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Animal Collective, le retour

Par Arthur de Talhouët |

Nouvel album et concert, Animal Collective est enfin de retour. Un disque prévu le 4 septembre mettra un terme à plus de trois ans et demi de disette. En prime, une escale parisienne en novembre lors du Pitchfork Music Festival à la Grande Halle de La Villette.

Animal Collective est enfin de retour. Centipede Hz qui parait le 4 septembre mettra un terme à plus de trois ans et demi de disette. Après les sommets atteints par les deux derniers opus du groupe, l'attente est à son comble. Le groupe sera également de passage à Paris en novembre prochain lors de la seconde édition du Pitchfork Music Festival à la Grande Halle de La Villette.

Un interview de Brian Weitz, l'un des quatre membres fondateurs, révélait il y a peu sur la radio BBC que Centipede Hz (qui sortira sur le label Domino) marquerait un retour aux sources. Moins de sampling, une instrumentation plus naturelle : de quoi réjouir les fans des débuts du groupe, qui remontent aux débuts des années 2000.

Avec une production déjà prolifique (neuf albums), Animal Collective s’est imposé comme un des groupes marquants de son époque. A la croisée des chemins, entre rock expérimental, électronique, pop et même musique contemporaine, le quatuor new-yorkais décourage tout effort de classification en proposant une synthèse inspirée de toutes ces influences. En attendant la sortie de Centipede Hz (un single est déjà sorti ce mois-ci), retour sur un univers sonore qui, depuis la sortie de leur deux derniers albums (Strawberry Jam, 2007, et le plus mélodique Merryweather Post Pavillon, 2009), a suscité un engouement peu commun.

Noisy rock ?

L’étiquette a le vent en poupe sur la scène punk-rock de la fin des années 1970. Le groupe Pavement, auquel Animal Collective voue une admiration particulière, en est alors l’emblème. Chef de file du mouvement lo-fi (low-fidelity), par opposition au hi-fi, Pavement n’hésitait pas à faire entendre un son volontairement abîmé, allant à l’encontre d’un pop jugée aseptisée, sans spontanéité. Pour Animal collective également, cela s’entend tout de suite, la musique semble se faire sur le moment, ouvrir à l’improvisation.

Mais avec eux, ce n’est pas le son qui est tiré vers le bruit, mais bien l’inverse. Le terme de « noisy rock » (traduit par rock « bruitiste ») prend une nouvelle signification: il ne s’agit pas seulement de donner droit de cité au bruit, mais de l’intégrer à la musique, d’en faire un élément musical à part entière. Cela demande à l’auditeur un effort d’adaptation : la première écoute peut donner l’impression d’un trop plein sonore –impression toutefois vite démentie. Soit dit en passant, s’il est une musique qui doit à tout prix être entendue avec un matériel audio de qualité, c’est bien celle d’Animal Collective. Faute d’un équipement approprié, l’esthétique bruitiste passerait pour bruyante, et leur « mille-feuille » sonore pour surchargé.

Dans Strawberry Jam, l’hypnotique Fireworks s’ouvre ainsi dans le vacarme produit par ce qui semble être un hélicoptère, le tournoiement des hélices devenant un obsédant ostinato rythmique. Les bruits mécaniques reviennent souvent, à la manière des Pink Floyd de Welcome To The Machine. Cliquetis de chaîne ou vrombissements de moteurs : la musique surgit au cœur même des bruits, naît des rythmiques qu’ils recèlent. Faisant sien l’adage de John Cage -« Quand un bruit vous ennuie, écoutez-le »-, le « collectif animalier » intègre aussi les bruits du monde animal, tapis dans la mélodie : après les aboiements de Dogs des Pink Floyd, ce sont des piaillements d’oiseaux, de sourds grognements, qui évoquent un véritable bestiaire. Dans cette musique profondément immersive, des paysages se dessinent, sans que l’on sache exactement ce qui est représenté (une jungle ? une mare ?). C’est tout le sens d’un travail sur le bruit qui, loin d’être un simple collage, se fond à la musique elle-même.

Mais ces bruits dont elle regorge ne se laissent pas identifier facilement. Leur traitement électronique brouille les pistes : on ne saurait déterminer leur provenance, humaine ou animale, organique ou mécanique. Ils génèrent des impressions davantage qu’ils ne renvoient à leur source – et c’est justement de ce flou que vient leur musicalité. Ainsi les écoulements et autres bruits liquides évoquent-t-ils quelque chose de flasque, d’informe, à l’image de la couverture de l’album Strawberry Jam, qui représente une fraise trop mûre, dégoulinante, en décomposition. Image-symbole d’une musique qui, elle aussi, décompose les influences, s’étale et investit tout l’espace.

Mélange des genres

Le contraste entre l’expérimentation et le côté « accrocheur », très caractéristique de leur musique, retient l'attention. On pense par exemple à la chanson What Would I Want ? Sky (sans doute une des plus réussies), dans leur EP Fall be kind. Les recherches les plus avant-gardistes cohabitent avec une pop « catchy », d’entraînantes boucles hip-hop, des chants tout droit venus des Beach Boys. En même temps qu’il se nourrit de la musique savante contemporaine (on reconnaît par exemple Ligeti dans les procédés de décalages rythmiques de la chanson #1), Animal Collective s’approprie les « beats » de la techno ou des rythmiques tribales, et bascule par moments dans une musique de transe. S’adresser à l’intelligence de l’auditeur ne l’empêche pas -et c’est bien là le miracle- d’exercer une irrésistible séduction, de plaire instantanément et, plus que cela, d’entraîner avec force l’auditeur dans une fièvre folle, comme dans l’extatique Bluish. Car si leur musique traverse toute une gamme d’émotions variées, c’est bien une certaine euphorie qu’elle dégage avant tout.

Mais ce sont les mots d’Avey Tare, principal auteur du groupe, qui qualifient le mieux leur œuvre. A propos de leur dernier album, MerryWeather Post Pavillon, auquel le très respecté site Pitchfork a attribué une note rarement donnée, il raconte : « Nous étions cette fois fascinés par les ballets, par la dance, par tous types de dance d’ailleurs, par la musique classique également, les opéras ». Cet intérêt pour le classique est lié à ce qu’Avey Tare appelle l’ « œuvre globale », un concept qui s’applique aux grandes œuvres classiques, qui se déploient dans la durée (la longueur des pistes témoigne de cette affiliation): « la naissance des sons, les crescendos, la manière dont la musique classique se meut, évolue, nous intéresse beaucoup plus que la manière dont le rock le fait. Rythmiquement, la musique classique envahit tout l’espace, c’est tout l’inverse des rythmes rock, qui ne nous ont jamais réellement intéressés (…). Et nous avons voulu connecter tout ça à la dance, comme sur Brothersport ou Summertime Clothes, on voulait des titres qui fassent bouger les gens. Une sorte de ballet moderne, futuriste ».

L'éclectisme des sources d’inspiration d’Animal Collective et l'originalité de leur démarche en font un groupe grande envergure. Le travail sur le bruit et la fusion des influences : voilà deux caractères qui définissent, plus qu’un style, une véritable poétique musicale. Dire que les attentes seront grandes pour leur prochain album tient de l’euphémisme.

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