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Claudio Abbado

Lorsque Claudio Abbado disparait le 20 janvier 2014, emporté par un cancer à 80 ans, on sait qu'on ne verra plus sa silhouette devenue si frêle, son sourire généreux et cette gestique élégante réduite au minimum, faisant totalement confiance à des musiciens conquis depuis longtemps par la gentillesse et l'humanité de cette homme rayonnant...

Abbado c'était la musique et la modestie incarnées, ce qui ne va pas toujours de pair. Il était l'antithèse d'une vedette. Il ne conduisait ni yacht ni avion, se contentant de vouer sa vie à la musique avec un art d'un tel naturel qu'il pouvait passer pour de la distance ou de la superficialité. Mais cette manière simple de produire la musique reposait sur une véritable science des timbres, de l'équilibre, du style, de la vivacité dans une expression où son propre ego ne prenait pas part. Cette clarté naturelle, héritée sans doute de la lumière de son Italie natale, il l'avait enrichie en étudiant à Vienne, cette incomparable capitale de la musique, car, comme l'écrivait Stefan Zweig, le plus haut degré de l'art est toujours atteint là où il est la passion de tout un peuple. Avec Abbado le miracle arrivait au concert. Les musiciens de Berlin ou de Londres avouaient s'ennuyer quelquefois lors des répétitions durant lesquelles les questions techniques étaient surtout abordées au détriment de l'expression. Puis, le magnétisme, l'ascendant du chef sur ses musiciens produisaient une espèce de miracle, poussant les instrumentistes à se dépasser. Claudio Abbado les inspirait. Ses dernières interprétations filmées à Lucerne sont d'ailleurs absolument bouleversantes. Le voir, par exemple, diriger la Neuvième Symphonie de Gustav Mahler est une expérience émotive d'une intensité rarement atteinte. Les musiciens de son magnifique et improbable Orchestre du Festival de Lucerne (constitué par des solistes de haut vol provenant de grandes phalanges internationales ou venus simplement pour le plaisir de jouer sous sa direction) touchent des doigts une perfection ahurissante et c'est cette perfection qui ajoute encore à la valeur de l'œuvre elle-même.

Jusqu'au bout Claudio Abbado avait le désir de partager et d'enseigner, comme cet Orchestra Mozart, mort avec lui, puisque la suspension de son activité avait été annoncée quelques jours seulement avant sa mort, suite à la combinaison de la crise financière et des graves problèmes de santé du chef. Fondé en 2004 à Bologne, cet ensemble de "Formation Mozart" (35 musiciens avec les bois par deux, cors, trompettes et timbales) était un tremplin pour des jeunes musiciens de tous les pays encadrés par de grands professionnels, comme Giuliano Carmignola, Wolfram Christ, Jacques Zoon ou Alessio Allegrini. Ensemble ils ont réalisé une série d'enregistrements remarquables pour la Deutsche Grammophon, consacrés à Mozart, Schumann et d'autres. Réalisés au cours de concerts donnés en Italie, ils sont les témoins de l'art à la fois raffiné et élégant de cette incomparable baguette.

Par la grâce de la technique, les musiciens ne meurent plus et la seule consolation d'une telle disparition réside dans les très nombreux enregistrements (audios et vidéos) laissés par Claudio Abbado. Au printemps 2013, DG avait publié deux coffrets essentiels pour nous souvenir des interprétations du grand chef italien. Une somme et le fruit de toute une vie de musique présentés en 41 CDs, répartis en deux volumes et classés selon la chronologie historique depuis des Symphonies de Mozart jusqu'à celles de Mahler, en passant par Haydn, Beethoven (deuxième intégrale d'Abbado avec l'Orchestre Philharmonique de Berlin), Schubert, Mendelssohn, Brahms et Bruckner. Le Maestro italien dirige les phalanges les plus prestigieuses, Berlin, Vienne, le Mahler Chamber Orchestra, le Chamber Orchestra of Europe, l'Orchestre du Festival de Lucerne et L'Orchestre Mozart. C'est à la riche histoire de la Symphonie que les mélomanes sont conviés, dans la perspective d'un seul chef dont le souci constant est de servir la musique avec éloquence et de démocratiser son accès pour tous et, spécialement, pour les jeunes musiciens. C'est dans cette perspective qu'il a créé l'Orchestre de jeunes de la Communauté européenne, l'Orchestre des jeunes Gustav Mahler et, en 2004, l'Orchestra Mozart. Il s'est aussi beaucoup impliqué comme directeur artistique de l'Orchestre de Chambre d'Europe et a été invité à diriger l'Orchestre Symphonique des Jeunes du Venezuela Simon Bolivar.

Claudio Abbado était à l'aise au concert comme dans la fosse, spécialement celle de la Scala de Milan dont il a été le directeur artistique de 1968 à 1986. Artiste engagé politiquement, ses prises de positions contre l'intervention américaine au Vietnam ou contre l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie lui valent l'inimitié d'une grande partie de la classe politique. Ce sera cependant une des époques les plus riches de la célèbre scène italienne avec des réussites majeures dont le disque se fait l'écho, notamment avec des opéras de Verdi dont Abbado était un interprète idéal, comme Macbeth, Simon Boccanegra, Aïda, Un Bal masqué ou en encore Don Carlos.

Un artiste lumineux et humaniste doté d'une conscience, voilà ce qui restera de l'homme dont on pleura la disparition le lundi 20 janvier 2014.
© François Hudry / Qobuz

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