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Chers disparus

Brigitte Engerer est morte

Par Max Dembo |

Dix jours après son dernier concert au Théâtre des Champs-Élysées, la grande pianiste Brigitte Engerer s’est éteinte à l’âge de 59 ans.

Brigitte Engerer est décédée le 23 juin à Paris. Atteinte d'un cancer depuis plusieurs années, la célèbre pianiste française ayant mené une brillante carrière internationale était âgée de 59 ans. Le 12 juin dernier, elle était encore sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées à Paris pour y interpréter le concerto de Schumann avec l'Orchestre de Chambre de Paris, cinquante ans après son tout premier concert dans cette même salle de l’avenue Montaigne…

Née le 27 octobre 1952 à Tunis, Brigitte Engerer attaque le piano dès l’âge de 5 ans et donne un premier concert l’année suivante. Elle entre au Conservatoire de Paris dans la classe de Lucette Descaves et obtient, à 15 ans, un premier prix de piano, première nommée à l’unanimité. En 1969, à 16 ans, elle est lauréate du Concours International Marguerite Long-Jacques Thibaud. Sa vie musicale bascule alors un an plus tard lorsqu’elle s’envole en URSS pour étudier en à l'invitation du Conservatoire de Moscou où elle suivra pendant cinq ans les cours de perfectionnement de Stanislav Neuhaus. Celui-ci dira d’elle : « Brigitte Engerer est l’une des pianistes les plus brillantes et les plus originales de sa génération. Son jeu se caractérise par son sens artistique, son esprit romantique, son ampleur, la perfection de sa technique, ainsi que par une science innée d’établir le contact avec l’auditoire ». Comme l’a déclaré son agent dans un communiqué : « Une partie d'elle-même est devenue russe à jamais ». Elle est ensuite lauréate du Concours Tchaïkovski et du Concours Reine Élisabeth de Belgique.

En 1980, la carrière internationale de Brigitte Engerer démarre lorsque Herbert von Karajan l’invite à jouer avec les Berliner Philharmoniker, puis à participer aux Fêtes du Centenaire de la Philharmonie de Berlin en 1982. Daniel Barenboim lui propose alors de jouer avec l’Orchestre de Paris. Elle se produit ensuite sous la direction de Zubin Mehta avec le New York Philharmonic au Lincoln Center de New York.

Depuis, la pianiste se produit dans le monde entier avec les orchestres les plus renommés tels que le Royal Philharmonic Orchestra de Londres, le Los Angeles Philharmonic Orchestra, le Chicago Symphonic Orchestra, le London Symphony Orchestra, les orchestres symphoniques de Vienne, Montréal, Toronto, Saint-Pétersbourg, le Tokyo NHK, l’Orchestre de la Radio Télé-Luxembourg, l’Orchestre National de Madrid, sous la baguette des chefs les plus réputés : Krivine, Rostropovitch, Seiji Ozawa, Chailly, Foster, Plasson, Salonen…

Parmi ses partenaires de musique de chambre, mentionnons Olivier Charlier, Hélène Mercier, David Geringas, Dmitry Sitkovetsky, Henri Demarquette, Boris Berezovsky, Alexandre Kniaziev, Oleg Maisenberg ou Gérard Caussé. Elle se produit également régulièrement avec Laurence Equilbey et le chœur Accentus.

Brigitte Engerer obtient le Grand Prix du disque pour son enregistrement chez Philips du Carnaval op. 9 et du Carnaval de Vienne de Robert Schumann. Elle a enregistré pour Denon le Concerto n°1 de Tchaïkovski et le Concerto en la mineur de Schumann avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres sous la direction d’Emmanuel Krivine, et pour Harmonia Mundi, l’intégrale des Nocturnes de Chopin, ainsi que des sonates de Beethoven, Grieg, Schumann avec Olivier Charlier.

Citons également l’intégrale de l’œuvre à deux pianos de Rachmaninov avec Oleg Maisenberg. Elle a enregistré chez Mirare des pièces pour piano seul, les concertos de Clara et Robert Schumann avec l’Orchestre de Cannes et Philippe Bender pour l’Empreinte Digitale, l’intégrale de la musique de chambre de Chopin avec le violoncelliste Henri Demarquette pour le label Intrada, Un requiem allemand de Brahms avec Boris Berezovsky, le chœur Accentus et Laurence Equilbey, ainsi que le Via Crucis de Liszt, également avec Accentus. Ces deux enregistrements sont parus chez Naïve. Elle a aussi gravé, avec à nouveau Demarquette, un recueil de pièces de musique française chez Warner.

Brigitte Engerer donnait régulièrement des master-classes (École Supérieure de musique de Berlin, Académie d’été de Nice, etc.). Depuis 1992, elle enseignait au Conservatoire de Paris. Elle avait reçu en 2011 une Victoire de la Musique pour l'ensemble de sa carrière. Le gouvernement français l’a nommé Chevalier de la Légion d’honneur, Officier du mérite et Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres. Elle était également membre correspondant de l’Institut de France, Académie des Beaux-arts.

Dans un communiqué, le président François Hollande a fait part de sa « tristesse » et salué « le talent » de Brigitte Engerer, qui « avait su faire honneur à la France ». Elle n'avait cessé de soutenir les jeunes musiciens (...) tout en entreprenant une carrière internationale remarquable », a-t-il souligné. Selon lui, « chacun gardera aussi d'elle le souvenir d'un grand courage personnel » en « luttant contre la maladie qui vient de l'emporter ».

Interrogé par La Croix, René Martin, fondateur de la Folle Journée de Nantes, du Festival de La Roque-d'Anthéron et du label Mirare, a déclaré : « La mort de Brigitte Engerer est une tragédie. Nous étions amis depuis plus de trente ans. Elle était un peu comme ma sœur. Brigitte était une artiste vraiment unique… »

Écoutez notre playlist Brigitte Engerer

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