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Eschenbach retrouve Paris pour Tchaïkovski

Christoph Eschenbach dirigera l’Orchestre de Paris dans la Symphonie n°5 de Tchaïkovski et dans Scène chantée de Karl Amadeus Hartmann en compagnie du baryton Matthias Goerne.

Par Clotilde Maréchal | Concerts, festivals et tournées | 6 mai 2013
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Mercredi 29 mai, Christoph Eschenbach retrouvera, Salle Pleyel, l’Orchestre de Paris, dont il fut le directeur musical entre septembre 2000 et juin 2010, le temps d’une Symphonie n°5 en mi mineur, op. 64 de Tchaïkovski. Une soirée qui débutera avec un invité de marque en la personne du baryton Matthias Goerne qui interprétera Scène chantée sur des paroles de Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux de l’oublié Karl Amadeus Hartmann.

C’est un compositeur reconnu, et invité partout comme chef d’orchestre, que le Tchaïkovski de la Symphonie n°5 composée entre mai et août 1888, onze ans après la naissance de la n°4. Miroir de l’agitation de l’homme face à sa vie, cette œuvre du destin révèle autant les tourments du compositeur que ses dons pour la mélodie, pour les effets dramatiques et ses talents uniques d’orchestrateur.

Si cette symphonie et son compositeur sont bien visibles, étoilés dans toutes les encyclopédies, Karl-Amadeus Hartmann, lui, reste un inconnu. Né à Munich en 1905, cet élève de Webern composa dès les années 30 une œuvre quasi-exclusivement symphonique et toute entière de résistance aux totalitarismes. Il côtoya Stravinski et Boulez dans les années 50, devenu le dernier ancien parmi les modernes. Sa Scène chantée est sa dernière partition, achevée à quelques mesures près, en 1963. Inspirée de Jean Giraudoux, dont l’œuvre s’appuie sur une relecture des mythes anciens, c’est une vision agitée et lugubre de la fin du monde, adressée à une société consumériste mais autodestructrice. L’orchestre y est immense, traversé d’inquiétudes. Et devant ce monstre, un chanteur. Ce fut un certain Dietrich Fischer-Dieskau à la création. Goerne était tout indiqué pour lui succéder…

Zurich, Houston, Philadelphie, Hambourg, Paris et maintenant Washington. Intense, la vie de chef de Christoph Eschenbach ne doit guère flouter celle du grand pianiste qu’il est aussi. En récital, comme concertiste ou comme accompagnateur (ses duos avec Dietrich Fischer-Dieskau ou actuellement Matthias Goerne sont exceptionnels), il avance au final comme un musicien total que les années – 73 au compteur – n’assagissent guère. Bien au contraire. Toute une vie qui débuta dans la douleur (sa mère meurt à sa naissance, son père est tué au front) mais qu’il embrassera grâce à la musique…

Né à Breslau en Allemagne (aujourd’hui Pologne), Christoph Eschenbach étudie le piano à Hambourg avec Eliza Hansen et obtient très jeune plusieurs prix en Allemagne. En 1965, son Premier prix au Concours Clara-Haskil à Lucerne marque le point de départ d’une carrière de soliste. Invité dans les plus grands centres musicaux, il participe également à de nombreuses tournées, notamment avec le Cleveland Orchestra et George Szell, et collabore avec Karajan.

En 1972, Eschenbach commence une carrière de chef d’orchestre et, en 1975, fait ses débuts américains au pupitre de l’Orchestre symphonique de San Francisco. Il travaille ensuite avec la plupart des grands orchestres américains (Cleveland Orchestra, New York Philharmonic, Los Angeles Philharmonic, orchestres symphoniques de Chicago, San Francisco, Philadelphie, Boston...) et européens (Philharmonia et London Philharmonic, Staatskapelle de Dresde, orchestres philharmoniques de Berlin, Vienne et Munich, Orchestre de Paris).

