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La Création de Haydn à la Philharmonie

Par Héloïse Roussat |

Beau programme pour l’Orchestre de Chambre de Paris qui jouera La Création de Haydn le 23 janvier 2015 à à la Philharmonie de Paris fraichement inaugurée.

La Philharmonie de Paris accueillera la Création de Haydn le 23 janvier 2015 à 20h30. Sur scène, l’Orchestre de Chambre de Paris. Ce chef d'œuvre du compositeur autrichien à visée universelle se base sur des textes bibliques et littéraires, pour un oratorio grandiose. Haydn rend hommage, par des formes fuguées, au maître du genre, Jean-Sébastien Bach, mais aussi aux oratorios de Scarlatti dans l’aspect pastoral de l’œuvre. La composition de l’œuvre fut un travail de longue haleine (deux ans d’écriture et de nombreuses modifications), aussi bien du fait de la grandeur de l’œuvre que du perfectionnisme d’Haydn. Il aurait même déclaré, à propos de cet oratorio : « J’y mets le temps parce que je veux qu’il dure », parole prémonitoire.

A l’origine de la Création était un livret. Rédigé en langue anglaise, inspiré du Paradis Perdu de Milton, d’abord destiné à Haendel puis finalement remis à Haydn en 1795, Haydn demanda au baron et célèbre mécène protecteur de Mozart Van Swieten de le traduire en allemand pour travailler plus aisément. La collaboration des deux hommes fut déterminante en ce que le librettiste eut une influence essentielle quant au symbolisme présent dans l’œuvre : église, franc-maçonnerie, illustrés par une musique figurative d’exception. Le chiffre trois, répété de nombreuses fois, symbolise alors aussi bien l’une que l’autre. La dernière partie de l’oratorio célèbre la glorification de l’homme ; les expressions qui font du Créateur un « artisan » (rappelant de loin les futures réflexions du philosophe Alain sur l’artiste-artisan) et des créatures célestes des « citoyens du ciel » sont clairement des références au milieu franc-maçon. Pour cela, Haydn & Swieten usent de procédés descriptifs tels que les figuralismes, qui désignent en musique l’évocation d’une idée par toutes les caractéristiques musicales possibles (mélodie, harmonie, rythme etc) ; par exemple, une mélodie ascendante pour évoquer le Paradis. Dans la partie initiale, Haydn choisit de ne pas résoudre les tensions harmoniques pour évoquer « la représentation du Chaos ». « Vous avez certainement remarqué que j’évite les résolutions auxquelles on s’attend le plus. C’est que rien n’a encore pris forme. » précise le compositeur.



Ce choix d’une musique descriptive était déjà un procédé un peu désuet à l’époque, et c’est probablement pour cette raison que certains auditeurs se moquèrent de l’œuvre. Beethoven, à la création de la Symphonie Pastorale, en 1808, insista sur le fait qu’il avait voulu non pas « dépeindre » mais exprimer des sentiments, état d’esprit de plus en plus romantique et tendant vers cette nouvelle période de l’évolution musicale. Haydn structurera son oratorio en se basant principalement sur les textes sacrés, notamment sur la Genèse. Trois parties se distinguent (chiffre non hasardeusement symbolique) : Les Éléments, Les Êtres vivants, Le Paradis. Il choisit pour cela une palette orchestrale plutôt large : flûtes, hautbois, clarinettes par deux, bassons, contrebasson, cors, trompettes, trombones, timbales. Les trois archanges Gabriel, Uriel et Raphaël sont incarnés par trois solistes, respectivement soprano, ténor, basse, trois voix symboliques pour retracer l’histoire de la création du monde. Les deux premiers êtres humains sur Terre, Adam & Eve, sont interprétés par une basse et une soprano, et le chœur dépeint les paroles collectives.

L’œuvre suit la structure de la Genèse, déjà sur le premier verset : « La terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme… » Haydn décrit le Chaos originel musicalement par une tension harmonique volontaire non résolue, le Chaos ne pouvant s’illustrer que par une absence d’équilibre harmonique, un désordre que Haydn réussit parfaitement à établir. Puis, tel un signal, « Que la lumière soit » résonne à travers la voix de l’archange Raphaël sur un puissant accord d’ut majeur fortissimo, illuminant la Terre et éblouissant les musiciens.

La deuxième partie concerne donc l’arrivée d’êtres vivants dans ce monde qui tend vers l’ordre et l’harmonie. Gabriel énumère les oiseaux, jusqu’au « Croissez et multipliez ! ». C’est alors que les anges et archanges glorifient la nature par un chant pur. Les animaux s’ajoutent à la population terrestre, Haydn adopte une écriture très figuraliste où la musique est image et légende. Uriel narre cet épisode biblique si crucial et essentiel, qui s’achève sur l’alléluia qui proclame la gloire divine.

L'ensemble Accentus et l'Orchestre de Chambre de Paris - © Jana Jocif / www.accentus.fr


Enfin, le livret remplace le repos du septième jour par une prière de grâces de l’homme et de la femme. Adam et Eve sont au paradis. Uriel expose le premier matin, suivi d’un long chant rejoint par toutes les voix des êtres créés. Adam et Eve chantent un duo d’amour, puis le chœur répond sur un hymne final colossal.

Haydn entendra « sans doute pour la dernière fois ces harmonies éternelles » le 27 mars 1808 à Vienne, lorsque la pièce fut dirigée par Salieri. Ce sera en effet sa dernière fois en public. Le grand maître Beethoven, présent dans la salle, serait allé embrasser Haydn qui, trop fatigué pour rester jusqu’à la fin, partira à la fin de la première partie.

Le maestro qui dirigera cette œuvre grandiose est un homme de même ampleur : Thomas Zehetmair. Chef principal et conseiller artistique de l’Orchestre de Chambre de Paris, mais aussi violoniste et musicien chambriste, il reçoit en 2005 le German Record Critic’s Award, mais également le titre de Docteur honoris causa par l’Académie de Franz Liszt de Weimar, et par la Newcastle University en 2012. Zehetmair a dirigé entre autres le Finnish Radio Symphony Orchestra d’Helsinki, le Konzerthausorchester de Berlin et le Mozarteumorchester de Salzburg. Il s’entoure pour l’occasion de la soprano Sunhae Im, du ténor Werner Güra, et du baryton-basse Florian Boesch, tous trois de l’ensemble Accentus. Cette co-production entre l’Orchestre de Chambre de Paris, la Philharmonie de Paris et l’ensemble Accentus pour le concert du 23 janvier 2015 à la Grande Salle de la Philharmonie promet une soirée exceptionnelle ornée d’une musique universelle.

Le site de la Philharmonie de Paris

Le site de l'ensemble Accentus

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