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Christophe

Difficile de ne pas lire un texte consacré à Daniel Bevilacqua, alias Christophe, sans y croiser les mots « dandy » et « ovni »… Celui qui naquit le 13 octobre 1945 à Juvisy-sur-Orge en région parisienne, faisait surtout partie de ces chanteurs français totalement inétiquetables. De ces musiciens touchant à la fois grand public et branchés, capable de signer une friandise limite kitsch comme un trip totalement expérimental et déjanté. Une musique kaléidoscopique à l’image de la vie de son auteur. Une musique fascinante, troublante et surtout passionnante…

Passion rime pour Daniel Bevilacqua (son vrai nom), avec musique mais également cinéma, un art lui aussi indissociable du sien. Le jeune Francilien qui grandit à la fin des années 50 est surtout fasciné par l’Amérique et ses légendes nommées Elvis Presley, James Dean, John Lee Hooker ou bien encore Marylin Monroe. Guitare et harmonica en guise de premières armes, il se lance dans l’aventure rock’n’roll en fondant, en 1961, Danny Baby et les Hooligans. Dès cette embardée yéyé, il chante en yaourt, faux anglais qu’il baptisera plus tard yop… Rapidement, Christophe s’exprime en solo et enregistre, deux ans plus tard, un premier single : Reviens Sophie. En 1965, le slow Alinefait de lui une star nationale. Le million d'exemplaires écoulé de ce titre donnera d’autres tubes, plus ou moins heureux : Les Marionnettes, J'ai entendu la mer, Excusez-moi, Monsieur le professeur… Un succès qui lui permet d’assouvir une autre passion, les belles voitures. Au volant de Lamborghini et autres Ferrari, Christophe anéantit les autoroutes et enquille les condamnations pour excès de vitesse. En 1967, il signe la bande originale du film de Georges Lautner, La Route de Salina avec Mimsy Farmer, Robert Walker Jr. et Rita Hayworth. Mais cette fin des années 60 le voit s’éloigner progressivement des sunlights.

Nouvelle décennie (70), nouveau look (moustache et crinière blonde) et nouveau label (Motors créé par Francis Dreyfus), Christophe s’éloigne de l’image proprette d’Aline et réapparait dans les charts avec Mal et Mes passagères en 1971 et Oh mon Amour, Main dans la main, Belle et Rock Monsieur en 1972. Une époque où Dreyfus présente à Christophe un jeune parolier nommé Jean-Michel Jarre qui lui écrit l'album Les Paradis perdus. Succès immédiat et l’opus se retrouve aux premières places des ventes aux côtés de Gainsbourg, devant Manset, Polnareff et Dutronc. Nouveau succès en 1975 avec l'album et le single Les Mots bleus. Christophe se fait de plus en plus dandy légèrement décadent chantant d'un air détaché Le Dernier des Bevilacqua ou le tubesque Señorita. Une période un brin dépressive qui l’expédie sur les sables mouvants de la consommation de stupéfiants… En 1976, Christophe travaille avec Boris Bergman pour Samouraï. Deux ans plus tard né l’album Le Beau Bizarre – l’un de ses préférés – qui n'aura malheureusement pas le succès de ses prédécesseurs malgré de bonnes critiques… En 1980, le chanteur collabore avec son beau-frère Alan Kan pour Pas vu, pas pris. En 1983, son troisième plus gros succès en single sera à nouveau une ballade, Succès fou. L’année suivante, il publie Voix sans issue en yaourt… Sa production se met alors à ralentir : deux titres pour le Corynne Charby, un album d'adaptations de standards anglo-saxons des années 40 et 50 (Clichés d'amour), des singles (dont Ne raccroche pas adressé à Stéphanie de Monaco, ou Chiqué chiqué en 1988). En 1995, Christophe quitte les Disques Motors pour Epic.

L’année suivante, en 1996, il publie alors le très ambitieux et avant-gardiste Bevilacqua, où on l'entend notamment en duo avec Alan Vega du groupe Suicide ! Passionné de synthés et des possibilités qu'offrent les ordinateurs, Christophe bricole et travaille sa voix, son son et sa musique dans son home studio. Aux structures classiques couplets/refrains succèdent des expérimentations en tous genres. Des trips beaux et osés qui se concrétisent au disque, cinq ans plus tard, avec l’album Comm' si la terre. Il annonce son retour sur scène (son dernier concert date alors de 26 ans !) et s’installe à l’Olympia pour une série de concerts. En 2004, il chante en duo avec son ami Alain Bashung, sur la scène de l'Élysée Montmartre, Les Mots bleus et Amsterdam. Peu le savent alors mais les deux hommes étaient inséparables aux premières heures de Motors, déjeunant presque quotidiennement ensemble… Parmi ses autres « piges » notables, on entendra sa voix, en 2007, sur L'un dans l'autre, extrait de l'album Arkhangelsk d’Erik Truffaz. 

L’année suivant parait chez AZ son disque sans doute le plus étonnant, aventureux et beau : Aimer ce que nous sommes. Une œuvre ample sur laquelle Christophe travaillait depuis 2004, enregistrée entre Paris, Séville et Londres, réalisée par Christophe Van Huffel du groupe Tanger et à laquelle ont participé Isabelle Adjani, Daniel Filipacchi, Florian Zeller, Murcof, Jac Berrocal, Carmine Appice et son ancien producteur Francis Dreyfus. En 2011, Christophe participe à l'album tribute à Bashung, Tels Alain Bashung, à celui consacré à Jacno (Jacno Future), est invité par Julien Doré sur la scène de l'Olympia et chante en duo Boby avec la chanteuse Loane. En mars 2013, il sort Paradis retrouvé, étonnante compilation de ses années Motors (treize titres nés entre 1972 et 1982), un disque surtout en guise d’hommage à son ami Francis Dreyfus disparu en juin 2010.


Huit ans après son précédent album, le magnifique Aimer ce que nous sommes, Christophe redescend sur notre planète avec Les Vestiges du chaos. Comme à l’accoutumé chez notre dandy-ovni célébré par la plèbe comme par les hypsters, les genres se croisent et se décroisent. Electro, pop, blues, new age, rock, tout y passe. A 70 ans passés, le dernier des Bevilacqua, capable de signer une friandise limite kitsch ou un trip expérimental et déjanté, était une fois de plus impressionnant dans ses errances lunaires et belles. Christophe a toujours en ligne de mire la mélodie. Quel que soit l’habit qu’il lui offre, elle est centrale à son art. Cette fois, il embarquait notamment avec lui dans son équipée sauvage Alan Vega du groupe Suicide, son vieux complice Jean-Michel Jarre (qui fut le co-auteur des Mots bleus et des Paradis perdus), Boris Bergman ou bien encore la comédienne Anna Mouglalis. Il signait également un touchant hommage au couple Lou Reed/Laurie Anderson. Saint Christophe avait encore frappé ! Mais le 15 avril 2020, c'est la mort qui frappe Daniel Bevilacqua, emporté par Covid-19. Christophe avait 74 ans... © Qobuz

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