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Les éditos

Selon vous, de quand date le premier concert en streaming et en direct ?

Par Le Symphoman |

Quand a eu lieu le premier streaming d'un concert en direct ? 1987 ? 1992 ? Que nenni : en 1882 !

Le Théâtrophone
On l’ignore généralement, mais le principe du concert en direct et en streaming, payant à la demande, n’a rien de nouveau. Il fut développé… en 1881 à Paris : c’est le Théâtrophone, réseau téléphonique relié à l’Opéra de Paris, à la Comédie française, à l’Opéra-Comique etc., permettant d’écouter les spectacles en restant dans ses pénates à l’aide d’un système dédié, pour une écoute – déjà – stéréophonique ; les appareils familiaux plus sophistiqués disposaient même de quatre écouteurs pour pouvoir entendre les concerts à plusieurs. Le Philharmonique de Berlin essaya le principe en 1883. Certes, on accédait uniquement au son, mais le principe du direct à la demande utilisait bel et bien une ligne téléphonique, comme Internet aujourd'hui. Le Théâtrophone, présenté à Paris lors de l’Exposition internationale d’Electricité (1881), est l’invention de Clément Ader. Oui, oui, le Clément Ader père de l’aviation française.

En février 1883, le Philharmonique de Berlin adopta ce même système mais, initialement, la retransmission se faisait de la salle de la Philharmonie… vers les locaux de la Philharmonie, dans une salle distante seulement de quelques dizaines de mètres, permettant à une considérable marée humaine de douze personnes d’écouter le concert par téléphone.

C’était là le premier essai, et très bientôt le système fut relié à un réseau téléphonique extérieur qui envoyait les retransmissions au palais Urania de Berlin – une sorte de Palais de la découverte, équipé de postes de réception à écouteurs. En Allemagne, le principe du Théâtrophone resta toutefois du domaine du gadget technique, tandis qu’en France, en Belgique, en Suède, en Grande Bretagne, l’écoute à la demande et, surtout, l’écoute disponible chez soi, devint une véritable institution, jusqu’à l’arrivée en masse de la diffusion radiophonique. En 1893, la Compagnie du Théâtrophone comptait quelque 1300 abonnés en France, payant 180 francs annuels d’abonnement et de location de l’appareil, plus 15 francs par représentation, une fortune. On pouvait également écouter les diffusions sur des récepteurs installés dans des lieux publics, payables avec des jetons. Dès 1887, l’Opéra de Paris sera disponible dans ses pantoufles à Bruxelles. Grâce aux immenses retombées financières du Théâtrophone, Clément Ader put développer… ses avions.

Ténor hurlant pour le Théâtrophone
Le premier concert des Berliner Philharmoniker diffusé en direct fut un grandiose hommage à Wagner, disparu quelques jours auparavant en février 1883. Trois heures de spectacle (ou trois heures d’écouteurs collés sur les oreilles, ouille !), dirigé par Ludwig von Brenner, avec les ouvertures de Rienzi, Lohengrin, Parsifal et Tannhäuser, les adieux de Wotan dans la Walkyrie, la marche nuptiale de Lohengrin, l’Enchantement du Vendredi saint de Parsifal, « Morgenlicht » des Maîtres chanteurs, et pour finir en fanfare, la future musique d’Apocalypse Now. Réservations téléphoniques au 490 svp. Les billets familiaux achetés à la douzaine sont valides, quand bien même il s’agit d’un concert exceptionnel – qu’on se le dise. Les portes de la salle restent fermées pendant les morceaux.

Le Philharmonique de Berlin ne proposera les concerts par téléphone que jusqu’en 1896, pour une diffusion limitée au palais Urania – donc jamais rien qui arrivât chez les particuliers, à la différence de la France et de l’Angleterre. Le flambeau du streaming philharmonico-berlinois ne sera rallumé que cent douze ans plus tard, en 2008, avec le magnifique système du Digital Concert Hall, diffusion en direct sur Internet à la demande – avec l’image, cette fois. Et sans que vous ayez à mettre un jeton dans votre ordinateur !