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Olivier Greif

« Le compositeur français Olivier Greif est né en 1950 à Paris et mort dans cette même ville en 2000. Précoce et doué, il entre au Conservatoire de Paris où il étudie la musique de chambre avec Jean Hubeau, la composition avec Tony Aubin, l'orchestration avec Marius Constant et le piano avec Lucette Descaves. En 1969, il diversifie son cursus à New York avec Luciano Berio dont il devient bientôt l'assistant. Sa triple carrière de pianiste, pédagogue et compositeur l'a mené à séjourner et se produire à travers l'Europe, ainsi qu'aux Etats-Unis et au Japon. À son catalogue, on compte 361 numéros d'opus (certes, seules 80 oeuvres sont réellement achevées, le reste étant esquisses, pages isolées, brouillons, inachevés), parmi lesquels vingt-trois sonates pour piano, trois concertos, une symphonie, un requiem, plusieurs pièces de musique chambre et de nombreuses mélodies. Son style ne quitte jamais la tonalité, tandis que son inspiration puise autant dans les chants folkloriques que dans le jazz, dans la musique de Britten ou de Chostakovitch et de celle des compositeurs états-uniens de sa génération. »



Voilà quelques lignes bien plates et convenues, que l'on pourrait appliquer à plus ou moins n'importe quel compositeur-pianiste-pédagogue français de bon niveau, en changeant les noms des maîtres. Mais il s'agit ici d'Olivier Greif, et ce n'est vraiment pas le premier musicien venu, même si le nom n'est pas encore connu à la mesure de son véritable génie. Il faut dire que Greif eut un parcours atypique, tortueux, fait de démarrages, de virages, d'hésitations, de doutes, de réussites et d'échecs dont la portée humaine furent la base même de son langage musical. Pendant plusieurs années, par exemple, il se plaça volontairement dans le sillage d'un gourou indien new-yorkais, Sri Chinmoy, qui l'affublera du surnom de «Haridas», ou « serviteur de Dieu », que Greif abandonnera après une décennie de fidélité.



Mais de 1984 à 1991, sous cette influence, il n'aura pratiquement rien composé. Son catalogue compte, certes, bon nombre de pièces de cette époque, mais ce sont en fait de brèves pages isolées pour des célébrations familiales, des esquisses, des brouillons, et beaucoup d'inachevés : strictement rien de la moindre ampleur. Greif (alors Haridas Greif) partagea cette époque de sa vie entre ses concerts, l'enseignement à l'Académie des Arcs, et le prosélytisme religieux de Sri Chinmoy dont il devient une sorte de tête de pont en France. Il convient donc de distinguer deux périodes dans sa vie créatrice, l'avant-Haridas, l'après-Haridas.



Entre 1965 (il n'a que quinze ans) et 1984, ce sont quelque vingt années d'intense activité créatrice au cours desquelles il écrit cent soixante dix pièces, dont son grand cycle de mélodies Les Chants de l'Âme (débutés en 1979, achevés en 1995 après l'hiatus de sept années creuses évoqué plus haut), l'un des plus magnifiques recueils de mélodie de notre temps - à ne manquer sous aucun prétexte. Il compose déjà dix-huit de ses vingt-cinq Sonates pour piano avant 1977 (la dix-neuvième devra attendre 1993), de nombreux ouvrages de musique de chambre - surtout pour violoncelle -, quelques oeuvres pour choeur et orchestre dont beaucoup ne sont toutefois pas achevées ou orchestrées. Il est à noter que parmi ces 170 numéros d'opus, seule une poignée a été jusqu'ici enregistrée, mais les défenseurs de la musique d'Olivier Greif oeuvrent pour mener à bien le plus grand nombre d'enregistrements possible, ou du moins d'exécutions publiques. La consécration de sa première période arrive en 1981 lorsque l'Opéra de Paris, l'IRCAM et le Festival d'automne se joignent pour lui commander l'opéra de chambre .



Après l'interruption mystico-hindoue, Olivier Greif reprend la plume de plus belle ; on peut constater que son langage assez sombre pendant l'avant-Haridas, devient d'un singulier noir éclatant au cours des dernières années de sa vie. Là où le déchirant Wiener Konzert de 1974 comportait encore quelques accents grinçants à la George Grosz (si l'on veut bien accepter un parallèle dans la peinture et l'illustration), là où la sonate pour violon et piano Meeting of the Waters de 1976 allie jazz et Chostakovitch, dans un langage très mouvant et irrésistible, les oeuvres de l'ultime période semblent se mouvoir dans un monde désespéré, insondablement profond, où l'urgence d'écrire transparaît à chaque instant. Eventuellement peut-on également y déceler un ton incantatoire, extatique, bien au-delà du dramatique et du tragique. C'est à cette période qu'appartiennent le magique concerto pour violoncelle Durch Adam's Fall de 1999 et le Requiem de la même année.



Le langage musical de Greif ? S'il faut vraiment le caractériser (au risque de le cataloguer, ce que chacune de ses partitions rend impossible), on peut dire qu'à partir de ses idées qui sont systématiquement originales et personnelles, il accueille volontiers la semence religieuse du chant grégorien, des chorals luthériens (dans sa Sonate de guerre, il transforme le chant Heidi, Heido, Heida - que l'on croit à tort être un hymne nazi alors que c'est une bête chanson à boire - en un émouvant choral schumannien, en basse de choral, en sujet de fugato, en sinistre délire pianistique, au cours d'une métamorphose parfaitement diabolique), du jazz, des mélodies populaires, de Mahler et de Berg (dans son Wiener Konzert par exemple), de Britten, de Chostakovitch et bien évidemment Schnittke à qui il rend hommage dans son surpuissant Trio de 1998, sans jamais le moindre soupçon d'académisme, même quand il joue fallacieusement la carte de la tonalité carrée et classique. Impossible de lui coller la moindre étiquette. Le tout dans une expression continuellement émouvante, poignante même, bouleversante souvent. Dans ces conditions, on comprend que la froide avant-garde des années 70 et 80 ne put jamais avoir la moindre prise sur lui, et à une certaine époque, cela signifiait, hélas, que l'on n'avait pas droit au chapitre.



Paul Dukas s'est bien rendu célèbre avec seulement L'Apprenti sorcier, Carl Orff avec Carmina Burana... Alors pourquoi ne se souviendrait-on pas d'Olivier Greif seulement pour les merveilleux Chants de l'Âme, la férocement géniale Sonate de guerre, le Quatuor avec voix, la douloureuse Symphonie, et naturellement l'extraordinaire Durch Adam's Fall dont la fin à elle seule, tout en céleste béatitude, lui ouvrirait les portes de tous les paradis. Puis le reste... et l'on reconnaîtra bientôt que Greif est un des deux ou trois plus grands compositeurs français de la seconde moitié du XXe siècle. Lui-même, d'ailleurs, avait conscience que son temps viendrait, et que l'on ne commencerait à comprendre sa musique qu'après sa disparition.



© Qobuz 01/2013
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