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Arno, quel bazar !

Un nouvel album bilingue pour le plus génialement barge des chanteurs belges !

Par Nicolas Magenham | Vidéo du jour | 17 septembre 2019
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Santeboutique signifie « bazar » en belge (clin d’œil au Brol de sa compatriote Angèle ?), et c’est le désordre du monde contemporain qui est la source des angoisses d’Arno dans son nouvel album studio, le treizième, haut en couleur.

Ce qui effraie le chanteur de 70 ans, c’est avant tout le conservatisme qui gangrène progressivement l’Europe, et dont il redoute l’issue. Le morceau qui ouvre le disque (They Are Coming) est d’ailleurs une sorte de pastiche de films d’horreur, dans lequel Arno décrit le cauchemar que représente l’arrivée des populistes. En réaction, comme pour insister sur l’importance du mélange des cultures, cet album est bilingue (français/anglais), un peu à l’image de la musique – mariage de rock et de sonorités synthétiques.

Avec cet état de fait, on comprend alors pourquoi l’interprète de Dans les yeux de ma mère se tourne si souvent vers une nostalgie qu’il considère comme consolante. C’est probablement le titre Ostende bonsoir qui est le plus parlant, à cet égard. Dans cette description émouvante de sa ville natale, Arno se remémore le bonheur de son enfance dans un lieu qui n’était pas encore dirigé par l’extrême droite. « Spilliaert allume la digue, comme tous les soirs/Il nous peint les marées, le ciel et nos regards/Je suis seul avec toi, Ostende bonsoir », écrivent Arno et Sophie Dewulf (également parolière de Tjip Tjip c’est fini).



Pour exorciser toutes ces angoisses, rien ne vaut aussi l’humour absurde et la célébration de la musique comme exutoire, à l’image des Saucisses de MauricePour détruire sa tristesse/Elle chante vive les saucisses de Maurice »). A noter que cette chanson fut créée à l’occasion d’un court-métrage racontant l’histoire d’une jeune femme végétarienne dont l’amant est « Maurice le charcutier ». On retrouve ce même esprit surréaliste et libérateur lorsqu’il chante « les pirouettes des Claudettes » sur des guitares rock (Ça chante). Mais non loin de là se trouve aussi l’artiste en proie aux addictions (Lady Alcohol) et à la solitude menant à la folie (Court-circuit dans mon esprit).



Finalement, c’est Arno dans sa globalité, quasiment nu, qui est présent dans ce disque – depuis sa voix rocailleuse au charme et à la musicalité désarmantes, jusqu’au bordel rock aussi noir que léger, en passant par des paroles aussi décapantes que poétiques.

On notera enfin les arrangements au cordeau signés John Parish (producteur de PJ Harvey), lesquels parviennent à lier avec sensibilité les contradictions géniales et fulgurantes d’Arno.

En 2012, à l'occasion de la sortie de Future Vintage Qobuz rencontrait le charismatique bonhomme :



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