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Sur Scène

En privé avec Ton Koopman

Par Marc Zisman |

La Cité de la Musique propose un Domaine privé consacré au grand claveciniste et chef hollandais du 7 au 12 novembre.

« Quand vous construisez ou restaurez une maison, déclare Ton Koopman, vous utilisez les bons outils ». La maison qu’il restaure, c’est la musique baroque. Et sous la baguette de cet élève de Gustav Leonhardt, on entend Bach et Couperin (mais aussi Mozart ou Brahms) comme on ne les avait jamais entendus. La visite du monument Koopman aura lieu à la Cité de la Musique à Paris du 7 au 12 novembre pour un Domaine privé des plus goûtu…

L’ouverture de cette carte blanche se fera donc le 7 avec un programme Haydn (avec la Symphonie n°97) et Mozart (avec le motet Exultate, jubilate, l’air de Pamina Ach, ich fühl’s ! extrait de La Flûte enchantée et la Symphonie n° 41 "Jupiter"). Pour l’occasion, Ton Koopman dirigera l’Orchestre Philharmonique de Radio France, la soprano Sandrine Piau et l’organiste Tini Mathot étant eux-aussi de la partie…

Depuis 1791, Josef Haydn est à Londres, sous l’égide du violoniste et imprésario Johann Salomon ; son destin a complètement changé par rapport à ses trente années d’enfermement chez les Princes Esterhazy : il savoure pour la première fois sa renommée auprès du grand public, découvre les chefs-d’œuvre de Haendel, visite à Slough le télescope géant de Herschel et reste ébahi devant l’immensité de l’Univers. Optimisme ambiant dont rayonne la Symphonie n°97 ! Le motet de Mozart Exsultate, jubilate écrit en 1773 à Milan est un véritable petit concerto vocal : on imagine sans peine la soprano remplacée par le violon, la flûte ou la clarinette. En 1791, avec Ach, ich fühl’s !, extrait de La Flûte enchantée, Mozart fait d’ultimes prouesses opératiques. Il nous livre un air déchirant de déploration – Pamina croit perdre son amour – qui est à la fois un terrible chant de sirène, obstacle expressif posé à l’initiation de Tamino. Composée en août 1788, la Symphonie n°41 en do majeur couronne le corpus et résout dans la lumière les tensions accumulées dans la précédente.

Le lendemain, samedi 8 novembre, c’est un programme inédit que propose Ton Koopman. Inédit, car il n’a jamais enregistré ces œuvres qu’il dirige à la tête de l’Amsterdam Baroque Choir. Les motets de Bach, selon la tradition du motet allemand, sont exécutés a cappella, contrairement aux motets français ou italiens, écrits dans un style concertant. Cette austérité réglée par le culte contraste avec les onze « mélodies tsiganes » (Zigeunerlieder) de Brahms, pour quatre voix et piano, dont la popularité fut grande dans les pays germanophones. Composées à Vienne au cours de l’hiver 1887-1888, ces « chansons d’amour hongroises » (c’est ainsi que Brahms les avait d’abord désignées) sont écrites sur un texte versifié par un certain Hugo Conrat, commerçant viennois, d’après la tradition orale que lui avait rapportée sa bonne, d’origine magyare. Koopman sera ce soir là à la direction, et Ronald Brautigam au piano-forte.

Ton Koopman possède une imposante discographie de claveciniste à son actif : de Bach à Poulenc, en passant par Mozart ou Scarlatti. La preuve avec sa prestation du dimanche 9 novembre à 16h30.Lorsqu’il interprète les Concertos pour deux et trois clavecins de Bach, en dirigeant depuis son clavier, on peut songer à cette description que donnait de Bach lui-même l’un de ses contemporains : « Seul au milieu des passages les plus bruyants de la musique et bien qu’il tienne lui-même la partie la plus difficile, il remarque immédiatement que, quelque part, quelque chose n’est pas joué comme il le veut ; il ressent le rythme dans tous ses membres, examinant toutes les harmonies d’une oreille précise, faisant entendre de sa seule voix toutes les autres… » Koopman, qui fut l’élève de Gustav Leonhardt au clavecin, concède volontiers que, « en fait, l'instrument est votre maître, il vous indique comment rendre la musique qui lui correspond ». Les autres clavecinistes de ce concert seront Tini Mathot, Patrizia Marisaldi et Pietro Paganini.

Ce Domaine privé de Ton Koopman se terminera en beauté mercredi 12 novembre avec une soirée Bach. Pour Koopman, « les cantates sacrées et profanes de Bach sont écrites dans le même langage musical ». Bach, ajoute-t-il, « n’était ni un puritain, ni un fondamentaliste : toute sa musique – qu’elle soit écrite pour l’église, pour la cour ou pour le Café Zimmerman [le lieu de réunion du Collegium musicum à Leipzig] – est clairement l’œuvre d’une même personnalité. » Il ne s’agit donc pas d’opposer un Bach rigoureux à un Bach plus léger : l’abstraite Offrande musicale ne perd rien à côtoyer la Cantate du café, qui ressemble presque à un opéra bouffe sur l’interdiction de boire ce délicieux breuvage. À ce sujet, Ton Koopman exprime un joli regret : « Je regrette que nous n’ayons aucun opéra de Bach ; ils nous auraient montré de lui un côté fantastique et moins connu. Dans ses grandes cantates profanes, on peut voir son talent pour la caractérisation dramatique des personnalités. » Pour ce final, Koopman conviera à cette célébration du Cantor de Leipzig, la soprano Sandrine Piau, le ténor Jörg Dürmüller et la basse Klaus Mertens.

Parallèlement à ces alléchants concerts, ce Domaine privé proposera des master-classes de l’intéressé avec les élèves du Conservatoire de Paris lundi 10 à 10h00 et mardi 11 à 9h30.

Le site officiel de Ton Koopman

Le site officiel de la Cité de la Musique