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Il était une fois Motown…

Par Marc Zisman |

Le plus grand label de soul pop de tous les temps a soufflé ses 50 bougies cette année. Diana Ross & The Supremes, Marvin Gaye, Smokey Robinson, Stevie Wonder ou les Tempations, la Motown demeure la plus belle idée d’une certaine Amérique…

Avant d’être un nom, Motown fut une idée. Un concept. Un mode de vie presque… Le célèbre label de Detroit qui souffle ses cinquante bougies cette année est aussi l’émanation d’une ville. Detroit. Un anthrax industriel dont les usines crachent de l’automobile nuit et jour. Le Michigan devient une sorte d’Eldorado pour la communauté noire qui quitte les champs de coton du sud pour se tuer sur les chaines de la capitale nordiste de la production automobile.

Dans cette ville moteur (motor town), un homme se lancera dans l’union virtuelle entre les siens (les Noirs) et les autres (les Blancs). C’est l’idée du label qu’il lance en janvier 1959 : vendre au public blanc de la musique faite par les Noirs. La ségrégation ne bat alors pas uniquement son plein dans les lieux publics et les rouages de la société américaine. Elle est aussi au cœur de la production musicale. Gordy parie sur la passerelle et fabrique (au sens propre du terme) des chansons soul et rhythm’n’blues à l’esprit pop. L’âme est noire, la facture est blanche. Pour se faire, son usine musicale est remplie de compositeurs enfermés, du matin au soir, dans des bureaux à cracher du tube, du tube et du tube, et d’interprètes, triés sur le volet, experts en chant, capable de porter ces chansons à bout de voix. Rien n’est laissé au hasard. Chorégraphies réglées à la pince à épiler, looks contrôlés de la tête aux pieds, textes jamais engagés et uniquement centrés sur les préoccupations teenage (je l’aime il ne m’aime pas ; pourquoi m’as-tu quitté ; quand reviendras-tu ; tu es ma raison de vivre ; etc.), productions soignées et instrumentations rythmées redoutables, tout est là pour accoucher du… son Motown ! Ce son si symbolique au cœur duquel le beat est souligné par des handclaps ou, pêché mignon de Gordy, un simple tambourin.

Côté songwriters, l’écurie aligne des plumes expertes comme Berry Gordy lui-même, Smokey Robinson, Holland, Dozier & Holland, Norman Whitfield et Barrett Strong, Nicholas Ashford ou bien encore Valerie Simpson. Côté interprètes, la Motown offrira Diana Ross et ses Supremes, les Four Tops, Martha et ses Vandellas, Smokey Robinson, Gladys Knight, Marvin Gaye, Stevie Wonder, les Pointer Sisters, Edwin Starr, les Jackson 5 ou bien encore les Temptations. Derrière tout ce joli casting, le groupe de musiciens de studio baptisé les Funk Brothers enregistrera la majeure partie des disques.

Le son Motown influencera fortement de nombreuses formations, dont les Beatles qui reprendront plusieurs titres produites par le label. Mais ce son si symbolique, un homme le dépoussiérera à l’aube des 70’s pour éviter à l’écurie le naufrage se profilant avec la montée en force du funk : Norman Whitfield. A la poubelle les costards typiquement Motown, place aux pattes d’eph’ et aux pâquerettes dans les cheveux ! De 1967 à 1972, Whitfield aura shampouiné les Temptations de la tête aux pieds, leur construisant la passerelle idéale entre la soul d’antan et le funk contemporain. Grand fan de Sly & The Family Stone et surtout de George Clinton, Whitfield atteint une synthèse parfaite des genres et des multiples saveurs que propose la musique noire américaine de la seconde partie des années 60. Grâce à lui, Motown ouvre ses oreilles au rock, au psychédélisme et surtout aux s.o.s. des ghettos. Il ouvre aussi en grand les portes de l’institution pour y laisser entrer transe funk et conscience noire.

En 1971, Motown déménage à Los Angeles et des artistes comme Stevie Wonder ou Marvin Gaye deviennent indépendants artistiquement, bien que toujours distribués par la firme de Berry Gordy. Des artistes qui troquent les paroles à l’eau de rose pour des txtes nettement plus engagés tant sur la condition des Noirs aux Etats-Unis que sur le conflit vietnamien. C’est l’époque aussi de l’avènement des Jackson Five et de Michael Jackson pour la première partie de sa carrière solo, mais aussi de Lionel Richie avec ou sans ses Commodores.

Les années qui suivront lisseront le label et son identité. La Motown sixties, ado et naïve, sera bien loin. La Motown seventies, funky et engagée, ne sera elle aussi plus qu’un lointain souvenir. Restera un énième label de musique black sans réelle identité. Un label survivant grâce à son histoire. Grâce à son passé. Mais un passé tellement mythique qu’on le suivra dans cette vénération d’une ère certes révolue mais tout de même intemporelle.

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