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Des Caprices d’envergure pour 16 maisons d’opéra

Par Tiphaine de Belloy |

Seize opéras s’unissent pour créer ensemble Les Caprices de Marianne de Sauguet entre 2014 et 2016.

Après le Voyage à Reims joué 44 fois dans 17 Opéras, c’est au tour de Les Caprices de Marianne d’être au cœur de l’exceptionnelle coproduction mise en place entre quinze opéras français et un opéra suisse. Cette initiative revient au Centre français de promotion lyrique (CFPL) créé en 1970 pour contribuer à l’insertion des jeunes artistes lyriques qui a contribué à révéler des vedettes comme Natalie Dessay, Karine Deshayes, ou encore Stéphane Degout. Cette fois-ci le CFPL présidé par Raymond Duffaut, s’est lancé dans une aventure ambitieuse : quinze opéras de l’hexagone (Avignon, Bordeaux, Limoges, Marseille, Massy, Metz, Nice, Reims, Rennes, Rouen, Saint-Etienne, Toulouse, Tours, Vichy) et l’Avant-Scène suisse s’unissent pour créer et financer la quarantaine de représentations de Les Caprices de Marianne dès l’automne 2014 et jusqu’en 2016. Le projet est simple mais exigeant puisque chaque opéra contribue à hauteur de 20 000 euros pour participer à la production pendant que l’association verse 160 000 euros du budget total de 470 000 euros. Quant aux tâches, elles sont réparties entre les collaborateurs : les décors sont fabriqués à Bordeaux, les perruques à Toulouse, les costumes à Tours et Avignon…C’est Reims qui a été retenu pour accueillir tous les lauréats lors de cinq semaines de répétitions avant le lever de rideau les 17 et 18 octobre 2014.

Les Caprices de Marianne- © Patricia Ruel


230 chanteurs provenant de 28 pays, dont 94 pour la seule Marianne ont été auditionnés pour cette œuvre composée par le Bordelais Henri Sauguet et créée en 1954 au Festival d’Aix-en-Provence. C’est finalement l’équipe québécoise d’Oriol Tomas qui a été retenue pour la mise en scène. Cet opéra-comique dont le livret a été écrit par Jean-Pierre Grédy, grand maître du théâtre de boulevard, s’inspire du drame éminemment romantique d'Alfred de Musset parue en 1833. Poétique et évocateur, l'œuvre de Sauguet dégage un sentiment tragique en dépit de ses touches comiques et satiriques. Au centre de ce drame, un impossible amour engendrant deuils, nostalgie et destruction. A Naples, Coelio, fou d’amour, veut séduire la belle Marianne épouse de l’autoritaire Claudio. Face à ce trio, Octave est l’incarnation de la liberté, la fougue, la jeunesse et la fidélité en amitié. Le jeune homme charme Marianne. Mais la fatalité surplombe la scène et les conséquences de cette histoire s’avèreront tragiques pour chacun. Inéluctabilité du destin pour un Coelio enchaîné par son amour fou pour Marianne, un Octave doublement esclave de son amour pour la belle et par sa fidélité en amitié, enfin une Marianne captive de Claudio. Longtemps restés dans les limbes de l’oubli, l’œuvre et son compositeur sont ainsi remis au goût du jour sous la baguette de Claude Schnitzler, spécialiste de la musique française, et du jeune chef Gwennolé Rufet. L’orchestration typiquement française est claire et colorée, reflet de l'influence de Debussy sur Sauguet. Quant à la partition, elle nécessite un si vaste ensemble vocal qu'elle permet ainsi de mettre en avant de nombreuses tessitures : soprano lyrique, mezzo, ténor, ou encore basse bouffe. Cette collaboration est l’occasion de redécouvrir l’écriture inventive du compositeur nécessitant un maniement subtil de la prosodie et le travail d’un Sauguet ainsi caractérisé selon ses mots : «Être simple en usant d’un langage complexe n’est pas facile. Il faut écouter le conseil de Rameau qui prescrivait de cacher l’art par l’art même et croire avec Stendhal que seules les âmes vaniteuses et froides confondent le compliqué et le difficile avec le beau.»

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