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Chers disparus

Gil Scott-Heron est mort

Par Marc Zisman |

Parrain du rap, le chanteur soul, poète et militant américain Gil Scott-Heron s’est éteint à l’âge de 62 ans.

Gil Scott-Heron est mort le 27 mai au St Luke Hospital de New York. Il était âgé de 62 ans. Sans lui, point de hip-hop ! Chant quasi parlé, textes 100% politiques, beats métronomiques et chauds pour soutenir l’édifice, le poète urbain de Chicago avait convaincu la terre entière que « la révolution ne sera pas retransmise à la télé »

Grand précurseur d’une poésie musicale engagée (spoken word) qui donnera naissance au rap, Gil Scott-Heron restera comme l’une des grandes figures emblématique de la musique afro-américaine des années 1970. Même si ses multiples addictions et ses nombreux séjours en prison entacheront la seconde partie de sa carrière et la fin de sa vie, il avait fait un comeback remarqué l’an passé grâce au superbe album I’m New Here. Un opus qui avait été revisité récemment par Jamie xx du groupe The xx, pour un incroyable pasodoble soul et electro assez unique…

Né le 1er avril 1949 à Chicago, Gil Scott-Heron était le fils du footballeur jamaïcain Gil Heron (premier joueur noir du Celtic de Glasgow !) et d’une mère américaine bibliothécaire. Ses parents divorcés alors qu’il n’a que 2 ans, il passe son enfance entre le Tennessee (chez sa grand-mère maternelle, d’abord) puis le Bronx (avec sa mère lorsqu’il a 12 ans). Du Tennessee, il garde le souvenir des discriminations, des difficultés de grandir en étant noir dans un Etat marqué par la ségrégation raciale. A l’opposé, l’expérience que Scott-Heron vit à New York lui donne l’occasion de s’initier au Harlem Renaissance, mouvement d’émancipation culturel afro-américain.

A l’Université de Lincoln, en Pennsylvanie, il rencontre Brian Jackson avec lequel il forme le groupe Black & Blues. A la même époque, il rédige deux romans, The Vulture et The Nigger Factory. Il retourne à New York où sa carrière musicale débute enfin en 1970 avec l’album Small Talk At 125th And Lenox.

Produit par Bob Thiele du label Flying Dutchman, ce disque est enregistré avec des percussionnistes comme Eddie Knowles, Charlie Saunders et David Barnes. D’entrée, Gil Scott-Heron s’en prend à la société américaine, de la télévision à la consommation de masse, des ghettos à l’hypocrisie ambiante. Il revendique alors les influences diverses de Richie Havens, John Coltrane, Otis Redding, Jose Feliciano, Billie Holiday, Langston Hughes, Malcolm X, Huey Newton, Nina Simone et de Brian Jackson, le complice avec lequel il enregistrera de très nombreux titres.

L’année suivante, Pieces Of A Man s’éloigne de la poésie militante pure et dure pour offrir une richesse instrumentale inédite, avec de vraies structures de chansons. Côté casting, le cinq étoiles est de rigueur : Johnny Pate est à la direction, Brian Jackson aux claviers, Ron Carter à la basse acoustique et électrique, Bernard Purdie à la batterie, Burt Jones à la guitare et Hubert Laws à la flûte et au saxophone. Ron Carter déclarera par la suite, « Gil n’était pas un grand chanteur, mais avec cette voix, même en chuchotant, ses mots dégageaient une dynamique folle. C’était une voix aussi puissante que du Shakespeare ! ».

L’année 1974 est celle d’une nouvelle collaboration avec Brian Jackson, un album intitulé Winter In America, suivi un an plus tard par Midnight Band : The First Minute Of A New Day. Sur ces enregistrements, Gil Scott-Heron déroule un style toujours aussi précurseur, mêlant jazz, soul et blues. En 1976, il publie le live It's Your World, suivi, trois ans plus tard, par un enregistrement de poèmes,The Mind Of Gil Scott-Heron.

Durant les années 1980, Gil Scott-Heron poursuit son travail militant, s’attaquant à l’administration Reagan et aux sujets brûlants du moment (comme la catastrophe nucléaire de Three Mile Island), enregistrant quatre disques : 1980, Real Eyes, Reflections et le très funky Moving Target. En 1985, son label, Arista, le congédie ce qui ne l’empêche pas de se produire sur scène régulièrement. C’est aussi la période à laquelle un grand nombre de rappeurs se réclament de Gil Scott-Heron, certains samplant ses tubes passés.

Peu actif durant les années 1990, Gil Scott-Heron est envoyé en prison, en 2001, pour possession de cocaïne. Lors d’une permission l’année suivante, il fait une apparition sur Blazing Arrow, un album du collectif rap Blackalicious. Il est enfin libéré en 2003 mais est réexpédié derrière les barreaux à l’été 2006 pour sa consommation à nouveau très active de stupéfiants. Il est condamné jusqu’au 13 juillet 2009 mais est libéré sur parole le 23 mai 2007. En 2008, dans une interview, le chanteur confirme sa séropositivité, rumeur courant depuis plusieurs années…

A sa sortie de prison, Gil Scott-Heron se produit sur scène, préparant même un nouvel album. Malheureusement, le 10 octobre de cette même année, il est à nouveau incarcéré à court terme pour possession de cocaïne. Durant cette période de 2008/2009, il donne plusieurs concerts.

En 2007, le producteur Richard Russell du label XL, lui rend visite derrière les barreaux. A sa sortie, il l'installe en studio. Alors qu'il n'avait pas enregistré d'album studio depuis seize ans, Gil Scott-Heron signe en 2010 son retour sur la scène musicale avec le disque I'm New Here, un des meilleurs de sa discographie qui en compte une dizaine.

«La révolution est le changement et le changement est inévitable, alors plutôt que de le subir, autant en être l’auteur», avait-il déclaré au San Francisco Bay View en 2009.

Signe de l’influence majeure de Gil Scott-Heron, des artistes du monde entier lui rendaient hommage samedi 28 mai sur Twitter : «Que Gil Scott-Heron repose en paix. Il a influencé tout le hip-hop» (Eminem), «RIP à un des plus grands» (Snoop Dogg), «Si nous faisons ce que nous faisons, et de cette manière, c’est grâce à toi» (Chuck D de Public Enemy), etc. De son côté, Radiohead a publié sur son site internet une liste de chansons pour saluer la mémoire de Gil Scott-Heron.

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