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Ives en Concord pour San Francisco

Il n'y a pas que John Adams qui a emprunté des tournures à Beethoven ; Charles Ives lui-même cite la Cinquième ! Ives et Adams à déguster "en vrai" lundi 17 mars à la Salle Pleyel avec l'Orchestre symphonique de San Francisco

Par symphoman | Les éditos | 13 mars 2014
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L'imposante Concord Sonata de Charles Ives, 55 minutes d'avant-gardisme échevelé et expérimental, a été écrite et maintes fois remaniée entre 1904 et 1919 ; Ives aimait à remettre ses ouvrages sur le métier. Ce monument pianistique, que peu de pianistes ont osé inscrire à leur répertoire (dont Pierre-Laurent Aimard - il l'a donné récemment à la Philharmonie de Berlin, si vous êtes abonnés à la Salle de concerts numérique, allez voir ça dans les archives ; et si vous ne l'êtes pas, abonnez-vous sans attendre ! -, Marc-André Hamelin et une petite poignée d'autres) est une véritable énigme. Il faut avouer que Ives s'est surpassé en aventure et en imagination, intégrant par exemple des clusters joués par le truchement d'une planchette de bois sur le clavier, des effets d'harmoniques, et tout une collection de techniques pianistiques radicalement impensables à l'époque. Le plus étonnant est qu'il a pensé sa Sonate tout seul, dans son coin, sans se préoccuper de ce qui pouvait s'avant-gardiser alors en Europe - et en encore moins aux Etats-Unis où régnait le conservatisme d'un Horatio Parker.

Voici quelques années, la Concord Sonata fut orchestrée par Henry Brant (1913 - 2008), lui-même grand expérimentateur orchestral, en particulier en matière de spatialisation ; le titre en devient dès lors Concord Symphony . Et c'est précisément une véritable mise en espace sonore qu'exige la partition originale de Ives, avec ses multiples strates sonores dangereusement superposées. Le public parisien ébahi aura le privilège d'entendre le troisième mouvement de l'?uvre lundi 17 mars à la Salle Pleyel, donné par l'Orchestre symphonique de San Francisco et son chef permanent Michael Tilson Thomas. On y découvrira que Ives a intégré quelques éléments de Beethoven dans son discours, en particulier la signature rythmique Cinquième symphonie. Emprunt à Beethoven ? Tiens, comme c'est singulier ! Au cours du même concert, le public pourra entendre en première française Absolute Jest de John Adams (article-maison ici), qui lui-même s'est amplement inspiré des quatuors de Beethoven ainsi que de la signature rythmique des Septième et Neuvième symphonies. Comme quoi l'influence de cet impérial novateur que fut Ludwig van continue à s'étendre sur les grands musiciens du XXe et du XXIe siècle.

Pom-pom-pom-poooom, repris par Ives et donné par San Francisco

Les amateurs curieux peuvent également se préparer à l'événement en écoutant l'intégrale de la Concord Symphony telle qu'enregistrée précisément par le San Francisco Symphony et Michael Tilson Thomas, disponible naturellement chez votre cher et indispensable Qobuz : playlist ci-dessous.

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