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Doherty et Lo sont dans un bateau

Par Charlotte Saintoin |

L'ex-Libertines Peter Doherty a concocté un magnifique album de folk-rock à fleur de peau avec le guitariste français Frédéric Lo...

"La poésie est un narcotique qui développe l’esprit. Elle induit l’imagination et la fait exploser. C’est une sorte d’évasion, une manière de passer par-dessus les barrières et les barbelés qu’on se pose," explique Peter Doherty. Installé en Normandie, avec les falaises d’Étretat à contempler et traverser à toutes les heures, même s’il préfère les verts et les gris du matin, l’ex-Libertines puise une inspiration nouvelle, comme Monet, Courbet, Delacroix, Hugo, Offenbach et d’autres avant lui. Le poète adulé et maudit y a-t-il trouvé sa voie, lui qui se dit paumé ? La flamboyance punk des Libertines et des Babyshambles, l’enfant du siècle l’avait remplacée par le charme discret du brillant Grace/Wasteland en 2009, Hamburg Demonstrations en 2016, puis par un rock édulcoré et moins mémorable aux côtés des Puta Madres et un premier long format en 2019. Trois ans plus tard, le voilà pleinement inspiré par les mélodies de l’homme de l’ombre Frédéric Lo (Alain Chamfort, Alex Beaupain et bien d’autres), d’abord venu le voir pour reprendre Inutile et hors d'usage, figurant sur son album Crèvecœur (2004) en tandem avec Daniel Darc, à qui il veut dédier un disque hommage.

Frappé par sa puissance, Doherty demande d’autres compositions. “Il m’a joué une mélodie et ça m’a frappé immédiatement. Je me suis dit que ce morceau avait besoin de paroles et que je devrais les écrire.” Plus le Français joue, plus l’Anglais écrit. “Les paroles n’arrêtaient pas de me venir. Toutes ces idées incroyables n’arrêtaient pas de fuser. Je crois qu’en deux ou trois semaines, on avait bouclé l'album.The Fantasy Life of Poetry & Crime, crédité des noms des deux artistes – selon le vœu de Doherty –, assemble 12 ballades profondes et élégantes au piano et à la guitare, traversées par quelques rares violons.

On retrouve ce folk-rock à fleur de peau, parfois susurré (The Ballad of), parfois turbulent (You Can't Keep It From Me Forever, Rock & Roll Alchemy), à la beauté vacillante et écorchée de son premier album solo, avec une recherche de l’épure au fil des chansons. C’est lent, mélancolique, lancinant, tortueux, fragile. On y trouve des éclats lumineux, offerts par des cuivres discrets et du glockenspiel (The Monster), des espaces sombres ou plus sobres simplement dessinés à la guitare acoustique (The Glassbower, Abe Wassenstein) ou des notes de piano (Far From the Madding Crowd). Du punk éclatant d’hier qui l’amena au zénith au folk évanescent et terrestre d’aujourd’hui, la trajectoire sinueuse de Doherty, frayée dans le vaste champ du romantisme et jalonnée de rencontres salvatrices, fascine. Son génie aussi.

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