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CONCERTS

Nantes invente la journée de 120 heures

Du 28 janvier au 1 février 2015, vingt-et-unième édition de la Folle journée originale, celle de Nantes, une journée qui dure en réalité cinq jours ; on pourra y entendre rien moins que 350 concerts et 46 conférences, si l'on est doué d'ubiquité...

Pas un quartier de la ville de Nantes qui soit épargné : pendant les cinq jours de ce festival fou, vous aurez de la musique partout, partout et encore partout, de neuf heures du matin à 23 heures. Trois cent cinquante concerts, du plus simple soliste au plus gros orchestre, du plus antique traverso baroque au plus moderne clavier électronique, avec incursions dans le jazz et même le steel band à la jamaïcaine. Et on y vivra surtout des passions : celle de l'âme, avec ses inflexions religieuses ou mémoriales, et celle du cœur, que sait si admirablement déchaîner le discours musical. A tout seigneur tout honneur, c'est le grand maître de la Passion qui sera célébré à travers celle qu'il a consacré à saint Jean : Bach, naturellement, par Corboz et l'Ensemble vocal de Lausanne ; Bach dont on entendra aussi de grands pans de la création, en particulier les Variations Goldberg par la pianiste Ekaterina Derzhavina, l'Art de la fugue par le pianiste Eric Vidonne, l'Offrande musicale par l'ensemble Vox Clamantis (dans une adaptation pour ensemble vocal ! oui !), le Clavier bien tempéré par la pianiste Zu Xiao Mei, plusieurs Brandebourgeois par divers ensembles - baroques ou contemporains -, des Suites en tout genre (dont celles pour violoncelle par Ophélie Gaillard), des concertos pour clavier, les Motets par l'Ensemble vocal de Lausanne, le Magnificat par le Ricercar Consort, des grands ouvrages pour piano par Claire-Marie Le Guay, des cantates en tout genre... Bach dans tous ses états donc, y compris du côté fistons puisque seront abordés Carl Philipp Emanuel, Johann Christoph Friedrich et Wilhelm Friedemann : concertos, sonates, pièces de musique de chambre, deeeeemandez le programme.

De la même époque, Scarlatti, Telemann, Vivaldi et Haendel permettent quelques croisements intéressants avec Bach. Cerise sur le gâteau, le Messie de Haendel, un des grands monuments de virtuosité chorale, ici donné par le Dunedin Consort sur instruments d'époque - comme quoi toute la musique baroque n'est pas donnée que sur piano puisque entre Pierre Hantaï, Masaaki Suzuki, l'Akademie für Alte Musik Berlin et quelques autres jouent Bach au clavecin, tandis qu'un nombre équivalent de pianistes se produira dans ce même répertoire. Equilibre judicieusement ménagé par le grand-prêtre de la Folle journée de Nantes, René Martin.

Dans le registre orchestral, c'est le Sinfonia Varsovia qui se taille la part du lion avec une dizaine de concerts, dans un registre plutôt romantique : Berlioz, Beethoven, Chopin, Grieg, un peu de Mozart aussi, ainsi que l'incontournable Troisième symphonie de Górecki “Symphonie des chants plaintifs”, scie des scies polonaises pour orchestre polonais. Plus proche de nous dans le temps, mais toujours dans l'esprit passionné, ce sera la Passion selon saint Jean... d'Arvo Pärt, encore chantée par les étonnants solistes vocaux de l'ensemble estonien Vox Clamantis - qui proposent également Via Crucis de Liszt avec Jean-Claude Pennetier au piano. Et pour ceux qui préfèrent prendre leur temps du côté de la fin, ils pourront entendre Marina Chiche, Philippe Berrod, Raphaël Pidoux et Florent Boffard dans le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen.

A ceux qui auront pris le temps de lire d'un bout à l'autre l'impressionnant programme complet de l'événement, il n'aura pas échappé qu'en page 68 du document, l'on égrène les "Incontournables de la folle journée", ce qui pourrait être mal pris par les artistes et ensembles qui n'y sont pas nommés, car cela signifierait-il par hasard qu'ils sont contournables ? Que nenni, car on y trouve pèle-mêle l'excellentissime Kremerata Baltica - avec moult programmes hors du commun, c'est le moins que l'on puisse dire -, l'ensemble La Venexiana dans un florilège de Monteverdi et autres Italiens du XVII siècle, ou encore l'ensemble allemand de crossover Spark "mêlant dans leurs interprétations mâtinées d’électronique, musiques ancienne et moderne, les cinq musiciens combinent avec audace tradition et innovation, invitant le public à un voyage passionnant à travers les styles et les époques."

Encore une fois, il y en aura pour tous les goûts et seuls quelques rares esprits chagrins pourront estimer qu'ils auront été oubliés. Rendez-vous à Nantes du 28 janvier au premier février !