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Eldorado Music Festival, deuxième épisode

Par Marc Zisman |

Pour sa deuxième édition, l’Eldorado Music Festival offre une belle affiche option rock indé, americana et folk avec Isobel Campbell & Mark Lanegan, Josh Ritter, Damien Jurado, Phosphorescent et la révélation Deer Tick.

Après une première édition en 2009, qui avait réuni un casting cinq étoiles (Steve Earle, Hank III, Magnolia Electric Co, Micah P. Hinson…), le Café de la Danse et le magazine Eldorado se retrouvent cette année pour un second rendez-vous parisien, en passe de devenir incontournable : l’Eldorado Music Festival.

À la croisée du rock indé, de l'americana et du folk, le Café de la Danse servira d’écrin idéal au duo classieux que forment Isobel Campbell & Mark Lanegan, au folk rock de Josh Ritter ou encore au ténébreux songwriter Damien Jurado. Le combo canadien Timber Timbre sera aussi de la partie, ainsi que les New Yorkais de Phosphorescent et le chanteur/guitariste Willy Mason. Sans oublier Deer Tick, grosse révélation rock de ces derniers mois, qui donnera son premier concert français à cette occasion...

Il n’y a que les illettrés qui pensent encore que l’americana et le rock en chemises à carreaux trouées avec poils et poussières, est l’apanage des quadras, voire des quincas… Deer Tick, bande de jeunots originaires de Providence, à peine sorti des problèmes d’acné, récite avec grande classe l’équation Rolling Stones période Exile On Main Street, divisé par Neil Young, plus Bob Dylan, moins Del Fuegos sur racine carrée de Green On Red…

La voix de plantigrade enrhumé du chanteur John McCauley mêlée aux guitares mi-classic rock, mi-country alternative, de ses hommes de main, donne à cet ensemble une tenue rare et efficace. Point de touches electro-branchouille ici, ni de folk vaporeux-machin, non, juste du rock’n’roll basique et bon, sans prétention…

Troisième opus de Deer Tick, The Black Dirt Sessions prendra une toute autre ampleur sur scène, terrain de prédilection de cette formation originaire de Providence, dans le Rhode Island.

Phosphorescent est une toute autre affaire… Les deux derniers albums ont suffit à Matthew Houck, leader maison, pour se faire un nom sur la scène folk rock américaine actuelle. On sent le songwriter fêlé juste comme il faut, capable d’insuffler à l’americana des poses béatement christiques ou juste étranges, mais jamais complaisantes… Après un bel hommage réussi et dépouillé à Willie Nelson l’an passé, le cerveau barbu de Phosphorescent a enclenché la seconde au printemps dernier avec Here's To Taking It Easy, son cinquième tout de même, assez ambitieux, qui met toujours aussi bien en exergue ses lubies (Neil Young, Willie Nelson donc, Will Oldham…) mais s’intéresse surtout à l’héritage de machins comme le Band, les Byrds, Van Morrison, Little Feat voire – non, non, partez pas ! – les Eagles. Des musiques de vieux que le songwriter d’Alabama assume et digère avec un certain savoir-faire. Sapée de la sorte, le folk et la country contemporains ont un bel avenir…

Changement de paysage là encore avec l’improbable et génial tandem formé par Isobel Campbell et Mark Lanegan. Lui l’Américain, ami de Kurt Cobain, ex-leader des oubliés Screaming Trees qui signa de beaux albums solo de songwriting éthylique avant de « piger » chez Queens Of The Stone Age. Elle, la fée écossaise portant de sa voix vaporeuse la pop délicate de Belle & Sebastian… Comme la Belle et le Bête du rock indé. Ou la version contemporaine du binôme que formèrent il y a bien longtemps Nancy Sinatra et Lee Hazlewood… Sur disque comme sur scène, Campbell et Lanegan offre un envoûtant pasodoble inquiétant et beau, comme Hawk, troisième opus de cette collaboration hors du temps, le prouve avec une grande classe. La Belle et la Bête, vraiment… Le goût en plus.

Lui aussi est homme de goût. Plus d’une décennie que ses miniatures d’épure et de beauté naviguent dans les eaux plus claires que troubles d’un folk lunaire, d’une country indie et d’un rock à peine soft. Et malgré l’anonymat (comprendre songwriter culte), Damien Jurado poursuit son chemin. Ses phobies demeurent identiques (Nick Drake, Neil Young), son style inchangé malgré quelques ruades rock homéopathiquement présentes sur chacune de ses livraisons. On est comme happé par cet organe à peine flouté par une onde nasillarde, par ces chansons en habits sombres qu’il s’autorise à parfois centrer autour de… lui ! Un fait qui rend alors le cas Jurado encore plus touchant. Encore plus puissant. Sur scène, l’émotion est toujours garantie pièces et main d’œuvre…

Natif de l’Idaho, Josh Ritter était quant à lui destiné comme papa maman à une carrière de neurologiste avant qu’un pote de lycée ne lui fasse écouter le Girl From The North Country de Johnny Cash et Bob Dylan. Le choc. Forcément. Notre homme mettra alors un terme à ses études, achètera une guitare pour embrasser une carrière de troubadour folk-rock de haute tenue. Son cinquième album, So Runs The World Away sort en France en septembre.

L’aura de Timber Timbre n’est pas encore celle de Ritter mais… Prendre le train en marche. Découvrir un tel talent déjà à son troisième album, c’est s’apercevoir que l’on côtoie véritablement des mondes parallèles, des paradis bien réels. On regrette, on implore le pardon un peu comme Taylor Kirk, l’homme orchestre qui se cache derrière Timber Timbre. De l’intimité d’un home studio, il plonge l’auditeur dans un bayou d’où s’enflamment les feux follets issus de la putréfaction du blues et du rockabilly. Littéralement envoutant, ce minimalisme est celui d’un soldat perdu en campagne. Un show qui tue à main nues.

Dans la troublante tour de Babel du premier album de Willy Mason paru en 2007, on croisait l'ombre de très (trop ?) fortes plumes : Dylan, Cobain, Alejandro Escovedo, Woody Guthrie, Ryan Adams, Elliott Smith. Des statues de Commandeur que Mason n'hésitait pas à toiser. Ce troubadour, option feu de camp, découvert par Conor Oberst de Bright Eyes laissait entrevoir une forte personnalité à suivre de prêt. Et dans sa normalité la plus normale, If The Ocean Gets Rough confirmait qu'une bonne compo à la guitare en bois, une simple histoire, pouvaient rafler la mise. Faites d'errances. De contemplations. De balades. D'iode (Mason a grandi sur Martha's Vineyard). Tous ces petits riens pourraient peut-être lasser. Masquer même une incapacité à étoffer un univers intimiste, universel et terre à terre. Mais non, Willy Mason maîtrise tout ce qui fait un bon baladin folk pour ne pas s'auto-parodier.

PROGRAMME

Vendredi 10 septembre : Josh Ritter + Timber Timbre

Samedi 10 septembre : Isobel Campbell & Mark Lanegan + Damien Jurado + Willy Mason

Mardi 14 septembre : Phosphorescent + Deer Tick

Le MySpace de Phosphorescent

Le MySpace de Deer Tick

Le MySpace de Damien Jurado

Le MySpace de Willy Mason

Le MySpace de Josh Ritter

Le MySpace de Timber Timbre

Le site du Café de la Danse

Le blog du magazine Eldorado

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