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Alternatif et Indé - Paru le 3 octobre 2019 | Ghosteen Ltd

Hi-Res Distinctions Pitchfork: Best New Music
Au temps jadis, Nick Cave faisait du rock’n’roll avec ses Bad Seeds. Les années ont fait leur travail. L’Australien a trempé sa plume dans d’autres encriers. Et la mort lui a prématurément volé un fils de 15 ans. Depuis, son art est devenu un exutoire mystique atteignant son paroxysme avec Skeleton Tree, l’un de ses plus beaux disques mais aussi l’un des plus complexes à appréhender. La création dans le deuil, pour le deuil et par le deuil a toujours traversé l’histoire de l’humanité. Avec cet album qu’il publia en 2016, Cave devenait, lui aussi, un artisan de plus de ce contexte pesant et tétanisant. Plus aucun rempart n’existait entre l’horreur de ce qu’il vivait – et vit toujours – et les mots et les notes qu’il enregistrait. Du sans fard, épuré, ni indécent, ni racoleur. Trois ans plus tard, le plus habité des crooners rock réussit à concevoir une suite bouleversante à ce Skeleton Tree qu’on pensait insurpassable. Dix-septième copie studio rendue par les Bad Seeds, Ghosteen, dans lequel on n’entre pas comme dans un disque de la Compagnie Créole, est découpé en deux : « Les chansons du premier album sont les enfants. Les chansons du deuxième album sont leurs parents. » En 2017, Cave avait déclaré que le Bad Seeds suivant ne serait pas une réponse à Skeleton Tree mais plutôt « la finalisation artistique d’une trilogie commencée avec Push the Sky Away. » Sur le plan mélodique ou rythmique, les onze pièces de Ghosteen n’ont rien de conventionnel. Les mots et surtout le chant du maître de maison en sont le moteur, le cerveau et les poumons, alimentés par les nappes climatiques des synthés et des boucles conçues par Warren Ellis ; par quelques notes d’un piano hanté ou d’un violon lointain aussi. Nick Cave devient ainsi un frère d’armes de Leonard Cohen et de Scott Walker. De la Nico de Desertshore aussi. Mais l’Australien est surtout seul au monde dans cette œuvre où la douleur devient rêve et les larmes se transforment en rosée du matin. Mêler ainsi désespoir et empathie, tristesse et foi, est une chose assez inédite dans l’histoire de la musique populaire du temps présent. Une sensation parfaitement symbolisée par la pochette de l’album : un dessin aussi beau que kitsch, comme échappé d’un recueil de contes de fées avec animaux fantasmés et végétation multicolore. On sort de l’expérience Ghosteen sans savoir si tout ceci est le paradis ou l’enfer. Ou les deux à la fois ? © Marc Zisman/Qobuz

L'interprète

Nick Cave & The Bad Seeds dans le magazine