Il est l’invité régulier des festivals internationaux tels Ravinia, Tanglewood, Hollywood Bowl et Schleswig-Holstein. Dans le domaine de l’opéra, il a dirigé Così fan tutte à Covent Garden en 1984 puis à l’Opéra de Houston, avec un immense succès, Les Noces de Figaro, Don Giovanni, Così fan tutte, Le Chevalier à la rose, Lohengrin, Parsifal (mise en scène de Robert Wilson), Salomé et Elektra (mise en scène d’Andrei Serban). Il est l’invité du Festival de Bayreuth où il dirige Parsifal.

De 1982 à 1986, Christoph Eschenbach a été directeur musical et artistique de l'Orchestre de la Tonhalle de Zurich et, de 1988 à 1999, du Houston Symphony Orchestra, dont il a fait un des grands orchestres américains. Il a été nommé en 1995 directeur musical du Festival de Ravinia, siège d’été du Chicago Symphony Orchestra. Depuis le début de la saison 1998-1999, il est directeur musical de l’Orchestre symphonique de la NDR Hambourg et également directeur artistique du Schleswig-Holstein Musik Festival.

Durant les années 2000, le maestro est parallèlement directeur musical de l'Orchestre de Philadelphie de 2003 à 2008 et de l'Orchestre de Paris de 2000 à 2010, Paavo Järvi prenant sa succession. Depuis la saison 2010-2011, il est simultanément directeur musical du National Symphony Orchestra à Washington et du Kennedy Center…

Matthias Goerne fait partie des quatre ou cinq chanteurs au firmament du Lied et de l'oratorio. Incontournable et presqu'inégalable dans Schubert, Schumann, Brahms et Wolf, les superlatifs sont de mise lorsque le baryton allemand est à l'affiche. Né le 31 mars 1967 à Weimar, il a étudié le chant avec Hans-Joachim Beyer à Leipzig, Elisabeth Schwarzkopf et Dietrich Fischer-Dieskau. Avec sa voix de baryton chaude et souple, ses interprétations profondes, Matthias Goerne s’est acquis une réputation internationale. En tant que chanteur de premier rang, il est régulièrement l’hôte de festivals renommés et des salles de concerts remarquables du monde entier tels que le Carnegie Hall à New York et le Wigmore Hall à Londres. Les pianistes célèbres qui l’accompagnent sont entre autres Pierre-Laurent Aimard, Leif-Ove Andsnes, Alfred Brendel, Elisabeth Leonskaja et celui qui dirigera ce concert à la Salle Pleyel du 29 mai, Christoph Eschenbach.

Goerne travaille avec les orchestres et chefs d’orchestre les plus renommés de la planète, entre autres avec les fameux orchestres américains Chicago Symphony Orchestra, Philadelphia Orchestra, New York Philharmonic et San Francisco Symphony, ainsi qu’avec l’Orchestre National de France, l’Orchestre de Paris, le London Philharmonic et le Philharmonia Orchestra, l’Orchestre Philharmonique de Berlin et le Staatskapelle de Dresde.

Depuis ses débuts à l’opéra lors du Festival de Salzbourg - en 1997 dans le rôle de Papageno sous la direction de Christoph von Dohnányi – Matthias Goerne est l’hôte des grandes scènes d’opéra du monde, entre autres au Royal Opera House Covent Garden à Londres, au Teatro Real à Madrid, à l’Opernhaus de Zurich, à l’Opéra Semper de Dresde, au Metropolitan Opera à New York et au Saito Kinen Festival au Japon. L’éventail de ses rôles soigneusement choisis va de Papageno et Wolfram aux rôles-titres de l’œuvre d’Alban Berg Wozzeck et d’Aribert Reimann (Lear).

On a pu entendre Goerne à l’Opernhaus de Zurich (Sebastiano dans Tiefland) et à l’Opéra Allemand de Berlin (Kurwenal dans Tristan et Iseult). Il a également chanté le Wolfram dans Tannhäuser à l’Opéra National de Paris et l’Oreste dans Elektra au Maggio Musicale à Florence, sous la direction de Seiji Ozawa.

Le site de la Salle Pleyel

Écoutez notre rencontre-podcast avec Christoph Eschenbach

Le site officiel de Christoph Eschenbach

Le site officiel de Matthias Goerne

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