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Henri Dutilleux : plaque et mat !

Par Marc Zisman |

Le 12 rue Saint-Louis en l'Ile sur l'Ile Saint-Louis à Paris possède enfin sa plaque commémorant la mémoire du compositeur Henri Dutilleux et de son épouse, la pianiste Geneviève Joy. Retour sur une polémique et une pose de plaque en guise de happy-end...

Tout est donc bien qui finit bien est-on tenté de dire... Après une polémique qui ébranla la sphère classique au printemps dernier, une plaque a bien été dévoilée, mardi 22 septembre 2015, sur la façade du 12 rue Saint-Louis en l'île, sur l'île Saint-Louis à Paris, commémorant la mémoire d'Henri Dutilleux et de son épouse, la pianiste Geneviève Joy, qui vécurent au rez-de-chaussée de cet immeuble. Sous une pluie intermittente, les officiels y sont allés de leurs discours pour saluer la mémoire du compositeur disparu le 22 mai 2013 à l’âge de 97 ans.

Feu la polémique donc… Mais petit rappel pour les retardataires : les faits remontaient au conseil d'arrondissement de décembre 2014, lorsque Jean-Pierre Plonquet, candidat UDI mélomane aux municipales, avait fait la demande de pose de cette plaque. Après avoir oublié de répondre à cette question en janvier, les élus de la majorité municipale avaient expliqué lors du Conseil d'arrondissement du 2 mars 2015 que la pose n'était pas possible pour le moment. Christophe Girard avait donné la parole à la conseillère de Paris PS du IVe, Karen Taieb, qui a expliqué que le compositeur était soupçonné de… faits de collaboration ! On reprochait à Henri Dutilleux d'avoir composé la musique de Force sur le stade, film de propagande du Commissariat général à l’éducation générale et aux sports réalisé en 1942 par Marcel Martin en direction des patrons d’usines pour les inciter à construire des terrains de sport près des lieux de travail des ouvriers… Bref, quel grand fait de collaboration ! Girard avait même ajouté des paroles accablantes en précisant qu'on ne pouvait poser des plaques en l'honneur des Juifs exterminés et, dans le même temps, rendre hommage à d'autres personnes qui pouvaient être considérées comme un mauvais exemple ! Tollé général, surtout chez les mélomanes, hallucinés d’entendre que la mémoire d'Henri Dutilleux, artiste quasi-humaniste et on ne peut plus ouvert, qui avait obtenu en 2004 la dignité de Grand-Croix de la Légion d'honneur, soit la plus haute distinction décernée par l'État français, se retrouve ainsi trainée dans la boue… Mais quelques semaines plus tard, consciente de son erreur, la municipalité indique dans un communiqué qu’un projet de délibération pour la pose de la plaque serait finalement proposé au vote du Conseil de Paris…

C’est Christophe Girard, maire du IVe arrondissement, qui a entamé la petite cérémonie réunissant, le 22 septembre, sur l'Ile Saint-Louis, une bonne centaine de mélomanes – des personnalités comme des anonymes – parmi lesquels l’ancien ministre Roland Dumas ou bien encore le pianiste Christian Ivaldi. Dans son discours, l'élu est revenu sur certaines œuvres de Dutilleux et sur leurs interprètes. Représentant la famille du compositeur, Yves Mestre, neveu de Dutilleux, a pris le relais, insistant sur l’importance de cette plaque et sur le fait que la polémique était derrière nous. Il ne manqua pas de saluer Etienne Kippelen, à l’origine de la pétition qui a permis à l’affaire d’être portée à la connaissance du plus grand nombre. Enfin, Bruno Julliard, premier adjoint à la Mairie de Paris en charge de la culture, est revenu pour sa part sur la vie de Dutilleux, offrant à l’assistance gênée un beau couac lorsqu’évoquant Gabriel Fauré, il prononça Gabriel Faure ! Pire : il fut incapable de lire sur sa fiche (remplie par un stagiaire de l'Hôtel de Ville en charge des discours ?), une citation incomplète ! On notera enfin que ni Girard, ni Julliard, n'ont glissé dans leurs laïus de quelconques excuses officielles sur les ratés municipaux de début d'année... Bref... Vers 11h20, la sobre plaque était enfin dévoilée.



La cérémonie ne pouvait guère se terminer sans une note de musique. La violoncelliste Emmanuelle Bertrand a alors interprété, sous une pluie battante, la première des Trois Strophes sur le nom de Sacher, œuvre pour violoncelle solo qui fut créée en 1982 à Bâle par Rostropovitch :



Archives Qobuz : rencontre (atypique) avec Henri Dutilleux (janvier 2007)

Archives Qobuz : la disparition d’Henri Dutilleux (mai 2013)

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