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Et Bowie sauva Iggy...

Par Marc Zisman |

Un nouveau coffret XXL documente la rencontre choc de 1977 entre le leader des Stooges alors au fond du trou et le créateur de Ziggy Stardust.

Après la séparation des Stooges et un séjour en hôpital psychiatrique, Iggy Pop bénéficie de la bienveillance d'un ange gardien pas comme les autres : David Bowie. Le Thin White Duke l'embarque avec lui à Berlin au moment où il s’engage dans ce qui sera sa trilogie berlinoise (Low, Heroes et Lodger). De cette escapade européenne qui passera également par le château d'Hérouville à 50 bornes de Paris, l’Iguane donnera naissance à ses deux plus grands disques en solo : The Idiot et Lust for Life.

Comme son titre l’indique, le coffret de 7 CD The Bowie Years qui vient de sortir documente cet âge d’or d’Iggy en solo. En plus de ces deux chefs-d’œuvre remastérisés, il comprend un CD de mixes alternatifs, de singles en version edit et d’une interview du chanteur sur l’enregistrement de The Idiot. La malle au trésor renferme également un live bien violent enregistré le 7 mars 1977 au Rainbow Theatre de Londres avec Bowie aux claviers et sur lequel Iggy s’attache surtout à reprendre tous les standards des Stooges. Présent aussi; le fameux T.V. Eye Live compilant des extraits de concerts donnés en mars 1977 à Cleveland, Chicago et Kansas City. Avec Bowie aux claviers, Iggy Pop livre des versions honnêtes de ses tubes du moment, Funtime, Sixteen, Lust for Life et Nightclubbing. Enfin, toujours côté live, un concert à l’Agora de Cleveland et du Mantra Studio de Chicago viennent compléter le coffret.



The Idiot et Lust for Life sont évidemment les deux pièces maîtresses de cette centrale nucléaire rock de 7 CD. Dans la décadence froide et la folie schizophrène de la cité allemande alors encore bicéphale, se nourrissant des sonorités neuves de Kraftwerk, Neu!, Can et tous les groupes de la scène krautrock, Ziggy et Iggy écrivent et réalisent ce déroutant The Idiot (une référence au roman éponyme de Dostoïevski), bardé de synthés presque cheap (l’hypnotique hymne Nightclubbing), de basses fantomatiques et de guitares minimalistes violentes passablement torturées. Et Iggy joue même les Sinatra imbibé sur Tiny Girls. Urbain comme jamais, anguleux et malsain, ce chef-d’œuvre, à des années-lumière de la sémantique stoogienne et assez proche des travaux de Bowie, est une sublime résurrection pour Iggy. Un disque qui influencera surtout de nombreux groupes new wave dans les années qui suivront sa sortie en mars 1977…



Cinq mois seulement après The Idiot, Iggy remet le couvert avec Lust for Life, qui paraît en août 1977. Ce deuxième épisode de leur collaboration est un nouveau festin sombre, un brin plus consensuel et éclectique que son prédécesseur ; plus rock classique et moins expérimental en quelque sorte. Mitonné à nouveau avec Bowie dans le studio Hansa de Berlin, ce deuxième disque solo d’Iggy enchaîne les furibardes embardées rock’n’roll (l’hymne Lust for Life, qui trouvera une seconde jeunesse en 1996 lorsque le cinéaste britannique Danny Boyle l’utilisera en ouverture de son film Trainspotting), les séquences paillettes (Tonight) et les ballades crooneuses (Turn Blue). L’Iguane roi des punks se transforme ici en entertainer total, prouvant qu’il peut roucouler comme nul autre. Bowie pilote tous les claviers, les frères Sales, Tony et Hunt, s'occupent de la rythmique et Ricky Gardiner et Carlos Alomar collent des solos de guitare un peu partout…



L’après-The Idiot / Lust for Life n’aura jamais vraiment la saveur. Qu’importe, car entre les trois albums des Stooges et ces deux disques solo, Iggy Pop avait déjà gravé son nom en lettres d’or dans l’histoire du rock…



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