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Sauguet dans le foisonnement artistique des Années Folles (2)

Par Arthur de Talhouët |

La Chartreuse de Parme, l’opéra de Henri Sauguet, est représenté à l’Opéra de Marseille du 8 au 14 février. C’est l’occasion, pour Qobuz, partenaire de l’évènement, de revenir sur un compositeur passionant, qui fait contraste avec son époque.

Le malentendu Sauguet

Henri Sauguet aimait à dire qu’il était « un musicien célèbre et totalement méconnu » -une boutade qui résume bien le paradoxe de son image. Un double malentendu, en effet, semble entourer la personne de ce compositeur.

D’une part, il y a le cliché, tenace, de l’ « homme de salon ». Sans doute sa nature enjouée et ses traits mordants ont–ils affublé sa musique d’une réputation de « manque de sérieux ». D’autres parts, il y a son lien assumé à la tradition française et son vœu de ne rien composer qui ne s’accorde avec sa nature. Or il se fait une place dans le monde de la musique au moment des révolutions atonales, à l’heure où l’art doute de sa spontanéité. Sauguet a su résister à l’influence du dodécaphonisme. En 1922, alors âgé de 21 ans, il assiste au Pierrot lunaire de Schoenberg, dirigé par Darius Milhaud. C'est n'est pas dans cette voie qu'il s'engagera. C’est que, loin de décrier les innovations du langage musical, il n’y voyait simplement pas son meilleur terrain d’expression. Ainsi Sauguet pimente-t-il tout au plus le vocabulaire de l’écriture tonale en s’octroyant çà et là des incursions dans l’atonalité. Il prenait lui-même acte d’un certain décalage par rapport à l’esprit de son époque, évoquant la désaffection du public pour son dernier opéra, Les Caprices de Marianne : « je ne sais pas si jamais le "public" viendra aux Caprices de Marianne. Ce que j’ai bien senti en tout cas, c’est que cette œuvre est tout à fait "inopportune" ».

Du Groupe des Six au Groupe des Trois

S’il est un mouvement dans lequel il peut alors se reconnaître, c’est bien celui du Groupe des Six, qui fait fureur à Paris. Il parlait à l’égard de ses membres (Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre, Darius Milhaud et Francis Poulenc), d’un « phénomène de création spontanée ». Il fera découvrir leur musique avec « Groupe des Trois », qu’il fonde avec Louis Émié et Jean-Marcel Lizotte.

La musique du Groupe des Six représente alors une réaction aussi bien contre le wagnérisme, mais également contre l’impressionnisme debussyste. D'un côté, une harmonie chargée, un chromatisme exacerbé, de l'autre, des nuances toujours diffuses et estompées. Devant une musique qui ne fait que gagner en complexité, Sauguet estime que la surcharge menace d'envahir l'art musical. Un besoin de clarifier le discours, mais aussi de faire souffler un vent d'humour : tels sont les désirs que Sauguet entend suivre avec Groupe des Trois, dont le premier concert a lieu le 12 décembre 1920. S’y trouvent mêlées la musique du groupe des Six, d’Erik Satie, et des œuvres de Sauguet (Danse nègre et Pastorale pour piano). Mais c’est à Milhaud que Sauguet était le plus attaché : il lui soumet ainsi ce qui figure parmi ses meilleures compositions : des suites de mélodies et des pièces pour piano intitulées Françaises.

Sauguet et l’ « esprit français »

Dans son autobiographie intitulée La musique, ma vie, Sauguet, revient sur l’impression que lui a laissée sa première écoute de Carmen, alors qu'il était encore enfant. Ce fut un véritable choc: il y découvrit une inspiration qui le toucha profondément. Une affection qui n’est pas sans rappeler la réaction de Nietzsche, pour qui la rencontre avec Carmen a également marqué une mutation de sa sensibilité musicale. « Il faut méditerraniser la musique », s’enthousiasmait le philosophe après avoir assisté à l’opéra de Bizet -un programme qui n’a pas échappé à Sauguet, dont l’opéra la Chartreuse de Parme est représenté, le 8 février prochain, au cœur de la cité phocéenne. Comme Bizet, Sauguet compose sans grandiloquence et sait faire preuve d’une économie de moyens dans l’expression des passions, qu’il traite avec sobriété. On pense par exemple à l’acte final de la Chartreuse et au sermon de Fabrice, dont l’emphase est totalement bannie.

Mais si on a attribué à la musique d’Henri Sauguet tous les qualificatifs attachés à la musique française - l’élégance dans la légèreté, l’équilibre de la construction-, l’attachement à ces éléments s’associe à toute l’ingéniosité de son invention.

La personnalité de Sauguet, frivole et mondaine, a sûrement nui à l’image qu’on a de sa musique. Son attachement à la tonalité, son charme et sa nostalgie ne suscitèrent guère l'admiration d'un public tourné vers les transformations du langage musical. Il est temps de redécouvrir Sauguet !

Vous vous en êtes sans doute aperçus, Qobuz n'est pas un fervent défenseur de la gratuité, mais qui résisterait au plaisir de (re)lire la Chartreuse...

L'e-book de la Chartreuse de Parme

Ecoutez notre playlist hommage à Henri Sauguet

Ecoutez la première partie de notre rencontre-podcast avec Lionel Pons

Ecoutez la seconde partie de notre rencontre-podcast avec Lionel Pons

Le site de l'Opéra de Marseille

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