant à Ville-d'Avray, qu'il va s'épanouir, couvé par sa mère en raison de sa constitution fragile (à la suite d'une mauvaise angine, Boris est atteint à douze ans de rhumatismes articulaires aigus qui provoquent une insuffisance cardiaque). Le krach de 1929 entraîne la ruine de son père qui décide de louer sa villa (à la famille Menuhin dont le fils violoniste, Yehudi, joue avec ses enfants) et de se replier avec les siens dans la maison du gardien. Malgré une scolarité marquée par des ennuis de santé dont une fièvre typhoïde à l'âge de quinze ans lorsqu'il est en classe de Première au lycée de Versailles, Boris Vian décroche avec dispense la première partie du baccalauréat A (français-latin-grec) et l'année suivante obtient la deuxième partie à l'issue de la terminale Philo au lycée Condorcet à Paris où il poursuit ses études dans les classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques.



C'est à l'âge de 14 ans qu'il achète sa première trompette, et dès 1937, adhère au HCF (Hot Club de France), l'association pionnière des amateurs de jazz. En 1939, il assiste au deuxième concert de Duke Ellington à Paris et c'est le déclic magique : plaçant le fameux jazzman au firmament de son panthéon personnel, il en fera bientôt son Dieu vivant, ne cessant d'en faire l'éloge sa vie durant. Quand la guerre éclate, Vian manque à l'appel de la mobilisation pour des raisons médicales. Entré à l'Ecole centrale de Paris en 1939 (études qui l'ennuient beaucoup), il en sort en 1942 avec un diplôme d'ingénieur. En juillet 1941, il se marie avec Michelle Léglise dont il a deux enfants, Patrick puis Carole. Il décroche son premier emploi comme gratte-papier à l'Association Française de Normalisation (l'AFNOR), un travail qui lui pèse mais qui a le mérite de lui laisser assez de temps pour écrire des poèmes et de la musique. Les dimanches sont la plupart du temps consacrés à l'organisation de surprises-parties bien évidemment ponctuées par le swing auxquelles participe souvent son père, Paul. Ainsi entend-t-on souvent dans diverses formations les trois frères Vian faire le «boeuf» : à la guitare Lélio (prénom choisi en écho au Lelio ou le retour à la vie d'Hector Berlioz), à la batterie Alain et à la trompette Boris. C'est l'époque où il se lie d'amitié avec un clarinettiste, ingénieur comme lui mais issu de Polytechnique, Claude Abadie, avec lequel il forme son premier orchestre qui bientôt fera parler de lui sur la scène internationale du jazz. Juste au lendemain de la Libération, l'orchestre Abadie-Vian décroche la première place au Tournoi international de jazz amateur de Bruxelles.



Durant l'occupation, Boris Vian se met à écrire de manière assidue. C'est Raymond Queneau, secrétaire général des éditions Gallimard, qui fera paraître en 1947 son premier roman, Vercoquin et le plancton. S'ensuivra une relation très amicale, de type père-fils, dont le meilleur ciment est leur goût commun pour les mots. Les activités de « Bison Ravi », anagramme de Boris Vian, se multiplient. En 1946, il quitte l'AFNOR pour entrer à l'Office professionnel des industries et des commerces du papier et du carton, changement bénéfique qui lui apporte un salaire plus élevé en même temps qu'un travail allégé lui permettant d'écrire son premier vrai roman, L'écume des jours. L'après-guerre voit affluer un grand nombre de jazzmen américains venus gouter en France la douceur de vivre et l'absence (relative) de préjugés raciaux dont ils sont matraqués chez eux. Ainsi croise-t-on à Paris : Sydney Bechet, Miles Davis, Don Byas, Charlie Parker. En 1947, le Tabou, situé au 33 de la rue Dauphine, ouvre ses portes au son de la trompinette de Boris Vian. Le club devient le lieu des «existentialistes», on y voit même Sartre et Simone de Beauvoir. En fait, Boris Vian fréquente assez peu le lieu, lui préférant les «tartes-parties» réunissant des musiciens de jazz rue du Faubourg Poissonnière ou encore le Caveau des Lorientais ouvert en 1946 rue des Carmes où il rencontre Claude Luter et son orchestre qu'il trouve « très très swing » selon l'expression qu'il affectionne. Cette même année, Vian inaugure sa revue de presse dans le journal Jazz Hot, il la tiendra jusqu'en juillet 1958. La verve, l'intuition et le sens aigu qu'il avait du jazz ont pu faire dire à Miles Kington, aux premiers mots de son introduction à la traduction américaine d'une sélection de ses chroniques, que Vian « fait partie de la demi-douzaine des meilleurs écrivains sur le jazz de tous les temps ». Extrêmement prolixe, il écrit ainsi, sous divers pseudos, dans pas moins d'une dizaine de revues.



