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Chers disparus

Van Cliburn est mort

Par Max Dembo |

Lauréat de la première édition du Concours International Tchaïkovski de Moscou, en 1958, en pleine Guerre Froide, le pianiste américain Van Cliburn s’est éteint à l’âge de 78 ans, emporté par un cancer.

Van Cliburn est décédé le 27 février 2013 à son domicile de Fort Worth, au Texas. Il était âgé de 78 ans. En septembre dernier, il avait officiellement annoncé être atteint d’un cancer des os à un stade assez avancé. En mai, il s’était déplacé à New York pour une lecture public et pour une vente aux enchères, chez Christie’s, de ses meubles, bijoux et œuvres d’art…

Le Texan qui a conquis la Russie, c’était lui ! Van Cliburn, jeune pianiste américain né Harvey Lavan Cliburn, à Shreveport en Louisiane, le 12 juillet 1934, célèbre pour avoir remporté, en 1958 à Moscou, en pleine Guerre Froide, la première édition du Concours International Tchaïkovski.

Van Cliburn avait commencé ses études de piano à trois ans avec sa mère, Rildia Bee O'Bryan Cliburn, elle-même élève d'Arthur Friedman, qui avait étudié avec Liszt ! Le jeune prodige joue en orchestre à seulement 12 ans à Houston. Cinq ans plus tard, il entre à la Juilliard School où son professeur de piano, Rosina Lhévinne, le formait alors dans la grande tradition romantique russe. Trois ans plus tard, Van Cliburn remporte le prestigieux Levintritt Award, et fait ses débuts à Carnegie Hall. Mais c'est véritablement son succès moscovite qui le propulse internationalement...

Organisé par l'URSS, le premier Concours International Tchaïkovski était un événement destiné à démontrer la supériorité culturelle de celle-ci pendant la Guerre Froide, sur la lancée de la victoire technologique du Spoutnik lancé dans l'espace quelques semaines auparavant. À la finale du concours, la lumineuse virtuosité de Van Cliburn dans le Concerto n°1 de Tchaïkovski et le Concerto n°3 de Rachmaninov lui vaut une standing ovation qui dure huit minutes. Les juges soviétiques auraient été alors contraints de demander à Nikita Khrouchtchev la permission de donner le premier prix à cet américain. « Est-il le meilleur ? » leur aurait demandé le dirigeant soviétique. « Alors donnez-lui le prix ! ». Cliburn repart donc avec ce premier prix, devant le Chinois Liu Sikun. Son retour sur le sol américain est célébré par un grande parade à New York, du jamais vu pour un interprète de musique classique !

Quatre ans plus tard, en 1962, Van Cliburn devient le conseiller artistique du Concours International de piano Van-Cliburn, concours créé par des professeurs de Fort Worth en l'honneur du prodige texan et dont le prestige rivalise aujourd'hui avec celui du concours Tchaïkovski.

C’est lui aussi qui invitera Kondrashine, le maestro russe avec qui il avait joué à Moscou, à donner des représentations au Carnegie Hall de New York, à Philadelphie ou à Washington. Ils enregistrèrent, lors de cette visite, le concerto de Tchaïkovski, premier album classique disque de platine qui se vendra au final à plus de 3 millions d'exemplaires !

Entre 1960 et 1972, Van Cliburn se rendra régulièrement en Union soviétique, se produisant à guichets fermés et contribuant à combler le fossé idéologique entre les deux nations. Le pianiste a joué devant tous les présidents américains depuis Truman, y compris lors d'un concert à la Maison Blanche devant Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev en 1987, à la fin de la Guerre froide. « Ma relation avec les Russes était personnelle et n'avait rien de politique », expliqua-t-il en 1989 dans une interview…