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Chers disparus

Guy Clark est mort

Par Marc Zisman |

Vénéré par Johnny Cash et quelques autres, l’immense songwriter texan installé à Nashville s’est éteint à l’âge de 74 ans.

Guy Clark est décédé le 17 mai 2016 après de longues années de lutte contre le cancer. Celui qui vient de s’éteindre à l’âge de 74 ans restera comme l’un des grands songwriters de la country, un narrateur hors-pair, troubadour à la voix rocailleuse dont les compositions furent interprétées par des pointures comme Johnny Cash, Willie Nelson, Kris Kristofferson, Ricky Skaggs, Rodney Crowell, Emmylou Harris, Bobby Bare, Vince Gill, Brad Paisley, George Strait, Jimmy Buffett, Kenny Chesney et quelques centaines d’autres…

Texan ayant jeté l’ancre à Nashville depuis quarante ans, Clark ne laisse derrière lui qu’une douzaine d’albums. Il restera comme l’un des membres majeurs de ce petit clan de songwriters à part, narrant la mouise et la marge comme peu d’autres. Des auteurs sculptant chaque mot sans l’utilisation de quelconques artifices. Une famille dans laquelle on retrouve Townes Van Zandt, Mickey Newbury, Billy Joe Shaver ou bien encore Steve Earle. Intègre, simple, sobre et honnête, Guy Clark était un grand artisan de la petite histoire chantée… Ses merveilles Desperados Waiting For The Train et That Old Time Feeling figurèrent sur son premier album Old N°1 publié en 1975 à 34 ans. Un Desperados Waiting For The Train qui sera repris des années plus tard, en 1985, par les Highwaymen, groupe 5 étoiles réunissant Johnny Cash, Waylon Jennings, Willie Nelson, et Kris Kristofferson. Son dernier album en date, My Favorite Picture Of You, était paru en 2013.



Né le 6 novembre 1941 à Monahans, Guy Clark passe son adolescence au Texas. Ce fils d’avocat s’installe à Houston à la fin des années 60 où il se produit dans les clubs locaux pour jouer du folk d’inspiration dylanienne. Sur cette scène, il croise des confrères comme Townes Van Zandt et Eric Taylor mais aussi de vieilles légendes du blues comme Lightnin’ Hopkins et Mance Lipscomb. Après quelques escales californiennes, il s’installe finalement à Nashville en 1971 et réussit à vivre comme auteur. Jerry Jeff Walker enregistrera L.A. Freeway pour son album Jerry Jeff Walker paru en 1972 et Desperados Waiting For The Train l’année d’après. Clark commence ainsi à se faire un nom d’auteur à la poésie singulière. Et quand il n’écrit pas, il se produit dans les clubs de Nashville comme au Bishop’s Pub sur West End Avenue ou au Exit/In à Elliston Place…

Au fil des mois et des années, il devient une figure culte. Avec sa femme Susanna, il fréquente Townes Van Zandt qui écrira d’ailleurs son chef d’œuvre If I Needed You dans la chambre que le couple lui prête occasionnellement dans leur appartement de Chapel Avenue… Un Townes Van Zandt essentiel dans l’art de Guy Clark. « Il est l’une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à composer, ne cessera-t-il de répéter. Et comme tant d’autres, il fut influencé par l’approche quasi-littéraire de Townes Van Zandt.



Au milieu des années 70, Johnny Cash sera la première grande star de la country music à chanter ses chansons. En 1982, Bobby Bare placera son New Cut Road dans le Top 20 avant que Ricky Skaggs ne décroche la première place avec son Heartbroke. D’autres tubes pour les autres suivront mais Guy Clark ne réussira jamais à placer ses propres disques bien haut dans les charts. Des échecs qui ne l’empêcheront jamais d’être vénéré par les aficionados et les experts. Une reconnaissance critique qui le fera entrer au Nashville Songwriters Hall of Fame et lui permettra de décrocher un Lifetime Achievement Award For Songwriting de la part de l’Americana Music Association. Son aura donnera This One’s For Him: A Tribute To Guy Clark, double-album hommage paru en 2012 et sur lequel des épées nommées Lyle Lovett, Shawn Colvin, Emmylou Harris, John Prine, Patty Griffin et Kris Kristofferson reprendront ses chansons.

Lorsqu’il ne composait pas, Guy Clark peignait. C’est d’ailleurs un superbe autoportrait qui illustre la pochette de son album Old Friends paru sur Sugar Hill Records en 1988. Un art qu’il partageait avec sa femme Susanna emporté par un cancer en 2012 et qu’il va enfin retrouver. Tout comme son maître et ami Townes Van Zandt, noyé dans ses bouteilles depuis 1997…



En 1975 et 1976, l’oublié James Szalapski a suivi, caméra au poing, les principaux acteurs du mouvement Outlaw au Texas et au Tennessee (Guy Clark est de la partie). Le documentaire qu’il en tirera, Heartworn Highways, ne sortira qu’en 1981 et deviendra l’un des films fétiches des aficionados de country alternative. Une œuvre surtout passionnante car centrée non pas sur les stars de ce courant anti-Nashville (Waylon Jennings, Willie Nelson…) mais sur les hommes alors de l’ombre, les songwriters les plus sombres. On suit ainsi les pérégrinations des jeunes Guy Clark donc mais aussi Townes Van Zandt, Steve Earle, David Allan Coe, Larry Jon Wilson et autres Rodney Crowell. La bande originale de ce film a refait surface le mois dernier en habits de lumière et elle est divine au possible. Des chansons dépouillées et puissantes, entre country et folk, qui se dégustent également sans les images.



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