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Un week-end avec John Adams

Par Clotilde Maréchal |

Avec trois créations, des classiques et un oratorio de la nativité, la Philharmonie de Paris présente un beau panorama de l’art du compositeur américain John Adams les 10 et 11 décembre 2016.

John Adams est sans nul doute l’un des compositeurs les plus emblématiques de la scène musicale contemporaine outre-Atlantique. C’est pourquoi la Philharmonie de Paris a choisi de faire découvrir son œuvre grâce à une série de concerts exceptionnels le samedi 10 et dimanche 11 décembre 2016.

L’événement est exceptionnel car toutes les œuvres présentées (à l’exception d’El Niño) seront des créations françaises ! John Adams sera même présent pour diriger Shaker Loops, un septuor écrit en 1978. Ce sera donc l'occasion d’admirer le rebelle en action ! Car, loin de se cantonner à la musique minimaliste répétitive, Adams apporte un éclairage neuf au mouvement. Shaker Loops a beau être un hommage aux procédés de boucles répétitives inventés par Steve Reich, Terry Riley et Philip Glass, le compositeur réussit à s’en détacher en transformant la répétition en évolutions rythmiques et harmoniques des envolées mélodiques.

L’œuvre phare de John Adams au cours de cet événement sera sans nul doute le concerto pour violon Sheherazade.2 qu’il dirigera à la tête du LSO. La talentueuse violoniste Leila Josefowicz est la principale interprète de cette « symphonie dramatique ». Elle en est également la protagoniste : elle incarne toutes les Shéhérazade d’aujourd’hui, menacées et opprimées par le simple fait d’être nées femmes. C’est à la suite de la visite d’une exposition à l’Institut du Monde Arabe à Paris que, impressionné, le compositeur américain décide de reprendre le thème des Mille et Une Nuits. Plus qu’un conte, il parvient alors à rendre au sujet tout son universalisme et son actualité : une réflexion sur la condition féminine.

John Adams - © Deborah Ogrady


Quant à El Niño (« le petit garçon » en espagnol), il s’agit d’un oratorio qui conte les récits traditionnels de l’Annonciation, de la Visitation, de la Nativité, de l’Adoration des mages, du Massacre des innocents et de la Fuite en Égypte. Les voix solistes comptent un soprano, un mezzo-soprano, un baryton et trois contre-ténors dont Brian Cummings ! Dans El Niño, John Adams dévoile sa passion pour la culture hispanique. Tout comme avec Sheherazade, il continue d’exprimer son soutien aux femmes en donnant la parole à Mexicaines : Sor Juana Inés de la Cruz, une nonne du XVIIe siècle et Rosario Castellanos, une poétesse du XXe siècle, dont l’œuvre « apporte à la pièce de profondes intuitions psychologiques ». D’ailleurs, même si El Niño peut-être perçu comme un oratorio de Noël, les thèmes qu’il aborde en font un objet de réflexion tout au long de l’année.

Écrit en 2013, le Concerto pour saxophone fera partie quant à lui d’un concert comprenant également la Symphonie en trois mouvements de Stravinski et les danses symphoniques extraites de West Side Story de Bernstein. Cet ensemble explore donc les axes de la musique américaine qui emprunte beaucoup au jazz. Pour cette œuvre majeure, le saxophoniste Tim McAllister jouera en soliste.

St. Lawrence String Quartet - © L. Mascaro


Le Deuxième Quatuor de John Adams a été écrit spécialement pour le St. Lawrence String Quartet, avec lequel le compositeur collabore depuis longtemps. Fortement inspirée des chefs-d’œuvre de Beethoven, cette pièce sera interprétée par les violonistes Geoff Nuttall et Owen Dalby, l’altiste Lesley Robertson et le violoncelliste Christopher Costanza. Habitués de Haydn (chez lequel Adams puise parfois son inspiration), nul doute que le quatuor saura rendre toute l’intensité, la puissance et l’émotion contenue dans cette pièce.

S’il avait été fortement inspiré par la musique minimaliste au début de sa carrière, John Adams a su évoluer pour produire des œuvres d’une grande richesse dans des styles très divers. Il se distingue par une écriture très imaginative, un attachement aux sonorités occidentales ainsi que par le soin qu’il apporte à la dimension dramatique de ses pièces musicales. Adams se réclame d’un langage purement américain. Cependant, il est parfaitement conscient que les États-Unis sont un véritable melting-pot de cultures et sa musique s’attache à suivre cette logique : en mélangeant les rythmes des musiques traditionnelles et l’énergie euphorisante du jazz et du rock, Il parvient à rassembler en une œuvre toutes les différentes influences qui traversent la culture de son pays. C’est dans les années 1980 que le goût d’Adams pour l’impertinence voit le jour. En 1987, sa première œuvre majeure, Nixon In China, rencontre un large public et connaît un succès international. La même année, il forme un duo avec le metteur en scène Peter Sellars.


Le programme complet du week-end John Adams sur le site de la Philharmonie de Paris

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