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Matthias Goerne

Le baryton allemand a comblé le grand vide laissé par la perte de Dietrich-Fischer Dieskau qui avait régné presque sans partage durant toute la seconde moitié du 20 siècle. Evidemment la voix, plus sombre que celle de son prédécesseur, n’est pas la même, mais Matthias Goerne s’est rapidement imposé comme un exceptionnel récitaliste, grâce à une diction toujours au service des textes et une expression tournée vers l’intérieur. Peu attiré par l’opéra qu’il pratique de manière parcimonieuse, c’est avant tout un chanteur de Lieder et d’oratorio.


Sa naissance, au cœur d’une famille d’artistes en 1967, en République démocratique allemande (RDA) a certainement conditionné son approche musicale dans un pays où le chant faisait partie intégrante de la culture ambiante. Matthias Goerne a gardé de ces années là des émotions fortes, comme d’avoir entendu le ténor Peter Schreier, avec Sviatoslav Richter au piano, dans cette Winterreise (Le Voyage d’hiver) de Schubert qu’il chantera si souvent lui-même. Le mélange de sensualité et d’érotisme de Schreier, ajouté à sa parfaite compréhension du texte et à la justesse du sentiment l’on marqué à jamais. Mais c’est avec Dietrich Fischer-Dieskau et Elisabeth Schwarzkopf que le jeune homme va se perfectionner après ses études à la Musikhochschule de Leipzig. Fischer-Dieskau l’encourage à trouver sa propre manière sans lui imposer de suivre son exemple, ce que Goerne appréciera au plus haut point, gardant un souvenir lumineux de cette collaboration. Un enseignement aux antipodes de celui de Schwarzkopf qui le forçait à chanter selon sa demande. Mais finalement, c’est elle qui l’a amené à se découvrir lui-même.


Choisissant avec soin un petit nombre de rôles, on l’a vu incarner un bouleversant Wozzeck à l’Opéra de Zurich puis pour ses débuts à Covent Garden et au Met de New York. A Paris, il a chanté Wolfram  (Tannhäuser), le rôle titre de Lear d’Aribert Reimann et celui de Mathias Grünewald dans Mathis der Maler de Hindemith. Après avoir chanté Papageno dans La Flûte enchantée, il sera, la maturité étant arrivée, Sarastro dans la prochaine production de cet opéra au Festival de Salzbourg durant l’été 2018. Ce grand interprète de Schubert n’est jamais figé, spécialement dans le Voyage d’hiver, ce cycle sans soleil qui marche paisiblement vers la mort sans aucun espoir. Laissant à ses partenaires pianistes (Eschenbach, Ashkenazy, Brendel, Ushida, Leonskaya, Andsnes, Trifonov, Wang) la latitude de s’exprimer à part entière pour établir un vrai dialogue, Goerne donne un caractère de plus en plus mélancolique, voire halluciné à ce parcours sans issue.


Chanter sur le souffle, sur un fil, avec une infinie tendresse, c’est aussi ce qui émeut tant dans l’art de Matthias Goerne, comme dans son splendide enregistrement du Liederkreis, op. 39 de Schumann avec Erich Schneider qui épouse au piano les moindres inflexions, les moindres murmures de sa voix. Le chanteur allemand est aussi l’homme des découvertes, comme cet album bouleversant consacré à la musique de Hanns Eisler, compositeur banni par les nazis et qui s’est exilé aux Etats-Unis.


A l’approche de ses 50 ans, Matthias Goerne a décidé de se mesurer à Wotan et a commencé à enregistrer le Ring (Wagner), en live à Hong Kong, sous la direction de Jaap van Zweden pour le label NAXOS. La parution de l’ensemble des quatre opéras est annoncée pour la fin de 2018.


La magie de Matthias Goerne tient sans doute dans sa capacité de se renouveler constamment. C’est aussi ce souffle long qui lui permet d’étirer ses phrases avec un sens du legato qui vous vrille les sens. Une subjectivité qui pourrait paraître sur-interprétée, mais l’économie de moyens est si impressionnante qu’elle force l’écoute et emporte l’adhésion.© FH/Qobuz janvier 2018 

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