Jusqu'en 1952, c'est Boris Vian l'écrivain qui essaie tant bien que mal de s'affirmer. Il a déjà écrit ses dix romans. Alors que L'écume des jours est passé à peu près inaperçu, on a au contraire parlé abondamment d'un certain Vernon Sullivan, le prétendu auteur du sulfureux J'irai cracher sur vos tombes - pseudonyme qui lui vaudra d'être inquiété par la justice et de réaliser à la hâte une traduction de l'ouvrage en guise de texte original dont il aurait fait la traduction française... Les poursuites à son encontre sont suspendues à la suite de la loi d'amnistie de 1947. Cependant Vian reconnaît officiellement en 1948 être l'auteur de l'ouvrage qui finira par être interdit en 1949. Endetté par d'énormes indemnités réclamées par le fisc et lassé par son couple qui n'est plus le tandem complice qu'il était, Boris se sépare de Michelle devenue la maîtresse de Sartre depuis 1949. Au début des années 1950, sur les conseils de son médecin, Boris Vian abandonne la trompette pour ne pas affaiblir son coeur déjà passablement malmené. Malgré tout, cette nouvelle (et dernière) décennie sera pour Boris Vian placée sous le signe de la musique où il se réfugie, notamment au Club Saint Germain où il côtoie son idole Duke Ellington. Ursula Kübler, qu'il rencontre en 1950 et épouse en 1954, sera pour beaucoup dans son attrait pour l'opéra, le ballet et la comédie musicale, puisqu'elle est danseuse aux ballets Roland Petit. Vian va en même temps écrire quelque cinq cent chansons, une demi-douzaine d'opéras dont deux aboutis, et crée plus d'une vingtaine de spectacles de cabaret, dont certains tiendront longtemps l'affiche à Paris, comme Cinémassacre (400 représentations à la Rose Rouge entre 1952 et 1954).



En 1955, deux événements majeurs interviennent dans la vie de Boris Vian : d'un côté il devient directeur artistique du catalogue jazz chez Philips (sur la proposition de Jacques Canetti), et de l'autre artiste en chantant sur scène plusieurs de ses compositions dont sa fameuse chanson Le déserteur qui lui vaudra quelques échauffourées avec la presse réactionnaire et une interdiction de diffusion à la radio. Le Canard enchaîné saura lui donner droit à la réplique. « Ce n'est pas du tout une chanson anti-militariste », écrira t-il, « c'est simplement une chanson pro-civile. Il y a une nuance. Le métier du militaire consiste à faire la guerre ; le rôle du civil consiste à chercher à l'éviter. On considère généralement que tous les moyens sont bons pour faire la guerre ; qu'il me soit permis de penser que l'usage d'une chanson est aussi correct que celui d'un fusil ».



L'écume des jours, son chef-d'oeuvre, est qualifié par Gilbert Pestureau de « roman ellingtonien ». L'héroïne, Chloé, est née du morceau éponyme de Duke Ellington, que Vian va chercher dans son répertoire jungle de 1940. À chaque moment narratif correspond un morceau, soit explicitement nommé, soit évoqué par des noms de rue mettant en vedette les héros du jazz. Colin, le héros, vit rue Louis Armstrong, les Ponteauzanne, rue Sydney Bechet. L'un des libraires que fréquente Chick (Webb ?) tient boutique rue Jimmy Noone. Comme Vian n'est jamais allé aux USA, cette nouvelle toponymie américanise noblement la capitale française. L'invention musicale la plus emblématique du roman est sans nul doute le fameux « pianocktail », instrument hybride dérivé du piano qui permet de jouer de la musique de jazz tout en composant de savoureux cocktails adaptés aux atmosphères et aux tempi des morceaux.



La fin de vie de Boris Vian est digne d'un épilogue de roman ou d'une chanson populaire. Après un oedème au poumon en juillet 1956, résultat de son surmenage, sa santé est encore plus fragilisée. Le 23 juin 1959, Vian perd connaissance et meurt d'un arrêt cardiaque en regardant, au cours d'une projection privée dans un cinéma des Champs-Elysées, l'un de ses romans (J'irai cracher sur vos tombes) adaptés malgré lui au grand écran. « On l'enterra à Ville-d'Avray, près de son père. Un très grand nombre du Paris des arts attendaient à l'entrée du cimetière... Pas de discours, pas de prêtre. Quelques fleurs seulement. Ursula déposa un bouquet de roses rouges. Celui qui fermait la marche était Georges Brassens, l'ami, le chanteur, le poète » (Arnold Kübler, père d'Ursula, femme de Boris Vian).



© Qobuz 04/2013
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