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Mirandolina, l’opéra méconnu de Martinu

La MC93 de Bobigny accueille la création française de Mirandolina, chef-d’œuvre méconnu de Bohuslav Martinu, du 24 au 30 juin.

Par Marc Zisman | Sur Scène | 23 juin 2010
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Du 24 au 30 juin, l'Atelier Lyrique présente, à la MC93 de Bobigny, la création française de Mirandolina, chef-d’œuvre méconnu de Bohuslav Martinu, d'après la célèbre pièce de Goldoni La Locandiera : l'occasion de découvrir un grand compositeur tchèque à l'esthétique résolument tournée vers le théâtre… La mise en scène de cette production est signée Stephan Taylor, la direction musicale étant assurée pour sa part par Marius Stieghorst à la tête de l’Orchestre Atelier Ostinato.

Cette farce est parée d’une musique riche de couleurs et d’une orchestration virtuose et moirée. Une œuvre lumineuse et heureuse créée pour la première fois en France. Spécialiste de Martinu, Ivana Rentsch, de l’Université de Zurich, évoque cette œuvre méconnue :

L’esthétique des opéras de Martinu, contrairement à celle de Janácek, est, de l’aveu même du compositeur, tournée vers « le théâtre » : l’opéra doit être libéré de ses conventions figées et replacé sur ses fondations théâtrales primordiales. Le seul opéra en langue italienne de Martinu, Mirandolina, composé à Nice en 1954, donne de ce principe une illustration presque idéale. Cette œuvre scénique tardive est un hommage aussi bien à la Commedia dell’arte du XVIIIe siècle dans son ensemble qu’à Goldoni en particulier, puisqu’elle s’inspire d’une comédie de celui-ci : La Locandiera.

L’action est vite résumée : la belle aubergiste Mirandolina est courtisée par un marquis tombé dans la misère et un riche comte. Lorsque le chevalier, qui déteste les femmes, tourne les deux soupirants en dérision, l’héroïne piquée au vif décide de se venger. Et de fait, le chevalier ne tarde pas à lui succomber. S’ensuit un chassé-croisé final entre les trois prétendants, qui se dénoue lorsque Mirandolina déclare qu’elle va épouser Fabrizio, son garçon d’auberge…

Le livret, écrit par Martinu lui-même, convenait donc pour mettre en musique un opéra résolument « théâtral » puisqu’il satisfaisait une condition cruciale : l’action n’est pas dictée par des processus psychologiques mais par des situations de jeu qui résultent de la rencontre des personnages les plus divers dans l’auberge.

En concentrant les événements sur une succession d’instantanés, Martinu ouvre à la musique un espace de liberté que l’on peut considérer comme une caractéristique de tous ses opéras. Loin d’une conception symphonique d’ensemble, la mise en musique semble suscitée par chaque épisode de l’histoire : l’immédiateté de la musique ne connaît aucune limite. De la même manière que le livret se fonde sur les topoï théâtraux du XVIIIe siècle, la musique joue elle aussi avec les codes de l’histoire de l’opéra.

C’est ainsi que le grand air de Mirandolina, précédé d’un récitatif, évoque clairement les « airs de vengeance » tels que l’air de la Reine de la Nuit de Mozart tandis que la saltarelle évoque les intermèdes dansés des opéras plus anciens. Martinu joue avec la tradition de l’opéra sans toutefois la prendre véritablement pour base de son travail scénique. À la recherche du « vrai théâtre », il utilise des morceaux du répertoire des siècles passés mais, par sa volonté de renverser les conventions héritées d’un jeu de scène rigide en empruntant leurs propres moyens, il est tout entier tourné vers le XXe siècle.

Actuellement assistant du directeur musical de l’Opéra National de Paris, le jeune chef Marius Stieghorst a été Premier Kapellmeister et Adjoint au Directeur de la musique à Osnabrück. Né en Allemagne, à Kaiserlautern, il fait ses études de piano et de composition à l’Ecole Supérieure d’Etat de la Musique de Karlsruhe où il obtient la Bourse de la Fondation d’Etudes du Studienstiftung des Deutschen Volkes. Il reçoit également la Bourse de l’Association Wagner de Bayreuth. Il collabore, entre autres, avec le Musikalischer Sommer de Baden-Baden, le Berliner Festwochen et l’Académie Hugo-Wolf de Stuttgart. Il est également chef de chant dans les théâtres de Kiel, Karlsruhe et Berlin puis, de 2001 à 2004, deuxième Kapellmeister à Graz. Stieghorst a dirigé les nouvelles productions de Werther, La Ville morte, L’Enlèvement au sérail, La Flûte enchantée, La Fiancée du Tsar ou encore Don Pasquale à Osnabrück et à Graz ainsi que de nombreuses représentations du répertoire de ces deux théâtre : Otello, Eugène Onéguine, Turandot, Ariane à Naxos, Tannhäuser, Don Giovanni, Così fan tutte, Nabucco… De 2004 à 2008, il a été chef assistant dans les festivals de Baden-Baden et de Salzbourg.

En concert, Marius Stieghorst dirige des symphoniques de Bruckner, Schumann, Tchaïkovski et deux créations mondiales au A.DEvantgarde Festival 9.4 de Munich : Rotkäppchen, lauf ! et Schön, schöner, Schneewittchen. Il se produit également comme pianiste en récital et musique de chambre.

Cette saison, Stieghorst fait ses débuts au Palais Garnier avec le spectacle de l’Ecole de danse de l’Opéra National de Paris, puis dirigera un concert au Festival de Deauville.



Le site de la MC93 de Bobigny

Le site de l’Opéra de Paris

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