Ce que pensaient les Sauvages des Indes galantes de la cour de Louis XV...

Le roi Louis XV et ses sbires, en recevant à Versailles quelques chefs amérindiens venus présenter leurs hommages, n'ont pas manqué de leur faire comprendre qu'ils n'étaient que des sauvages et qu'il importait surtout qu'ils fussent bien soumis aux Jésuites et à la cour française. Mais que pensèrent les visiteurs de Paris et de la cour ? Oups !

Les éditos | 1 janvier 2013
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Extrait des Nouveaux voyages aux Indes Occidentales de Jean-Bernard Bossu (1720-1792), écrits en 1751-62

Le grand Chef des Illinois sort de la famille des Princes Tamaroas, autrefois Souverains de toute cette contrée. Ce Cacique est le fils de celui qui passa en France, avec son cortège, en 1720. Il fut présenté au Roi, qui le décora d’une Médaille avec son portrait. Il y avoit aussi une femme de la nation des Missouris, qu’on appelait la Princesse des Missouris. La Princesse Indienne raconta à ses compatriotes la magnificence qu’elle avoit vu à la Cour de France, où elle avoit été bien accueillie, & comblée de présens.
J’ai parlé ici à un vieux Sauvage, qui étoit à la suite du Prince Tamaroas ; je lui fis plusieurs questions touchant à la France, & lui demandai ce qu’il avoit vu de beau à Paris ; il me répondit que c’étoit la rue des Boucheries, parce qu’il y avoit vu beaucoup de viande. Lorsqu’il disoit à ses compatriotes qu’il avoit vu l’Opéra, & que tous ce gens là étoient des Jongleurs ou sorciers ; qu’il avoit aussi vu, sur le Pont-neuf, des petits hommes qui parloient & chantoient (on entend aisément que ce sont des Marionnettes), ils ne vouloient pas le croire. Quand il leur raconta qu’il avoit vu au grand village des François (Paris) autant de monde qu’il y a de feuilles aux arbres de leurs forêts, il lui répondoient qu’apparemment les Européens lui avoient fasciné les yeux. Il ajouta qu’il avoit vu la cabane du Grand Chef des François, c’est-à-dire Versailles & le Louvre, qu’elles contenoient plus de monde qu’il n’y en avoit dans leur pays.
Un autre Illinois, qui avoit pareillement fait ce voyage, disoit avoir remarqué qu’aux Thuileries & dans d’autres promenades, des hommes moitié femmes, frisés en chignon comme elles, portant de même des pendants d’oreilles ; qu’il les avoit soupçonnés de mettre du rouge, & qu’il avoit trouvé qu’ils sentaient le crocodile (le Crocodile du Mississippi a des bourses garnies d’un musc plus fort que celui des indes Orientales ; son odeur est si violente, qu’elle se fait sentir souvent avant qu’on puisse voir l’animal).

Aucun rapport avec la musique, me direz-vous, et que fiche cet articlounet sur Qobuz ? C'est tout simplement que les "sauvages" en question (venus à Paris en 1725 et non pas 20 comme le dit Bossu par erreur) furent le modèle des Sauvages des Indes galantes de Rameau, un opéra-ballet écrit en 1736, avec force interventions dansées vaguement copiées sur les danses amérindiennes !

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