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Chers disparus

Disparition de Christopher Raeburn et James Lock

Par Marc Zisman |

En quelques jours, le label Decca perd son âme et son ouïe : le grand producteur Christopher Raeburn et l’ingénieur du son James Lock.

La firme Decca est en deuil : Christopher Raeburn et James Lock sont décédés à quelques jours d’intervalle.

Un des plus grands producteurs du disque classique, Raeburn était considéré comme l’âme de la grande maison britannique. Lock avec qui il travailla sur de nombreux projets était pour sa part un ingénieur du son prestigieux, maître d’œuvre de ce que les spécialistes baptiseront le « son Decca » à partir de 1963. Un complice indissociable de Raeburn.

Né dans une famille de musiciens, Christopher Raeburn après des études à Charterhouse et Oxford décroche une bourse pour s’envoler à Vienne. Là, il ne devient pas seulement un expert des œuvres lyriques de Mozart mais se rapproche de Decca en travaillant avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne. Il intègre le label en 1954.

Christopher Raeburn est alors membre de l’équipe du grand producteur John Culshaw sur le célèbre Ring de 1958. Pour cette mythique production, qui dépassera alors les ventes des albums sortis à la même époque par Elvis Presley et Pat Boone, Culshaw choisit Solti, le Philharmique de Vienne et une distribution cinq étoiles : Kirsten Flagstad dans l’une de ses dernières prestations se retrouve aux côtés de Birgit Nilsson, Hans Hotter, Gottlob Frick, Wolfgang Windgassen, Régine Crespin et même Joan Sutherland.

Raeburn est également présent sur Le Chevalier à la rose avec Luciano Pavarotti et Anton Dermota. Il devient le grand spécialiste de la restitution des conditions du théâtre. La communication entre théâtralité et narration musicale demeureront son fil conducteur.

En 1975, Christopher Raeburn est nommé directeur des productions d’opéra de Decca et restera un producteur maison jusqu’à 1991. Il sera responsable de la plupart des grands enregistrements lyriques qui permettront au label de se présenter comme « The Opera Company », un slogan qui a disparu de ses coffrets depuis une bonne décennie...

Parmi les enregistrements majeurs du tandem formé par Raeburn et Lock, on notera une Fille du Regiment avec Joan Sutherland et Pavarotti, une Madame Butterfly de Karajan avec Pavarotti et Mirella Freni, la seconde Lucia di Lammermoor de Sutherland, Lohengrin de Solti avec Jessye Norman et Placido Domingo, Wozzeck et Erwartung de Christoph von Dohnányi avec Eberhard Wächter et Anja Silja.

Si Culshaw fut le producteur des célèbres enregistrements de Solti avec Birgit Nilsson sur Salomé et d’Elektra, Raeburn et Lock dirigeront l’équipe de production derrière les enregistrements mythiques de Solti de Die Frau ohne Schatten en 1991. Considéré comme le dernier opéra romantique, il s’avère rétrospectivement comme la dernière production de l’idéal de la culture Decca, sans compromis, juste là pour servir le compositeur et l’œuvre.

Lorsque Christopher Raeburn découvrait un artiste, il le suivait sur le long terme, collaborant quasi-quotidiennement avec lui, gagnant ainsi la confiance de toute une génération de stars qu’il signa pour Decca, à l’image de Cecilia Bartoli et András Schiff.

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