Mardi 1er février, András Schiff est en concert à Paris, au Théâtre des Champs-Elysées. Son récital sera exclusivement consacré à Schubert…

Le pianiste hongrois András Schiff reste injustement négligé en France, en raison sans doute d'une analyse un peu rapide de son legs discographique chez Decca. Mais un musicien, si exceptionnel soit-il, peut-il être bon tout le temps, dans le cadre de vastes projets d'intégrales comme Schiff l'a ainsi assumé au cours des années 1980 (Bach, Mozart, Schubert).

Et en effet, ses disques Bach de l'époque décevaient franchement par leur mollesse rythmique et des phrasés hésitants. Ses derniers enregistrements ECM changent complètement la donne. Si on en doute encore, la publication il y a quelques mois par le label munichois d’une nouvelle intégrale des Partitas de Bach invite sérieusement à la redécouverte de son legs : cette vision dionysiaque de la polyphonie du Cantor de Leipzig, d’une vitalité irrépressible, et d’une fantaisie débridée, donnait un nouveau souffle à la discographie de ces œuvres, épuisée par de superbes interprétations baroqueuses (Gustav Leonhardt, Scott Ross chez Erato, Lars Ulrik Mortensen chez Kontrapunkt) et pianistiques isolées (Queffélec, Lipatti, Egorov, Nikolayeva). Pour goûter cet art si vivant, il faut écouter sur YouTube cet extrait que le pianiste donna avec les Berliner Philharmniker il y a quelques mois du Concerto en ré mineur BWV 1052 : polyphonie en transe, phrasés et respiration infiniment naturels - et on y retrouve parfois l'incandescence de Dinu Lipatti :

Bach: Piano Concerto No. 1 / Schiff · Berliner Philharmoniker

Berliner Philharmoniker

A peu près tout chez András Schiff est en réalité à découvrir ! Son intégrale Beethoven chez ECM, passée inaperçue en France, est l'une des réalisations discographiques les plus passionnantes dans ce répertoire, concurrençant aisément celle - surmédiatisée - de Stephen Kovacevich (EMI), trop excessive.

Réalisée à la Tonhalle de Zürich, celle de Schiff bénéficie d'une magnifique prise de son, et montre un jeu élancé et parfaitement équilibré. Extraordinaire Sonate n°28 par exemple - formidable même dans sa Fugue Finale, d'une intensité rare, du fait d'une articulation extrêmement précise et d'un sens exemplaire de la registration. (Seul Schiff rejoint le charme tempétueux et l'accomplissement poétique des réalisations de Bruno Leonardo Gelber chez Denon).

Souvent dénigrés, les nombreux opus chez Decca offrent de véritables surprises. Aux cotés d'un (très) rare disque de Concertos de Schumann et Chopin avec le formidable Antal Dorati à la tête du Concertgebouw Orchestra, ou encore un superbe Concerto de Dvorák (en live à Vienne, en 1988) avec Christoph von Dohnanyi, il y a surtout une intégrale Schubert des plus remarquables. A dix mille lieux du volontarisme philosophique d'un Alfred Brendel, le pianiste hongrois, sur un très beau piano Bösendorfer, retrouve le charme du Wanderer, le mystère de l'instant si particulier à Schubert. Exceptionnel !

C'est justement Schubert qu'András Schiff a choisi d'interpréter sur la scène du Théâtre des Champs Elysées le 1er février, et plus précisément les Six Moments musicaux D 780, Impromptus D 899 & D 935 et les Klavierstücke D 946. Une occasion à ne pas manquer pour goûter l'art d'un des pianistes les plus passionnants d'aujourd'hui, qui a atteint aujourd’hui une maturité de jeu, d’intelligence, de compréhension du texte absolument sidérantes.

Le site du Théâtre des Champs-Elysées