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Vidéo du jour

Emel le jour, Emel la nuit

Par Benjamin MiNiMuM |

Avec "The Tunis Diaries" qu'elle a enregistrée confinée à Tunis, l'égérie de la révolution de Jasmin revisite son propre répertoire et celui de Bowie, Nirvana, Leonard Cohen et quelques autres...

En une chanson diffusée sur les réseaux sociaux au début du soulèvement du peuple tunisien en 2011, Emel Mathlouthi a été adoptée comme l’une des égéries les plus émouvantes du printemps arabe. Cette chanson, Kelmti Horra (My Word is Free), née de sa belle plume, est devenue l’année suivante le titre étendard de son premier album produit en France.

Son chant sincère et limpide, son écriture sensible et ses arrangements pertinemment actuels lui ont ouvert la voie a une carrière internationale, dont l’un des points culminants fut l’interprétation de cette même chanson lors de la cérémonie de remise du prix Nobel 2015 au quartet du dialogue national tunisien à Oslo.

Devenue résidente américaine et mère de famille, au printemps 2020, Emel s’est retrouvée à Tunis pour fêter les 85 ans de son père lors de la crise sanitaire. Confinée dans la maison de son enfance, l’inspiration de la jeune auteure-compositrice s’est enflammée en réveillant les émotions de son identité profonde. En matière de création, la contrainte est souvent une alliée solide. Avec sa seule guitare et son ordinateur, Emel a entrepris l’écriture d’un journal intime et musical d’une grande beauté. Consacrant ses journées à l’écriture introspective et ses nuits à rendre visite aux chansons de ses jeunes années, The Tunis Diaries, divisé en deux parties (Night et Day), reflète cette alternance stellaire.

Sur le disque Night, Emel chante, avec une grande tendresse, Nirvana (Something in the Way), David Bowie (The Man Who Sold the World), Leonard Cohen (One of Us Cannot Be Wrong), Placebo (Every You Every Me) ou encore Rammstein (Frühling in Paris). Elle dépouille jusqu’à l’intime ces hymnes d’origines très variées, en révèle le caractère universel, leur offre un tour de tapis volant par ses mélismes naturels et sa belle inspiration. Les nouvelles chansons et les quatre reprises de son propre répertoire – Ma Lkit de Kelmti Horra (2012), Princess Melancholy et Sallem issues d’Ensen (2017) et Everywhere We Looked Was Burning, de l’album de 2019 du même nom – contenues sur la moitié Day, profitent de cette même économie de moyens. Une tendre et poignante nostalgie les parfume, de sincères émotions les habitent, de limpides interprétations leur procurent un classicisme classieux qui les font cohabiter sans complexe avec les standards nocturnes.

Holm (A Dream), premier single poignant et ouverture du jour, donne pleinement le ton de cette plongée à l’essentiel : une guitare racine, un chant céleste, pas de fioritures, pas d’effets pour nous distraire de l’émotion pure. Fi Kolli Yawmen renforce le parti pris folk tunisien de l’ensemble tout en apportant dans le pont un supplément shoegazing à l’ensemble de ses aveux d’influences du second disque. Sur le lancinant Merrouh, où les cordes de guitare sonnent comme celles d’un oud, le chant puissant d'Emel résonne comme une incantation, un envol mystique. Par sa rythmique de cordes et sa mélodie, Libertà est une chanson épique débarrassée de l’emphase que le genre implique souvent et Dhalem, qui pourrait s’apparenter à l’univers de la musique baroque, garde une joyeuse simplicité.

Dans tous les recoins de ces Tunis Diaries, Emel Mathlouthi fait œuvre de prouesses vocales, mais sans jamais sacrifier l’urgence de son message. Elle nous offre en partage son intimité émotionnelle, l’expression la plus fidèle de son cœur et de son âme.

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