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Chick Corea forever

Par Marc Zisman |

Immense pianiste on ne peut plus influent, l'Américain a été emporté par un cancer à l'âge de 79 ans...

Comme Keith Jarrett et Herbie Hancock, Chick Corea a éclos dans le nid d’un certain Miles Davis. Et comme eux, son style fut unique et novateur. Le pianiste américain décédé le 9 février 2021 a embarqué son instrument – acoustique et électrique – sur tous les sentiers possibles et imaginables du jazz. Technicien virtuose, compositeur accompli, improvisateur virevoltant et passeur invétéré, Corea restera comme l’un des plus grands pianistes de sa génération. A ses débuts aux côtés de Miles, en trio acoustique, en duo avec le vibraphoniste Gary Burton ou le pianiste Herbie Hancock, au sein de l’électrique groupe Return to Forever et dans de nombreux autres contextes, l’Américain fut précurseur dans tant de domaines. Il laisse aussi une impressionnante discographie qui documente son génie, sa versatilité et surtout ce style unique capable de picorer dans le répertoire classique comme la musique latine, un jeu très rythmique (il a obtenu un premier prix de conservatoire en caisse claire), bref un style qui a marqué des hordes de musiciens.

Aussi bien influencé par Bud Powell qu’Horace Silver, Chick Corea jouera au sideman pour Mongo Santamaria, Willie Bobo, Blue Mitchell, Herbie Mann et Stan Getz. En 1968, entouré du contrebassiste Miroslav Vitous et du batteur Roy Haynes, il signe un chef d’œuvre pour le label Blue Note : Now He Sings, Now He Sobs. Sur la planète jazz, le trio piano-basse-batterie est une sorte de mythologie dans la mythologie… Et celui-ci en chamboule l’esthétique dans un sommet de virtuosité limpide à la beauté harmonique des plus inédite. Derrière ses futs en quadrichromie, le sage et impérial Roy Haynes, alors de vingt ans l’aîné de ses complices, ne tire jamais la couverture à lui, solidifiant juste ce tourbillon de swing.

Entre 1968 et 1970, Chick Corea remplace Hancock au sein du groupe de Miles et se retrouve sur des titres de plusieurs grands albums du trompettiste comme Water Babies, Filles de Kilimanjaro, In a Silent Way, Bitches Brew, A Tribute to Jack Johnson, On the Corner et plusieurs live. Le pianiste enchaîne avec une expérience assez avant-gardiste en quartet avec Anthony Braxton, Dave Holland et Barry Altschul mais change très vite de direction. C’est en effet l’époque où deux options s’offrent souvent au jazzmen : le free ou la fusion. Chick Corea opte pour la seconde en lançant l’un des groupes les plus populaires de l’époque : Return To Forever. D’abord baigné d’influences brésiliennes (Airto et Flora Purim sont de la partie), la formation dérive vite vers le jazz rock pur et dur avec Stanley Clarke, Lenny White et Bill Connors, puis Al DiMeola

Par la suite Chick Corea reviendra au piano acoustique et, parmi ses très nombreux projets, lancera deux magnifiques duos, l’un avec le vibraphoniste Gary Burton, l’autre avec son confrère Herbie Hancock. Il reformera aussi son trio avec Vitous et Haynes, ses complices de Now He Sings, Now He Sobs.

Durant les années 80, Corea agite à nouveau la jazzosphère grâce à deux nouvelles formations en forme de Yin et Yang : l’Elektric Band avec le bassiste électrique John Patitucci, le guitariste Frank Gambale, le saxophoniste Eric Marienthal et le batteur Dave Weckl, et l’Acoustic Band avec Patitucci à la contrebasse et Weckl à la batterie. La suite est un nouvel océan de projets en quintet, en solo, voire dans tous les types de formations possibles ! Il joue avec de complices d’autrefois comme avec des musiciens plus jeunes et sa route croise notamment celle de Kenny Garrett, Wallace Roney, Christian McBride, Steve Gadd, Béla Fleck, Gary Burton, John McLaughlin, Vinnie Colaiuta, Hiromi, Bill Connors, Jean-Luc Ponty, Eddie Gomez, Paul Motian, Marcus Gilmore et Tim Garland, pour n’en citer qu’une poignée…

Encore très actif ces dernières années tant au disque qu’à la scène, Chick Corea s’est éclipsé soudainement. Et l’avalanche d’hommage des musiciens sur les réseaux sociaux, ses contemporains comme ses élèves ou héritiers, montre bien l’importance de sa contribution à le grande histoire du jazz.

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