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Dolly de Fauré, ce n'est pas que la (presque trop) célèbre Berceuse à six francs...

La suite Dolly comporte six pièces en tout, dont la Berceuse n'est peut-être pas même la plus inspirée, ni la plus fauréenne... Petit retour sur six cadeaux d'anniversaire écrits entre 1893 et 96 pour la fillette de sa maîtresse Emma Bardac, la future femme de Debussy - Emma, pas la fillette.

Par symphoman | Les éditos | 11 février 2014
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En 1892, le beau et brillant quasi-cinquantenaire Gabriel Fauré rencontre - et aime, bibliquement parlant - la belle et brillante tout-juste-trentenaire Emma Bardac ; de cet amour naîtra Dolly , qui n'est pas, que les esprits les plus moraux se rassurent, un petit trésor de chair et d'os, mais un petit trésor de papier et d'encre. Quand bien même Dolly était le surnom que l'on donnait à la fille d'Emma Bardac, Hélène, qu'Emma avait eu tout bêtement avec son mari, duquel elle divorcerait d'ailleurs quelques années plus tard pour pouvoir épouser un autre compositeur : Debussy ! Non, non : la Dolly dont il est ici question est un recueil de six pièces pour piano à quatre mains que Fauré écrira au cours de quatre années, entre 1893 et 96, à l'attention de Hélène-Dolly, pour des anniversaires et autres réjouissances. La partie de droite semble considérablement plus simple que les deux mains de gauche ; Fauré aura-t-il destiné la partie aisée à l'enfant (ou aux enfants en général), l'accompagnement à un(e) pianiste plus expérimenté(e) ? Allez savoir.

Dans la Suite, c'est la première pièce qui reste, de nos jours, la seule vraiment célèbre : une Berceuse très fin-de-siècle, encore empreinte de cette insouciance que l'on attendrait plutôt du Second Empire que de la sombre époque de L'affaire Dreyfus et son cortège d'exacerbations politiques, humaines et sociales. D'ailleurs... la Berceuse date en réalité de 1864, tandis que la version que l'on connaît n'en est qu'une réécriture. L'observateur le plus placide ne pourra pas ne pas remarquer que des six pièces, c'est sans doute la plus superficielle, la plus "facile" (dans le bon sens du terme ; ce n'est quand même pas Clayderman ! Oscour !). Par contre, dès le second morceau, Mi-a-ou, on tombe dans le Fauré de la seconde maturité, beaucoup plus dépouillé, dépouillé surtout de l'ambiance de salon. Que l'aimable auditeur n'attende pas dans ce numéro une imitation féline telle que dans le Duo des chats de Rossini ou l'épisode des deux chats dans L'Enfant et les sortilèges. Il apparaitrait, selon le musicologue Jean-Michel Nectoux, que le manuscrit porte le titre Miaou dont l'allusion ne doit rien à minette, mais uniquement à la manière dont la toute jeune Hélène-Dolly prononçait le nom de son tonton, Monsieur Raoul, qui devenait Messieu Aoul - d'où Miaou que seul l'éditeur a jugé utile de métamorphoser en Mi-a-ou. Le diable sait pourquoi !

Emma Bardac et Hélène-Dolly
Suit Le Jardin de Dolly, une de ces si typiques et infinies phrases Fauréennes faites d'incessantes fuites harmoniques et thématiques ; il semblerait que le compositeur ait légèrement recyclé quelques accents de sa Sonate pour violon et piano, composée vingt ans plus tôt. Comme quoi un bon thème reste un bon thème, même lorsque la mode a changé. Par contre, la pièce suivante revient vers le faux chat : la Kitty-Valse n'a rien à voir avec le moindre matou non plus. Au mieux un toutou, puisque le chien des Bardac s'appelait Ketty, et le manuscrit, encore une fois, diffère de la première édition où la Ketty-Valse originale devient Kitty-Valse. Les éditeurs ont parfois de ces idées baroques.

Plus chromatique, plus énigmatique, Tendresse est un détournement de dédicace : initialement, Fauré l'avait écrite pour Adela Maddison, la belle "épouse d'un éditeur" - selon une source ; car d'autres chroniqueurs la classent sans hésiter dans le giron des maîtresses de Fauré, après qu'elle eût été son élève quelques temps - et, surtout, l'une des premières compositrices de renom : on lui doit des ballets, des opéras dont l'un fut quand même créé à Leipzig.

Fauré et la petite Mlle Lombard en 1913 ; jouaient-ils Dolly ?
Pour finir, Fauré rend hommage à son ami Chabrier avec Le Pas espagnol, une délicieuse espagnolade comme les musiciens français savaient si bien les inventer : plus espagnole que le roi d'Espagne ! La Suite fut créée en concert public par Cortot en Risler en 1898, mais Fauré lui-même aimait à la jouer "en famille" chez les amis, en particulier avec les jeunes gens - il prenait alors la partie de gauche, un peu plus difficile. Enfin, en 1906 Henri Rabaud en établit une orchestration particulièrement réussie, pétillante à souhait, boisée comme un bon porto à bulles, avec un tel naturel que l'on ne peut pas douter que Fauré lui-même (dont on sait d'ailleurs qu'il faisait souvent orchestrer sa musique par d'autres, élèves ou collègues) l'imaginait en son for intérieur en écrivant ses pièces.

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