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En Scandinavie avec l’Orchestre de Paris

Par Clotilde Maréchal |

L’Orchestre de Paris dirigé par Paavo Järvi jouera Carl Nielsen et Edvard Grieg les 23 et 24 mai à la Salle Pleyel.

Mercredi 23 et jeudi 24 mai, Paavo Järvi à la tête de l’Orchestre de Paris dirigera des œuvres signées Carl Nielsen (Maskarade ouverture), Dmitri Chostakovitch (Concerto pour piano n°2) et Edvard Grieg (Peer Gynt avec récitant, solistes et chœur). Le Chœur de l'Orchestre de Paris sera dirigé par Lionel Sow. Egalement de la partie, le pianiste Alexander Toradze, la soprano Mari Eriksmoen, la mezzo-soprano Ann Hallenberg et Arnaud Denis en récitant.

Après la musique française, c’est à la (re)découverte de la musique scandinave que l’Orchestre de Paris convie son public. De Nielsen, la phalange parisienne avait déjà joué la Symphonie inextinguible, œuvre complexe et largement proportionnée, mais c’est un tout autre aspect de sa musique à découvrir lors de ces deux concerts des 23 et 24 mai. Maskarade, pièce antérieure, est un opéra-comique tout de gaieté. L’ouverture, vive et légère, ne trahit pas l’héritage que Nielsen revendiqua toujours tenir de Brahms…

On ne peut donc pas imaginer opposition plus franche entre Grieg et lui. Les premières notes de Peer Gynt – où l’alto solo imite une danse traditionnelle norvégienne – suffiront à s’en convaincre : cette musique est enracinée dans la tradition populaire scandinave. Peer Gynt est l’une des œuvres les plus appréciées du répertorie symphonique. La mélodie magnifique de Solveig, le chant triste de la mort de la mère de Peer Gynt, la course-poursuite des trolls sont trois thèmes familiers, de ceux que l’on connaît sans bien savoir d’où ils viennent. L’auditeur appréciera de les retrouver ici dans leur contexte original, avec orchestre, chœur et soliste, tel que Grieg l’avait conçu pour accompagner la création de la pièce de théâtre d’Ibsen.

Le Concerto pour piano n°2 de Chostakovitch, qui n’a jamais été joué à l’Orchestre de Paris jusqu’ici, inaugure un mini-cycle puisque deux symphonies seront également au programme des concerts de cette fin de saison. C’est une œuvre qui respire la bonne humeur, bien dans la continuité de l’Ouverture de Maskarade. Chostakovitch l’écrivit en 1957 pour son fils Maxim, jeune pianiste. Bernstein la présenta à l’Ouest un an plus tard. Elle est transparente et pleine d’esprit : dans le troisième mouvement Chostakovitch va jusqu’à citer les exercices pour les doigts avec lesquels il avait encouragé les débuts de son fils au piano !

Paavo Järvi est né le 30 décembre 1962, à Tallinn, quand l’Estonie était une république de l’Union Soviétique. Son père, Neeme Järvi, y était l’un des musiciens les plus connus, dirigeant l'Orchestre symphonique de la radio et de la télévision, l'Orchestre symphonique d'État et l'Opéra de Tallinn. C’est auprès de lui qu’il a découvert le monde musical, déchiffrant à quatre mains des symphonies de Haydn, comparant les interprétations dans l’impressionnante collection de disques paternelle, chantant sous sa direction dans un chœur d’enfants ou encore en assistant à ses répétitions. Paavo Järvi a commencé par étudier la percussion, puis la direction d’orchestre…

En 1968, Neeme Järvi dirige Credo d’Arvo Pärt, composé à partir du texte de la messe latine, alors que les Soviétiques interdisaient une telle référence. Les tracas politiques que cette position en faveur de la liberté artistique déclenche, conduisent la famille à quitter l’Estonie pour les Etats-Unis en 1980. Paavo Järvi a 17 ans. Il poursuit alors ses études de musique à la Juilliard School, au Curtis Institute of Music de Philadelphie et au Los Angeles Philharmonic Institute avec Leonard Bernstein. Il commence à diriger, tout particulièrement le répertoire nordique, tout en affirmant d’autres domaines de prédilection, dont la musique française et la musique russe.

Paavo Järvi accède ensuite à ses premières responsabilités permanentes : directeur musical du Malmö SymfoniOrkester (1994-1997), premier chef invité du Royal Stockholm Philharmonic Orchestra (1995-1998) ainsi que du City of Birmingham Symphony Orchestra (1996-1999).

La décennie 2000 a vu sa carrière s’accélérer. Invité à diriger un programme du Cincinnati Symphony Orchestra en 2001, il lui a été proposé d’en prendre immédiatement la direction musicale qu’il ne quittera qu’en 2011. Il est également directeur musical du Hessische Rundfunk Sinfonieorchester de Francfort depuis 2003. En 2004, il est devenu directeur artistique de la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême. Avec cet orchestre de chambre indépendant, il a réalisé un enregistrement intégral des symphonies de Beethoven recueillant un grand succès tant public que critique.

Järvi a déjà réalisé une cinquantaine d’enregistrements. Parmi eux, la Deuxième Symphonie de Stenhammar, la Suite de Lemminkainen et Kullervo de Sibelius ; les Cantates de Sibelius avec l’Orchestre national d’Estonie et son chœur, récompensées par le premier Grammy Award jamais attribué à l’Estonie et qui eut un retentissement considérable dans le pays à peine sorti de l’ère soviétique ; le Concerto pour orchestre de Lutoslawski enregistré avec l’Orchestre symphonique de Cincinnati, les disques consacrés à la musique vocale d’Erkki Sven Tüür, les symphonies de Lepo Sumera.

En 2004, Paavo Järvi dirige pour la première fois l’Orchestre de Paris dans un programme Nielsen (Symphonie n°2), Berg (Sept lieder de jeunesse) et Sibelius (Pelléas et Mélisande, musique de scène). L’entente est immédiate, les concerts magnifiques. Il est réinvité en 2006 pour des concerts consacrés à Bartók et Kodály. Puis, la direction musicale de l’Orchestre de Paris lui est confiée en septembre 2010. Il a, depuis, abordé un vaste répertoire avec la phalange parisienne : Mozart, Beethoven, Tchaïkovski, Prokofiev, Debussy, Bizet, Britten et la musique de son compatriote Arvo Pärt. Un enregistrement consacré à Bizet (Jeux d’enfants, Symphonie n°1 et Roma) est paru en septembre 2010 chez Virgin Classics pour l’ouverture de sa première saison à la tête de l’Orchestre de Paris. Un deuxième album en 2011 autour du Requiem de Gabriel Fauré avec Matthias Goerne, Philippe Jaroussky, Eric Picard et le Chœur de l'Orchestre de Paris.

Paavo Järvi est le septième directeur musical de l’Orchestre de Paris. Il a succédé à Charles Munch (1967-1968), Herbert von Karajan (1969-1971), Sir Georg Solti (1971-1975), Daniel Barenboim (1975-1989), Semyon Bychkov (1989-1998) et Christoph Eschenbach (2000-2010).

Le site de l’Orchestre de Paris

Le site de la Salle Pleyel

Rencontre avec Paavo Järvi

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