Avec leur nouvel album « Lover’s Game », le duo de choc composé de Tanya et Michael Trotter peaufine sa soul vintage viscéralement rock’n’roll. De l’americana groovy à souhait.

Comme ils sont mari et femme, afro-américains et déversent un torrent de rock’n’roll vintage pétri de soul bien nerveuse avec quelques effluves blues et un soupçon de country et de gospel, on pense vite à Ike et Tina Turner. D’autant que la pochette de leur nouvel album, Lover’s Game, est une sorte de détournement de celle de Workin’ Together, le chef-d’œuvre enregistré par ces mythiques aînés en 1970. Pourtant, Tanya et Michael Trotter alias The War and Treaty vivent bien en 2023 ! Et la consanguinité parfois flagrante avec Ike & Tina ne les tétanise pas vraiment. Ni dans l’énergie qu’ils insufflent à leurs compositions, ni dans l’agencement de celles-ci…

The War and Treaty - Lover's Game (Live Performance)

TheWarAndTreatyVEVO

Débutée en 2014 sous le nom de Trotter & Blount, leur saga musicale – devenue The War and Treaty en 2017 – s’est attachée à faire briller de mille feux des histoires éternelles de conflits et de rédemption. L’amour évidemment, que leurs deux voix splendides, capables du velours le plus soyeux comme de la rouille la plus rugueuse, s’amusent à maltraiter ou à caresser. C’est d’ailleurs dans l’association parfaite de ces deux organes électriques, dans leur complicité sans faille aussi, que réside la force d’un duo made in Michigan qui pourrait mettre le feu à un stade rien qu’en chantant le mode d’emploi qu’un grille-pain…

Premier album des Trotter à sortir sur une major (Universal), Lover’s Game bénéficie des doigts de fée de Dave Cobb, producteur phare de l’americana ayant notamment fait des étincelles pour Chris Stapleton, Brandi Carlile, Sturgill Simpson et Jason Isbell. Dans la richesse de l’instrumentation (guitares à foison, orgue, slide, piano, batterie moelleuse…) et sans forcer sur les basses, Cobb a conçu l’écrin parfait à ces chansons dépeignant avec justesse la vulnérabilité comme la passion brûlante de l’amour sous toutes ses formes. « Du riff de guitare d’ouverture à la dernière note de piano, décrit Tanya Trotter, l’amour est ici l’intention et le sujet majeur. Nous en avons traversé toutes les phases ensemble et ne pourrions être plus enthousiastes à l’idée de partager cette autre tranche de notre histoire. » Le sujet les stimule tellement que la rumeur veut qu’ils aient aligné pas moins de 100 chansons avant de sélectionner celles de Lover’s Game !

The War and Treaty - Have You A Heart (Official Music Video)

TheWarAndTreatyVEVO

De la bouteille et de l’engrais à chansons, The War and Treaty en a à revendre ! La rencontre a lieu en 2010, et chacun a déjà des choses à raconter. Tanya a dégainé sa voix puissante, en 1993, aux côtés de Lauryn Hill dans Sister Act 2. Vite remarquée, elle signe un premier album solo, Natural Thing sous son nom de Tanya Blount en 1994. Deux ans plus tard, Puff Daddy l’embarque sur son label Bad Boy, le temps de quelques singles mais pas d’album. Cette carrière de énième reine du R&B n’ayant jamais décollé, elle passe les années 2000 sur scène dans de nombreuses comédies musicales. De son côté, Michael s’engage dans l’armée en 2003. À 21 ans, il se retrouve parachuté à Bagdad en pleine Guerre d’Irak, assistant à la mort au combat de nombreux compatriotes.

Dans un palais abandonné de Saddam Hussein, il trouve un piano sur lequel il se tente d’improviser des chansons pour oublier l’horreur de son quotidien. Comme il le racontera dans une interview au magazine Rolling Stone : « Je n’étais pas intéressé par la composition. J’étais intéressé par ‘Mais bon sang comment on va avancer ?’ Aujourd’hui, je suis en surpoids, je suis atteint du syndrome de stress post-traumatique et je fais régulièrement des cauchemars sur la guerre ! » En filigrane ou de façon explicite, tout ce qu’ont vécu Tanya et Michael est le carburant le plus efficace de leur art qui en a charmé plus d’un. Notamment celles et ceux qu’ils ont invités sur leurs précédents albums, comme Emmylou Harris sur Here Is Where the Loving Is At, extrait d’Healing Tide (2018), ou Jason Isbell sur Beautiful, pour leur album Hearts Town (2020). À ce rythme, The War and Treaty est bon pour rejoindre au panthéon des grands duos les Ike & Tina Turner, Marvin Gaye & Tammi Terrell, Ashford & Simpson et Otis Redding & Carla Thomas !

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